‹ Sébastien Bourdon, sa vie et son œuvreChapitre 32 sur 59 · HALTE HE ‘BOHÉMIENS ET HE MILITAIRES · texte numérisé non relu

HALTE HE ‘BOHÉMIENS ET HE MILITAIRES

( Musée de Montpellier)

l’œuvre de bourdon.

aujourd’hui au Louvre , et nous comprenons en le voyant l’enthousiasme admiratif qui saisit les premiers spectateurs. Est-il à l’abri de toute critique ? Non certes. Les dessin en est quelque peu lâché, le coloris vulgaire. On pourrait encore blâmer la répartition de la lumière et objecter que le martyr ne concentre point assez l’attention, n’est pas , ainsi qu’il le devrait , le principal personnage du drame. Mais il règne dans ce tableau une largeur de touche, une énergie de

brosse, une puissance et une prestesse d’exécution qui durent, h cette époque, surprendre et charmer. Bourdon, avant que de prendre le pinceau , avait fait plusieurs dessins préparatoires de cette composition ; ils sont aujourd’hui au Louvre , où l’on peut les étudier et juger ainsi du travail intellectuel de l’artiste , apprécier la sagesse avec laquelle il sut amender sa première inspiration. Mariette, qui était devenu possesseur de deux d’entre eux , vante leur richesse et y trouve des réminiscences de Paul Véronèse , ce qui n’est point surprenant, étant donnée la date encore récente du voyage de Sébastien en Italie.

Mais puisque nous feuilletons Mariette1, cédons-lui la plume pour apprécier dignement la toile de l’église collégiale Saint-Benoît. « Un » de ses meilleurs ouvrages », dit en parlant de Sébastien ce connaisseur aussi éclairé qu’érudit. « On y voit le Christ mort des- » cendu de la croix , et cette figure domine sur toutes les autres ;

» aussi est-elle celle sur laquelle roule principalement le sujet du » tableau. Le corps du Christ est étendu sur un linceul et l’un de » ses disciples le soulève un peu par derrière , ce qui n’a pas été fait » sans réflexion , car autrement la figure aurait présenté un raccourci » désagréable. Deux petits anges, aux pieds du Christ, considèrent » ses plaies ; plus loin , la Madeleine verse des pleurs , et sur le » dernier plan , la Vierge lève les yeux au ciel et fait offrande au » Père Eternel de son divin Fils, qui, pour notre rédemption , s’est » soumis à endurer la mort. Le tableau est grandement composé et

i. Archives de l'Art français ; Supplément à l 'Abécédaire d’Orlandi, 1. 1, p. 171. Paris, 1851-53.

w tout à fait dans le style de Louis Carrache: ce maître ne le » désavouerait pas. J’ai vu peu de tableaux de Bourdon aussi bien » coloriés que celui-ci. »

A notre humble avis , cette grande et belle toile , gravée par Boulanger, l’emporte de beaucoup sur le Martyre de saint Pierre et la Chute de Simon le magicien , souvent appelés ses chefs-d’œuvre. Nous n’avons pas trouvé dans l’un ou l’autre de ces deux tableaux la science de composition, l’élégance de forme et surtout la sublimité d’expression, la profondeur de pensée , la suavité mélancolique que l’on remarque dans le Christ mort.

Nature vive et impressionnable , accessible aux sentiments les plus divers , s’enthousiasmant tour à tour pour les héros de l’histoire profane ou sacrée , Bourdon reflète dans son œuvre ces contrastes. Examine-t-on le dessin de cette Exaltation de Croix exécutée pour Cologne, on est frappé de la ferme énergie, des allures héroïques , de la bestialité fauve des bourreaux , des soldats ; on admire ce puissant grouillement humain. A-t-on sous les yeux , au contraire, une de ces Saintes-Familles, un de ces Repos en Égypte qui furent ses sujets favoris et qu’il reproduisit si souvent en sachant chaque fois varier leur aspect et leurs accessoires , on est pénétré d’une sensation de poésie, de calme, de recueillement; on est obligé de reconnaître que l’artiste , si mâle tout à l’heure , a merveilleusement compris la tendresse du nouvel évangile , l’esprit sage et doux de cette religion d’humanité, de paix et d’amour.

C’est dans la reproduction de ces scènes historiques ou religieuses, que la juste observation de Félibien et d’Argenville sur la multiplicité des maîtres dont Bourdon imite le faire trouve son application. Telle de ses toiles rappelle la pompe orientale deVéronèse, telle autre présente à tel point la couleur ambrée et savoureuse de l’École de Parme, qu’un de ses biographes un peu trop enthousiaste n’hésite pas à le qualifier de Corregius al ter1. Ici, ce sont les opacités mystiques des peintres Lombards ; là , l’ordonnance grave et réservée du

i. Le marquis d’Argens, dans ses Réflexions critiques .

l’œuvre de bourdon.

Poussin. Andréa Sacchi, Louis Carrache , Benedette sont tour à tour les modèles du maître inconstant. Une autre remarque, c’est que souvent certains de ses personnages constituent un emprunt flagrant à la statuaire antique , aux chefs-d’œuvre de Rome ou de Venise.

Ceci n’est point un effet inconscient de sa trop bonne mémoire ; c’est le résultat des théories artistiques alors en cours.

Lorsque Bourdon est arrivé en Italie , les Bolonais y régnaient en maîtres et professaient sans contradiction leur système éclectique. A Rome , le Poussin triomphait , sa réputation toujours grandissante en faisait l’oracle des jeunes artistes. Comment ne pas écouter une voix si autorisée ? On peut voir la propre pensée de Bourdon à ce sujet exposée tout au long datasses conférences académiques*. Le 3 décembre 1667, il étudie les beautés diverses de la toile célèbre du peintre des Andelys, Jésus guérissant deux aveugles aux portes de Jéricho. D’après lui , c’est une vraie cour des miracles. Le Gladiateur mourant et Y Apollon antique ont prêté leurs proportions sculpturales aux deux aveugles ; cette femme qui se retourne , c’est Vénus de Médicis elle-

même , etc., etc Et ses confrères, qui entendent ces curieux

rapprochements, n’ont garde de les contester : les uns et les autres n’en admirent que davantage l’illustre maître.

Ne soyons donc pas surpris si plus d’une fois Sébastien met à contribution ostensiblement Phidias ou Raphaël. Ainsi agissant, il réalise le désir qu’il exprimait en pleine Académie, le 5 juillet 1670’: « ... ie dis que l’Etudiant après l’avoir desinée , il seroit nesecére » de faire un autre traict selon l’attitude de son academie, a laquelle » l’etudiant donnerait le caractère de telle figure qu’il se proposerait » comme celle d’Hercule Comode et autres telles qu’il désirerait » et ce servant ainsy des mesures pour corriger le naturel, ce seroit » le moien de faire de grand progrès dans l’art , ce santiment a este » fort approuvé du deffunt M. Poussin; la bienséance m’oblige 11e » raporter pas ycy ce qu’il en a dit... »

1. Félibicn, Conférences de l'Académie de Peinture, p. 83 et suiv. Londres, 1 7° S *

2. Consulter le texte de la Coujérence , que nous avons publiée in-extenso au chapitre Bourdon à l'Académie, p. 85.

Au xviie siècle , l’heure est bien loin encore où l’on considérera comme dangereuse l’exagération de cette théorie , le fait de trop corriger le naturel. En littérature et en art, sous prétexte de l’ennoblir, on prête à chaque instant à la nature les proportions antiques. Nous applaudissons au résultat chez Corneille ou le Poussin; nous le regrettons parfois chez Bourdon. Que gagne, en effet, une des plus belles pages de notre peintre , Y Æ gros curare } dans les Sept œuvres de Miséricorde , à ce que le divin Raphaël , tel qu’il s’est peint lui-même dans l’École d’Athènes , traverse la composition porteur d’un brouet salutaire , tandis qu’au premier plan la sainte Cécile du Dominiquin , déplorablement souffrante de la peste, reçoit les soins d’un maure compatissant ?

Mais ne terminons point cet aperçu par cette réflexion quelque peu irrévérencieuse , et disons bien haut , à la louange de Bourdon , que généralement, s’il prend son bien partout où il le trouve, du moins il sait le faire sien , et marque chacun de ses emprunts du sceau indélébile de son originalité puissante.

Tay sages .

S’abbè Lambert1, mentionne élogieusement les beaux paysages de Bourdon , qui étaient , dit-il , « la partie dans «laquelle il excellait». Ce n’est point là une opinion isolée2. En son vivant, Sébastien eut un grand renom, une vraie célébrité comme paysagiste , et ce qui nous prouve que lui-même considérait cette branche de son savoir comme l’une des plus importantes , c’est qu’il a gravé de sa main une suite de douze pièces non numérotées, dédiées à Monseigneur Colbert, marquis de Seignelay et autres lieux,... surintendant des bâtiments, jardins, arts et manufactures de France.

i. L’abbé Lambert, Histoire littéraire du règne de Louis XIV, t. III, p. 167.

2. De Piles partageait cet enthousiasme. Voir son Abrégé , p. 494.

l’œuvre de bourdon.

Il ne faut pas , bien entendu , s’attendre à trouver dans Bourdon une impression de la Nature vue et sentie à la façon d’un peintre flamand. Pour lui, comme pour l’École de Bologne, la campagne n’est que le cadre où s’agite une action humaine , cadre modifié, dramatisé sans aucun scrupule par l’artiste , suivant les besoins du sujet qu’il reproduit. Quant aux voix éloquentes de Y Alma mater , aux sensations grandioses ou exquises qui se dégagent des tableaux qu’elle nous offre, à ces affinités secrètes , ces harmonies délicates existant entre le spectacle de telle saison, de tel coin de terre et certains états de notre âme, les membres de l’Académie royale de Peinture ne les entendirent point , ne les soupçonnèrent jamais.

Que ceux-là donc que le buisson fouetté par la bise de Ruisdaël ou la silencieuse forêt d’Hobbéma séduisent et charment, ne jettent jamais les yeux sur un tableau de Sébastien. Pour les comprendre, les apprécier, il faut aimer le genre créé par le Dominiquin et porté si haut par Nicolas Poussin , le paysage historique. Il n’est pas douteux alors que l’on reconnaîtra -à Bourdon une haute place à côté de ces maîtres eux- mêmes, — la première sans contestation parmi ses confrères de l’Académie.

S’il fallait trouver une parenté entre ses toiles et celles d’un autre artiste , nous nommerions immédiatement Gaspard Dughet dit le Guaspre. Ce sont les mêmes fabriques ‘ dans le lointain , la même tonalité générale , souvent la même disposition des terrains. Mais nous ne croyons pas ici à l’imitation de l’un par l’autre. Nous admettons plutôt la rencontre de deux esprits similaires , de deux fantaisies identiques guidées par un même amour de l’accident. Car c’est là la note caractéristique des deux paysagistes; dans la nature, dans la création ils ne voient qu’une chose, une seule leur plaît: l’accident.

Chez Bourdon, par exemple, la campagne est toujours bouleversée,

1 . « Son coloris se fait remarquer plutôt par la vigueur et la hardiesse des teintes

locales que par la finesse de l'harmonie; le style de ses fabriques tient

moins au goût épuré de l’antique qu’à une sorte de genre gothique, qui s’accorde beaucoup mieux à la physionomie particulière des sites qu’elles enrichissent.»/ ( Histoire de l’art du Paysage, par J. -B. de Perthes. Paris, 1822. )

effrayante, traversée par l’homme, mais inhabitable. Généralement de noirs rochers éventrent le sol , des eaux mugissantes et courroucées saillissent de toutes parts, un sentier étroit et pierreux court entre les flancs de la montagne et les précipices du torrent. Quelques arbres à chétives ramures tordent leur squelette dépouillé sous la fureur du vent : c’est bien là le théâtre du drame qui se déroule. Un charriot entraîné au galop par un attelage épouvanté fuit dans les profondes ornières et les cailloux énormes du chemin ; sur le haut des roches , la silhouette de trois brigands se profile encore , ils jettent un dernier regard sur le cadavre d’un homme, leur victime, couché nu et pantelant en travers de la route. Il faudra au bon Samaritain une double charité et un double courage pour s’arrêter en un lieu semblable et y secourir son prochain.

Quelquefois pourtant , l’imagination bizarre du peintre s’adoucit : ce sont les travaux des champs , la Moisson , la Fenaison ou les Plaisirs champêtres, la Nage par exemple ou bien encore un pittoresque ermitage que représentent ses tableaux ; mais la nature conserve sous la traduction de son pinceau un aspect grandiose et sombrement fantasque ; ses paysans ont une allure fière et rude; ses moines, que l’on surprend parfois causant familièrement au coin de la forêt avec le Tentateur lui-même , ont je ne sais quoi de farouche et de démoniaque. Un site calme et reposé, une oasis perdue dans le sable et où la divine famille proscrite goûte les douceurs du repos , constituent une exception rare dans son œuvre.

La noblesse et la grandeur singulière dont sont imprégnées ces solitudes nous font toutefois excuser leur sauvagerie outrée. Un bon juge en pareille matière, le peintre Josué Reynolds1, cherchant à établir dans un de ses discours publics la supériorité du paysage historique sur celui des Pays-Bas, disait, après avoir placé Bourdon entre le Poussin et Claude : « Je ne saurais quitter ce sujet sans citer » deux exemples,... dans lesquels on trouve le style poétique du «paysage heureusement exécuté: l’un est le Songe de Jacob, par

i. Œuvres complètes du chevalier Josué Reynolds. Paris , 1806.

l’œuvre de bourdon.

» Salvator Rosa , l’autre le Retour de la Captivité, par Sébastien » Bourdon.... Le style de ces tableaux imprime également les sen- » timents de grandeur et de sublimité à des sujets qui ne paraissent » nullement propres à cela.... L’arche , dans les mains d’un peintre » médiocre, ne produirait pas plus d’effet que ne pourrait le faire une » charrette sur un grand chemin ; mais ces deux sujets sont en «général si poétiquement traités, les parties en sont dans une si » parfaite correspondance entre elles et toute la scène ensemble ainsi » que chacune de ses parties en particulier ont quelque chose de si » magique, qu’il est impossible de les regarder sans partager plus ou » moins l’enthousiasme qui semble avoir inspiré les peintres qui les » ont faits. »

Plaçons après cet éloge une critique. Emporté par la folle du logis, Sébastien oublie quelquefois les lois rigoureuses de la climatologie. Il commet des hérésies en botanique , la flore de ses tableaux est pleine de surprises : l’on y voit le palmier croître innocemment côte à côte du sapin ou du bouleau. Ce sont là peccadilles, étant donnée la nature fantaisiste où son génie se complaît.

Résumons l’impression produite sur nous par les paysages de Bourdon. Ces sites tourmentés , ces gorges sauvages , ces terrains ravinés constitueraient la meilleure des illustrations pour les œuvres fantastiques de ce romancier qui causait un si délicieux effroi à nos aïeules , nous voulons parler de Mme. Anne Radcliffe et de son légendaire château d’Udolfe.

Peintures décoratives.

N l’islc Saint-Louis , cette sorte de chaloupe bercée dans le sillage de la grande nef que la tempête agite mais ne submerge point , derrière la Cité , au cœur même du vieux Paris, se dressaient, au xvnc siècle , plusieurs fastueuses demeures rivales des somptueux hôtels de la Place Royale et du féerique palais

élevé sur les terrains de l’hôtel Tubeuf par Jules Mazarin. Ce minuscule quartier, autour duquel la Seine traçait un large et protecteur fossé, avait toujours été le lieu d’élection des plus hauts magistrats de France. Là ne parvenaient point les bruits et le tumulte de la capitale. Ses rues calmes et paisibles n’étaient troublées que par la cadence lente et grave du pas de quelque négociant retiré des affaires et devenu rentier soucieux de l’Hôtel— de— Ville , ou de quelque conseiller ou maître des requêtes rentrant chez lui pédestrement au sortir de l’audience du palais. Là , pas de métiers bruyants , peu ou point de boutiques , rien que d’honnêtes maisons bourgeoises aux volets mi-clos, ayant l’air de préférer regarder le jardin étroit mais fleuri à la voie publique ; puis , de grises et hautes murailles, percées d’une porte cochère massive, dont l’entre-bâillement laissait voir une cour d’élégance sévère et des corps de logis de style pompeux, froids et corrects comme le libellé d’un arrêt du parlement.

C’était dans ce cadre aristocratique et silencieux que la noblesse de robe riche et puissante aimait à goûter les loisirs que lui laissait l’expédition des affaires, ou à l’inverse élaborait patiemment ces ordonnances et ces décrets que nous admirons encore comme autant de monuments judiciaires. Il y avait harmonie entre la paix du lieu et la gravité de ces consciences de juges , qui furent et restèrent, à leur plus grande gloire, les amis zélés et fidèles de Port-Royal.

Mais la foi éclairée et profonde, la science , les lettres n’écartaient aucunement de ce milieu l’amour des arts. En 1649, le président Lambert de Torigny, voulant décorer son hôtel , situé à l’extrémité orientale de l’île , avait su faire appel au pinceau d’un doux et grand artiste, son voisin , Eustache Lesueur ; il lui avait adjoint, comme collaborateur, son rival ordinaire, Charles Lebrun. Tout Paris avait voulu voir l’œuvre de ces deux maîtres. Le cabinet des Muses était devenu le pèlerinage obligé de tous les curieux qui traversaient la capitale. Or. l’exemple est contagieux. Un opulent financier, M. de Bretonvilliers , président en la Chambre des Comptes, résolut d’égaler son confrère- Jaloux du tribut d’éloges

l’œuvre de bourdon.

accordé à l’hôtel Lambert , il se hâta lui aussi de procéder à l’embellissement de son logis. Y réussit-il? Deux jeunes seigneurs hollandais1, friands gourmets de belles choses, qui visitèrent en 1657 la capitale, et consignèrent par écrit leurs impressions, nous répondront. « Nous fûmes voir celle du président Breton- » villiers, dont on nous avoit tant parlé, et certes il faut advouer «que pour celle d’un particulier, elle est magnifique tant en sa » structure qui est merveilleuse , qu’en la richesse des meubles qui » est plus que royale.... Ayant monté quelques marches , on nous fit « entrer dans un appartement superbement meublé. Il est certain » qu’il y a des roys dans l’Europe qui n’en ont pas de si beaux. » D’abord nous trouvasmes une antichambre , où la dorure et la » peinture estoient estalées à la perfection, et afin qu’il n’y manquast » rien, la tapisserie qui l’entouroit estoit très fine et très bien travaillée. « Nous passasmes ensuite dans une chambre très-bien proportionnée, « ornée de beaux miroirs et garnie d’un riche meuble de la Savonnnerie » et d’un beau lit. De là , on nous conduisit dans une autre chambre » encore plus superbe, et où il y avoit un meuble de velours cramoisi » à fleurs , à fond d’or, et on nous fit voir au bout un cabinet tout « peint et doré. A l’un des costés, il y a un balcon qui regarde sur un » bras de la rivière et d’où la veue est merveilleusement belle. En » repassant par toutes ces chambres , nous allasmes à une grande « galerie , qui finit par un balcon beaucoup plus grand que celuy qui » est au bout du cabinet et dont la veue est encore plus belle , car il » est placé justement à la tête de l’isle ; la galerie est large et longue, » mais n’a encore point ses ornemens de peinture et dorure.»

A quel maître éminent entre tous M. de Bretonvilliers confia-t-il la décoration de cette salle , la pièce d’honneur de son hôtel PLesueur n’étant plus, s’adressa-t-il au premier peintre du roi, à Lebrun? Non, c’eût été imiter M. de Torigny, son voisin. Fit-il arriver d’Italie , ainsi que le cardinal Mazarin , deux artistes étrangers ? Pas davantage ; il y avait parmi les membres de notre Académie un génie

1. MM. de Villcrs. Cette description est extraite de l’ouvrage de M. Paul Lacroix : Tableau des Arts industriels en France au xvn'’ siècle. ( L'Artiste, avril 1882. )

puissant et fougueux qui devait l’emporter aisément sur Romanelli ou Grimaldi : nous avons nommé Sébastien Bourdon.

Avant d’apprécier son oeuvre , décrivons-la en combinant les renseignements donnés par d’Argenville et Guillet de Saint-Georges.

« L’hôtel de Bretonvilliers, bâti par Ducerceau, possède au premier » étage une galerie peinte à l’huile par Bourdon. Neuf tableaux « ornent le plafond, qui est en plein cintre. Le premier et le dernier b suivent ce cintre ; celui du milieu est octogone , les autres sont » carrés. Le premier en entrant est le Palais du Soleil, grande et « riche ordonnance. Le deuxième est l’Assemblée des dieux. Dans » le troisième, qui est vis-à-vis, Phaéton va voir Clymène, sa mère.

» Phaéton, dans le quatrième, commence son cours, et le continue » dans le cinquième , qui occupe le milieu et est plus grand que les » autres. Les Heures, désignées par de belles figures de femmes, traî- » nent son char ; les quatre Saisons s’y voient aussi. Le sixième est sa » chute. Dans le septième il meurt. Ses soeurs qui le pleurent et leur » métamorphose en peupliers font le sujet du huitième tableau. Le » neuvième tableau, qui termine la galerie, offre les attributs du » Soleil1 2. » « Les tableaux de la voûte sont séparés par de grands b arcs qui font des compartiments agréables et qui sont soutenus au- » dessus de la corniche par quatre thermes de grisailles sous des » figures d’hommes et de femmes. Cette galerie est donc éclairée du » côté de la main droite par six croisées qui formént sept trumeaux. b L’autre côté est sans croisées et on y a peint sept trumeaux paral- » lèles aux autres s. »

Ces quatorze petits tableaux, dont sept en rond représentant les Arts et les Sciences , et les sept autres de forme ronde ou octogone figurant les Vertus, furent exécutés par les élèves de Sébastien sur ses dessins, et l’un d’eux, Friquet de Vaurose , eut la bonne inspiration de les graver.

Enfin, le paysagiste Charmeton fut employé aux ornements d’ar-

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