MOLIÈRE
( Musee de Montpellier )
L'Artiste
lmp Eud-
L ŒUVRE DE BOURDON
Dans cette étude, on a pu le remarquer, le mot talent a remplacé souvent sous notre plume celui de génie. Fidèle avant tout à la vérité, nous nous gardions de tomber dans le défaut commun aux biographes : l’exagération laudative. Ici, plus de réserve, en revanche : le peintre de Montpellier, charmant dans les bambochades , original dans le paysage , honnête dans l’histoire , est admirable dans le portrait. Tempérament énergique et fort , nature d’artiste gênée et paralysée par le milieu de savantasses et d’érudits où elle se meut , par l’encombrement de théories pédantesques, de préceptes d’art alignés à la file avec une rigueur infaillible qui rappelle les propositions canoniques d’un concile , Bourdon se retrouve à l’aise dans ce genre seul. Là, fier et libre, il n’obéit plus qu’à l’ardente inspiration de son génie. Trêve aux réminiscences, aux imitations; plus de règles! et mis enfin en présence de la nature, d’habile son pinceau devient parfois sublime.
Comme nous l’avons déjà dit, chez lui, peu ou point d’attention prêtée aux accessoires , mais une science de la lumière , une entente du clair-obscur , une couleur chaude et savoureuse , une manière large et sobre , une puissance d’expression qui surprennent et étonnent, qui charment et captivent, et qui surtout bouleversent l’opinion déjà faite sur le maître et sur sa valeur. Entre le Bourdon des tableaux d’histoire et le peintre de portraits il existe un abîme ; on ne sent, à première vue, entre eux aucun lien de parenté.
Il nous souvient que, visitant pour la première fois la riche galerie de Montpellier, sa ville natale, nous fûmes frappé par un merveilleux portrait d’homme , vu à mi-corps , portant avec aisance et noblesse un costume fort simple d’étoffe brune taillée à la mode des dernières années de la régence d’Anne d’Autriche. Un flot de cheveux noirs encadrait son mâle et puissant visage, au nez court , à la lèvre épaisse, à la moustache noire et mi-partie rase dessinant un simple trait qui s’abaissait aux coins de la bouche. Son teint était basané et olivâtre à l’égal de celui d’un espagnol. L’ossature un peu carrée de son masque , les défectuosités de quelques lignes se compensaient grandement par la beauté d’un front vaste et bien
dessiné, par l’éclat de ses yeux bruns et doux pleins de profondeur. De toute sa personne s’exhalait on ne sait quel puissant cachet de noblesse intellectuelle, de tristesse et de grandeur. L’artiste qui avait peint cet inconnu , avait éclairé la toile entière d’un seul rayon lumineux , qui frappait d’abord le sommet du front , puis allait s’éteignant et se perdant dans les plis du justaucorps.
Il y avait une telle chaleur , une telle pastosité , une fonte si savante et si savoureuse dans cette peinture ; elle était si bien l’œuvre d’un coloriste, et d’un grand coloriste, que nous restâmes longtemps à l’étudier, plein d’admiration et de curiosité, nous demandant quel pouvait bien être ce maître étranger dont nous ne connaissions pas encore le faire. Quant à l’École Française , l’œil encore rempli des draperies de Rigaud et des carnations de Largillière , nous n’y songions même point : notre surprise fut donc extrême lorsque nous entendîmes le nom de Bourdon. Ce jour-là, nous fîmes nos plus humbles excuses à la mémoire de cet artiste.
Depuis lors, une intéressante question s’est soulevée au sujet du nom du personnage représenté. Ne serait-ce pas là Molière ‘,
i . Il existe plusieurs tableaux qualifiés de Portrait de Molière , et attribués A Bourdon. Laissant complètement de côté le fait de savoir lequel a l’honneur d’être la représentation fidèle des traits de notre grand comique, signalons les trois plus célèbres , et occupons-nous seulement de leur mérite pictural.
Le premier se voyait naguère au Louvre, dans la salle Lacaze. Ce remarquable amateur d’art n’avait pas hésité à reconnaître dans cette toile la manière de Bourdon . Nous avons eu la bonne fortune de pouvoir examiner cette peinture , aujourd'hui reléguée dans les dépôts de notre Musée National , — et nous déclarons que si M. Lacaze a commis une erreur , nous la partageons avec lui.
Le second fait partie de la collection Ingres , donnée en 1850 par ce peintre au musée de Montauban , sa ville natale. Ce maître, qui s’y connaissait, le considérait comme un excellent morceau de peinture et admirait surtout la main gauche d’un faire exquis.
Le troisième et le plus important se trouve dans la galerie deM. A. Vitu à Paris. Il représente un homme en robe de chambre, assis devant une table, dans un grand fauteuil de couleur rouge. Jadis ce portrait appartenait à S. M. le roi Charles X. Il est l’original de la gravure fameuse de Beauvarlet, exécutée en 1773 pour le premier centenaire de la mort de Molière et dédiée par cet artiste aux premiers gentilshommes de la chambre du roi , chargés de la haute direction de la Comédie Française. Nous avons le regret de ne pas connaître cette toile, mais nous avons rencontré souvent son éloge sous la plume des biographes les plus
l’œuvre de bourdon.
peint par Sébastien, durant leur commun séjour dans le Midi, en 1657 ou 1658? Un intelligent curieux de l’époque n’aurait-il pas acheté avec empressement cette toile au grand comique , dans l’embarras de quelque quart d’heure de Rabelais ? C’est là un point délicat, dont nos recherches personnelles ne nous permettent pas
compétents de Bourdon. M. A. Vitu possède , croyons-nous , un quatrième portrait de moindre intérêt.
Quant à la rubrique sous laquelle devra être à l'avenir inscrit le Portrait du Musée de Montpellier, nous renvoyons le lecteur à l’étude très-savante et trèscomplète que M. Auguste Baluffe, le sympathique rédacteur en chef de V Artiste , a fait paraître dans la livraison de ce journal du mois d’octobre 1882.
Nous eussions voulu , avec M. Ch. Périer, architecte distingué de notre ville , lui venir en aide en reconstituant la filière des divers possesseurs de ce chef-d’œuvre ; mais nos efforts n’ont malheureusement pas abouti. Voici en quelques mots le résultat de l’enquête à laquelle s’est livré M. Périer, et qui aura toujours eu une conséquence heureuse , celle de détruire la vieille et commune erreur consistant à croire que cette toile faisait partie des collections de l’Hôtel-de-Ville , antérieurement à la création du Musée-Fabre. Nous donnons ici la copie textuelle du document par lui trouvé :
Extrait de l'Inventaire général du Musée, par M. Desmazes, 1838, Section 7, page 53.
Tableaux achetés par la ville , avec les fonds communaux après V établissement du Musée Fabre.
Bourdon (Sébastien). — Portrait d'un espagnol, toile: haut. 1,05 ; larg. 0,85.
Prix d’achat : 300 francs ( acheté à Mme. Vve. Campredon, par l’intermédiaire de Mme. Vve. Borély. Le prix du coût de ce tableau a été d'abord prélevé sur la rente Collot , mais en définitive il a été pris sur les fonds du Musée , 1836 ).
M. Borély, dont la veuve sert ici d’intermédiaire , était , quand vivait, professeur de peinture à l’École des Beaux-Arts de Montpellier. Quant û Mme. de Campredon , veuve du général de Campredon , elle possédait ce tableau à titre d'héritière de M. Poitevin , payeur de la neuvième division militaire , fin collectionneur d’objets d’art , membre de la Société des Lettres , Sciences et Arts de Montpellier, auteur d’une biographie fort intéressante de Sébastien Bourdon , lue le 26 décemhre 181 1 dans une séance publique de ce corps savant.
Cet écrivain avait-il laissé à son tour quelques indications, sur la provenance de cette maîtresse page de son peintre favori ? C’est ce que nous étions en droit, avec M. Périer, d’espérer, et en cela nous nous trompions. Je me suis rendu personnellement auprès de M. Deshours-Farel , grand propriétaire foncier, petit neveu dcM. Poitevin , ayant hérité de la plupart des papiers, livres rares , eaux-fortes de ce dernier, et aussi de ses goûts littéraires et artistiques. Il s’est mis ;\ ma disposition avec une courtoisie parfaite ; mais n’a pu, à son vif regret, me fournir aucun renseignement écrit ou verbal sur ce point, — M. Poitevin n'ayant laissé ni rudiment d’inventaire , ni catalogue de ses collections.
Un hasard heureux peut donc seul nous permettre de reprendre cette piste si fâcheusement interrompue.
d’entrevoir la solution, nous nous contenterons simplement d’affirmer une fois de plus que ce tableau est une oeuvre de premier ordre , de beaucoup supérieure aux deux ou trois portraits de Bourdon que possède le Louvre.
Et que l’on n’aille pas croire que la séduction de cette toile d’un musée de province résulte en partie de la médiocrité de ses voisines. Elle est, au contraire, en noble et redoutable compagnie. A sa droite, le portrait du cardinal Jules Rospigliosi ’ , par Nicolas Poussin, peinture des plus louées en son temps et qui vaut certainement le fameux portrait du Poussin , par lui-même , qui se voit au salon carré du Louvre; à sa gauche, dans un même cadre, deux adolescents de grandeur naturelle , deux frères à la figure intelligente et distinguée, — peintres futurs, puisque l’aîné dessine d’après le plâtre — l’un et l’autre rendus avec cette sincérité vigoureuse , cette réalité saisissante , ce relief puissant , qui nous font placer si haut dans notre école Moïse Valentin. Tel est son plus immédiat entourage.
Le procédé de répartition de lumière que nous signalions il y a un instant en décrivant ce tableau, se rencontre du reste fréquemment dans les portraits de Bourdon. Il rappelle la méthode Vénitienne, telle que l’expose Josué Reynolds. Le peintre ne donne pas plus d’un quart du tableau au jour, un autre quart à l’ombre la plus forte, le reste aux demi-teintes. Il obtient ainsi un effet surprenant. Ses personnages apparaissent dans une pénombre mystérieuse ; leur œil perçant ou profond brille d’une vie étrange : on éprouve parfois en les regardant ce sentiment d’interrogation muette , de fascination mystique qui nous saisit en présence des chefs-d’œuvre de l’immortel Léonard.
Si tant est que « la perfection d’un portrait , et qui plus est celle » de la ressemblance , du caractère et de l’air de la personne même
1. Vie de Nicolas Poussin, par Charles Blanc. « Le Poussin n'a fait qu’un portrait » après le sien ; c’est celui du cardinal Rospigliosi , élevé depuis au pontificat sous »le nom de Clément IX. »
Cette toile fait partie d’un lot de tableaux du Poussin, rapportés d’Italie par le peintre Fabre , fondateur du Musée de Montpellier. Elle a été gravée par N. Bonnart, en 16 66.
l’œuvre de bourdon.
» dépendent plus de l’effet général rendu par le peintre, que de » l’exacte expression des particularités et de la scrupuleuse destina- » tion des parties1», Bourdon est parfait et l’emporte même sur les Français les plus célèbres, sur Largillière et Rigaud , ces merveilleux étalagistes de la moire , de la dentelle , du satin ou du velours.
Mais pourquoi citer ces deux maîtres, que nous aimons et admirons entre tous, et qui du reste ne vécurent pas de son temps ou du moins débutaient à peine à l’heure de sa mort ? Son vrai rival , celui de ses contemporains que la foule dorée de Versailles prônait et louait si fort , le déclarant inimitable en ce genre; le peintre qui daigna portraire entre deux de ses grands travaux les reines du temps , La Vallière , Fontange , Brissac et aussi Marie-Thérèse , les princesses et les dames de volupté , l’abbesse de Fontevrault et Ninon, ce fut Pierre Mignard, le Romain.
Entre lui et Bourdon la comparaison s’impose et le résultat n’est plus celui que proclamait la cour de Louis-le-Grand. Dans ses portraits, Mignard fait œuvre de courtisanerie : ce qu’il veut avant tout, c’est flatter le modèle , c’est conquérir une amitié puissante, une protectrice de plus , et pour réaliser ce but, son faire déjà si fini et si léché s’adoucit encore en des préciosités nouvelles. A tel point que l’on se demande parfois si le peintre, laissant là ses pinceaux, n’a point emprunté à quelqu’un des gais oiseaux des Tournellcs , à la séduisante Ninon de Lenclos, par exemple, la patte de lièvre dont au matin elle mettait son rouge et, plus savante que la Jézabel de Racine, réparait habilement des ans l’irréparable outrage.
Bourdon, au contraire, toujours naturel et vrai, parvient, répétonsle encore, à la noblesse par la simplicité, à la grandeur même par la vérité absolue. En fait de séduction, il n’en connaît et n’en recherche qu’une, celle des grands maîtres, la science du clair-obscur, la douce magie de la lumière.
I. Cette citation est empruntée à un discours de Josué Reynolds.
Eaux-fortes .
’eau-forte est le rêve du peintre , le caprice fugitif de son ondoyante pensée raconté d’une pointe d’acier sur le cuivre. Peut-on à travers l’écriture de l’homme démêler les traits généraux de son caractère , apercevoir un reflet de son âme ? Peutêtre. Sous la libre improvisation de l’estampe, dans l’entrecroisement des tailles et l’âpre morsure de l’acide , la nature et le tempérament de l’artiste apparaissent-ils? A coup sûr. C’est ainsi que Bourdon, n’eût-il plus une de ses toiles pour le représenter aux yeux de la postérité, resterait encore aussi grand qu’il le fut par l’inspection seule de son œuvre gravé. Il y est tout entier avec ses défauts et ses qualités géniales.
Étudions de près ces Repos de la Sainte-Famille , ces Fuites en Égypte, ces paysages bibliques griffonnés à la hâte, dans la fièvre du moment. Sans doute, l’exécution en est négligée, la planche est taillée avec rudesse, les extrémités des figures sont lourdes , incorrectes et inachevées , les draperies jetées de pratique , raides , anguleuses , d’un aspect métallique ; mais en revanche que de séductions pour racheter ces faiblesses , que d’élégance naturelle dans les formes , quelle fierté mâle dans les allures , quelle noblesse et quelle grâce dans la tournure de ces personnages ! Et ces airs de tête pleins de beauté et d’expression , que nous signalions dans ses tableaux, ne les trouvons-nous point ici , prodigués avec une facilité qui démontre l’heureuse puissance créatrice du maître ? Mais, ce qui nous charme le plus , la qualité dominante , la note caractéristique se dégageant de ces eaux-fortes, c’est la richesse de pensée, la fertilité d’invention, l’abondance extrême d’idées, les bonheurs de composition de cette nature d’artiste si exceptionnellement douée.
Tous les critiques d’art l’ont écrit avant nous , et chaque jour les faits viennent confirmer leur dire : les estampes de Bourdon sont
l’œuvre de bourdon.
une véritable mine, une source inépuisable pour les peintres en quête d’inspiration , de motifs nouveaux , de pensées originales et point vulgaires. Nous en connaissons, pour notre part, et des plus grands, qui ne dédaignent point d’y recourir souvent encore.
Cependant , à ces eaux-fortes , M. Charles Blanc adresse un grave reproche: leur dimension. «Des planches de la grandeur d’un in- » quarto, dit-il, deviennent tristes quand elles sont sabrées avec tant » de rudesse... Cette rudesse ne s’accorde pas avec les intentions de » style qui dominent dans les figures. Là où l’on prend la peine de » choisir des formes élégantes , de nobles tournures , il n’est pas » raisonnable de laisser l’exécution si fort en arrière de la pensée. »
Ces observations sont-elles justes? Oui et non à la fois. Oui, l’artiste aurait certainement été mieux inspiré , s’il eût donné à ses libres .griffonnages un petit cadre , si l’exécution eût répondu à la noblesse de l’idée; mais, d’autre part, ses eaux-fortes auraient perdu en naturel ce qu’elles eussent gagné en perfection. Ce n’eût plus été du Bourdon , le maître au génie de feu de De Piles, le peintre que la nature avait taillé pour faire grand , au dire de Wattelet. Et là où l’éminent auteur de la Vie des Peintres se trompe, croyons-nous, c’est' lorsqu’il représente Sébastien comme ayant pris la peine de choisir des formes élégantes, de nobles tournures. Certes non, il ne lésa point choisies, elles ont jailli soudainement , violemment de son cerveau , sans qu’il fît œuvre de sélection. La noblesse et l’élégance n’ont pas coûté plus de peine au peintre de Montpellier que la naïveté spirituelle à La Fontaine ou la verve gauloise à Rabelais.
Du reste , si les incorrections de ces eaux-fortes les font négliger de l’amateur d’estampes , épris de ces merveilles de la gravure signées Marc- Antoine, Van Dyck , Edelinck, il est d’autres planches du même maître, celles-là étudiées, réfléchies, reprises au burin, qui ont leur place marquée dans les porte-feuilles les mieux choisis , les plus sévèrement composés : nous voulons parler des Sept Œuvres de Miséricorde , de la Belle Savonneuse , des Paysages dédiés à M. de Colbert.
Ici , aux nombreux et ordinaires mérites de l’artiste , vient se joindre toute la correction désirable. On ne se lasse point de regarder une à une , longuement, rêveusement, ces sept pages du livre saint, de la Bible , dont chacune est la réalisation épisodique d’une ordonnance du texte sacré. Esurientes pascere, c’est Abraham, le patriarche traitant les anges; Vestire. nudos , c’est Job, le serviteur fidèle de Dieu , soulageant les pauvres ; Sepelire mortuos , c’est le pieux Tobie ensevelissant les morts , victimes de la royale et furieuse colère de Sennachérib. Il en est deux surtout qui nous ont charmé, et qui sont dignes d’une admiration sans réserve.
La première, Potare sitientes , représente Élie apaisant la soif des prophètes persécutés. Au centre de la composition, un groupe nombreux de vieillards est là , se désaltérant à l’envi. Leur poitrine assoiffée , haletante , aspire à longs traits le breuvage si longtemps attendu; la joie, la satisfaction, le contentement éclairent leur visage.
Deux écueils dans un sujet semblable étaient également à craindre : la répétition des types , des mouvements , des expressions , ou bien la trivialité des attitudes dans une action aussi commune. Le premier de ces dangers , un peintre moins fécond ne l’eût point évité ; le second eût gâté certainement l’œuvre d’un esprit moins élevé. Bourdon est passé victorieux entre ces deux difficultés grandes. Chacun des annonciateurs de la volonté du Tout-Puissant a un caractère de beauté particulier et saisissant. Crinière grise de vieux lion ou crâne chauve aux tons polis du vieil ivoire, longue barbe aux ruissellements d’argent ou face glabre aux profondes rides creusées une à une par la douloureuse prescience de l’avenir, structure émaciée d’anachorète ou formes épaissies par l’âge, toutes les variétés, tous les tempéraments de la vieillesse masculine sont tour à tour étudiés, mais avec un sentiment de grandeur austère et religieuse ne permettant pas d’oublier un instant que le souffle de Jéhova va agiter tout à l’heure ces lèvres muettes.
La notion du grand et du beau , gravée tout au fond de l’âme du peintre méridional, lui fait concevoir et sentir cette vérité profonde,
l’œuvre de bourdon.
que dans la nature il est une beauté supérieure à celle de l’enfant, de la femme, de l’adolescent et de l’homme mûr, celle du vieillard.
Celle-là, en effet, surpasse les autres de toute la hauteur de l’esprit sur la matière : le corps n’est plus chez elle que l’accessoire débile de l’âme restée puissante et forte. A chaque pas de l’enveloppe charnelle vers la tombe , l’étincelle divine qu’elle enserre transparaît plus rayonnante et plus vive. On dirait des chants d’un captif plus éclatants et plus harmonieux aux approches de l’heure bénie d’éternelle délivrance. C’est ce que Michel-Ange et Raphaël n’eurent garde d’oublier , — alors que voulant reproduire de leurs pinceaux le maître de toutes choses , celui à l’égard duquel la création tout entière n’est qu’un simple piédestal bâti de sa main , ils rappelèrent à leur esprit l’épithète favorite de la Genèse, et rompant avec la tradition païenne, méprisant le Z eus trop viril de Phidias, donnèrent à son image les traits majestueux, la noblesse sacerdotale d’un octogénaire, virent en lui Y Ancien des temps.
La seconde des eaux-fortes dont nous désirons parler a pour sujet Loth recevant les deux anges mandés par la colère divine à Sodôme ; c’est l’application du précepte : Hospites excipere advenas. Sous l’atrium de sa demeure , le juste chargé d’ans s’avance , suivi de sa compagne , pour recevoir le jeune étranger qui vient de franchir le seuil. Déjà son compagnon céleste de route est entré sous le toit hospitalier. Assis sur un escabeau , il annonce au nouveau-venu , dans un muet sourire, le favorable accueil qui l’attend. Un esclave, courbé devant lui dans une pose pleine de noblesse , lave dans l’eau aromatisée d’un bassin d’airain ses pieds inaccoutumés à la poudre terrestre.
Cependant la domesticité nombreuse du riche logis, coutumière des moeurs patriarcales du maître, a déjà prévu ses ordres. Au second plan , un serviteur apporte , en le soutenant élégamment au-dessus de sa tête, un plateau fumant ; d’autres dressent les plats et les amphores d’or ciselé ; dans le fond à droite , on aperçoit les divers locaux de la ferme, le four où se cuit le pain, la cour où quantité d’esclaves exécutent les travaux multiples du soir. C’est un chant d’IIomèrc, avec ses détails familiers des moeurs antiques , tout imprégnées de
simplicité et de poésie. Mais ce qui frappe davantage encore, c’est la superbe allure des filles de Lotli.
Elles aussi, fièrement campées sur la gauche du tableau, considèrent les divins voyageurs ; leurs mains sont enlacées derrière leurs tailles sveltes , elles semblent éprouver un vif étonnement à la vue de la beauté un peu féminine , de la gracilité des deux arrivants. Peutêtre le souffle impur de la ville maudite n’a-t-il point respecté en elles le sang de l’élu du Seigneur. La sveltesse énergique, la mâle attitude , la fierté de ligne de leurs deux corps , rappellent à l’esprit deux filles de Sparte, habituées aux exercices virils de l’arène et restant surprises à la vue d’éphèbes athéniens.
Le plus grand éloge que l’on puisse faire des Sept Œuvres de Miséricorde se résume dans ce fait : Audran, le graveur si habile et si estimé du xvne siècle, les reprit et les traita en contre-partie.
Quant à la Belle Savonneuse , qui ne la connaît point ? L’éminent critique, si sévère vis-à-vis des eaux-fortes de Bourdon, voit dans cette pièce une des plus belles et des plus sages compositions de l’École Française; elle est digne, dit-il, du Poussin.
Terminons en feuilletant ses Paysages , et en admirant leurs arbres et leurs fonds touchés avec une habileté, une légèreté si grande qu’elle n’a pas été surpassée.
Au bas des estampes que nous venons d’étudier, on lit parfois cette simple phrase : « En vente chez l’Autheur, au fauxbourg Sainct- Anthoine, proche les Halles ». Nous sommes porté à croire que, de son vivant, le modeste logis de Bourdon dut recevoir souvent la visite des acquéreurs. Dans tous les cas, aujourd’hui les amateurs les plus compétents se disputent aux ventes publiques ces chefs-d’œuvre, et ceux-là surtout dont la marge jaunie garde encore l’indication de l’atelier du vieux maître , de l’ancienne rue de Rüilly.
l’œuvre de bourdon.
Physionomie d’une toile de Sébastien Bourdon.
armi les nombreuses sensations qui font palpiter joyeusement l’âme d’un fin gourmet de tableaux , parcourant pour la première fois une riche galerie encore inconnue, — à cette minute précise où dans une hésitation délicieuse le visiteur se demande par laquelle de ces toiles débutera son admirative revue, — il est un sentiment bien souvent éprouvé et cependant toujours aussi délicat: c’est la joie de se retrouver en pays de connaissance. Du fond de leur cadre d’or, les vieux maîtres aimés semblent nous adresser un sourire de bienvenue que transmettent fidèlement leurs personnages.
Nous n’avons point encore fait un seul pas dans la vaste salle , son seuil est par nous à peine franchi , et cependant nous les reconnaissons déjà tous.
Voici se détachant sur sa blanche collerette l’austère visage d’un riche bourgeois Hollandais peint par Mirevelt ; un Saint Sébastien du Guide, aux formes académiques, au coloris argentin, remplit philosophiquement, sous une pluie de flèches, son rôle d’Apollon chrétien; un groupe de Téniers joue au tric-trac dans un nuage de pétun et une épaisse buée d’ale double ; ici des patineurs d’Ostade glissent sur l’Escaut glacé ; là une fermière de Berghem, reconnaissable à sa rouge jupe , presse le pas de la vache qui lui sert de monture et la porte jusqu’au marché voisin. Dans ce coin, une jeune infante de Velasquez nous présente sa physionomie triste et douce et son front nimbé de la pâleur tombale de l’Escurial. Tout près de nous , contraste charmant , une ravissante bergère de Fragonard voltige sur l’escarpolette bien au-dessus des charmilles d’un riant bosquet ; un souffle indiscret, venu bien sûr de Cythère, soulevant sa robe à paniers , découvre le coin brodé du bas à jour qui enserre sa jambe mignonne.
Craignant de nous laisser égarer par une illusion d’optique , une ressemblance trompeuse , si nous nous rapprochons et étudions de
près les tableaux ainsi attribués par nous à différents auteurs , nous constatons bien vite que les signes caractéristiques, les habitudes, l’aspect général extérieur dont la souvenance nous guidait, nous ont fait cette fois encore raisonner juste. Eh bien, ce sont précisément ces traits spéciaux, constituant la physionomie particulière des oeuvres d’un maître, que nous voudrions indiquer chez le peintre de Montpellier. C’est le signalement — qu’on nous passe cette expression policière — des toiles de Bourdon que nous allons essayer de rendre.
Comme nous l’avons souvent répété au cours de cet ouvrage , Bourdon ne signa jamais ses compositions. Au bas de certains de ses tableaux , un ou deux peut-être sur une centaine , nous avons lu son nom ; mais chaque fois il nous a paru ajouté après coup , dans un but peut-être mercantile , et nous tenons ces signatures pour trèsapocryphes. Il importe donc, à son égard , plus qu’à l’égard de tout autre artiste , de connaître ses habitudes picturales , et voici celles que nous avons le plus souvent notées.
D’abord , la plupart du temps, une vraie débauche d’architecture ; tous les genres , tous les styles défilent tour à tour sous son pinceau : colonnades et pilastres , piédestaux carrés, parés des cornes du bélier ionique , fûts brisés , chapiteaux enguirlandés et fleuris, occupent et distrayent l’œil aux divers plans de la toile.
Mais parmi tous ces ornements de pierre , deux surtout sont les vrais favoris du peintre , les témoins muets de toutes ses compositions , l’accessoire obligé de tous ses tableaux : nous avons nommé la pyramide ou l’obélisque égyptien et le lourd coursier qui , hennissant et se cabrant, gravit dans la ville des Empereurs la longue spirale marmoréenne de la colonne Trajane.
Dans un chapitre précédent, consacré aux études de Bourdon à Rome ', nous avons expliqué la genèse probable de son amour pour les lignes architecturales et la pyramide en particulier. Nous en avons donné la signification acceptée à cette époque dans les dictionnaires iconologiques et qui , croyons-nous , cadre parfaitement
1 Voir : Impression produite sur Bourdon par les ruines de la capitale du monde Romain, pp. 42 et suiv.
l’œuvre de bourdon.
avec les tendances de cette vive nature méridionale , dont le rire communicatif voilait un fond latent de mélancolie. Nous n’y reviendrons pas.
Pour ce qui est des chevaux aux proportions antiques, fouillés par son pinceau dans la toile et qui, naseaux frémissants , crinière ondoyante, dressentsur leurs membres postérieurs leur croupe râblée, leur encolure puissante , au milieu des personnages de ses oeuvres , nous les avons rencontrés souvent. Leurs ancêtres grandirent dans les champs de la Cappadoce et firent campagne sous le divin Phidias. Eux, quelque peu alourdis dans les haras de Rome, ont sur leurs flancs massifs et infatigables transporté au pays des Daces les cavaliers de Trajan. Après une inaction de plusieurs siècles, le Sanzio les a réveillés et dans la tourbillonnante mêlée de ses batailles ils ont de nouveau fait jaillir de leurs sabots d’étincelantes traînées de flammes. Bourdon les a longuement étudiés dans la ville éternelle. Du pied des arcs triomphaux dressés aux glorieux fils de Rome , il a admiré la superbe allure dont ils traînent sur le faîte leur quadrige de pierre, et ce souvenir reparaît dans quantité de ses tableaux.
Si l’on veut un détail plus précis sur la cavalerie de ses toiles , nous dirons que ses chevaux pèchent par un excès d’encolure. Leur col de cygne, peut-être un peu exagéré en longueur, se rattache au poitrail par une ligne d’un galbe trop prononcé.
Le peintre , qui dans ses bambochades a reproduit avec une vérité photographique l’âne cagneux, la haridelle émaciée du marchand forain , le courtaud de Gascogne du vaguemestre , et l’élégante bête danoise du gentilhomme officier , s’est fait un type à lui dans la peinture d’histoire. Empruntant aux coursiers de Raphaël et de Jules Romain leur corps ramassé et rebondi , il modifie leur cou et leur tête. Soyons vrai avant toutes choses : le cheval de Bourdon rappelle de loin, par son encolure, un chameau, cela surtout dans l’inaction, au repos. Est-il par suite grotesque ou disgracieux? Non, il est simplement bizarre, d’une bizarrerie fantasque, étrange et avec cela noble.
Un autre procédé dont il use quelquefois est celui de couper en deux parties distinctes sa composition, par le tronc svelte et nu d’un arbre dont les hautes branches et le feuillage sont censés prendre naissance au-delà de la toile et n’apparaissent point. Hâtons-nous d’ajouter que ce trait se retrouve chez plusieurs de ses contemporains, et notamment dans le Saint Jean prêchant à Ephèse de Lesueur. Ce n’est donc point un vrai signe de reconnaissance.
Mais voici qui équivaut à une signature : traversant l’action plus ou moins dramatique du tableau , jouant un rôle en général secondaire , un homme d’outre-Méditerranée , de race Mauresque ou Sarrasine , fournit à l’artiste l’occasion de peindre un visage basané , d’aspect mâle et énergique. Les traits sont réguliers , la barbe est noire et courte ; le personnage est vêtu d’étoffes blanches et flottantes constituant son costume national ; mais, caprice inattendu du plus fantaisiste des peintres, il porte parfois un faux turban. Sa coiffure n’est autre souvent qu’un foulard de nuit, le propre madras à l’aide duquel les consuls de la ville natale de notre artiste aussi bien que leurs plus humbles administrés protégeaient chaque soir leur chef, sous le Grand-Roi, contre les attaques du coriza nocturne.
Voilà certes une bizarrerie de plus à ajouter à la liste déjà longue du maître si original; mais elle ne nous explique point pour quelle cause un Turc hante constamment ses meilleurs tableaux. Est-ce là un problème difficile à résoudre ? Evidemment non, surtout chez un artiste méridional, né à cette époque et en Languedoc.
Au xvne siècle , en effet , aussi bien qu’au xme, la vieille poésie de Rutebœuf, la Complainte d’ Outre-Mer est toujours d’actualité. Nombreux sont les chrétiens esclaves aux paj^s d’Islam *, l’audace
1. Tous nos renseignements sur ce point ont été empruntés aux trois ouvrages suivants : Les victoires de la Charité ou la Relation des voyages de Barbarie , faits en Alger par le R. P. Lucien Hérault de l’ordre de la Saincte-Trinité, pour le rachapt
des François, esclaves aux années 1643 et 1645 Paris, 1646. — Histoire
de Barbarie et de ses Corsaires, par le R. P. F. Pierre Dan.... Paris, 1649. — Mélanges académiques d'histoire et d'archéologie, t. III. L’Œuvre de la Rédemption des captifs à Montpellier, par M. A. Germain , professeur d'histoire et doyen de la Faculté des Lettres de Montpellier, membre de l'Institut. Montpellier, 1871.
l’œuvre de bourdon.
et l’insolence des corsaires barbaresques n’ont jamais été plus grandes. Dans la régence d’Alger seule , on compte trente mille captifs volés un peu partout sur les côtes d’Europe 1.
La France tout entière s’intéresse donc à la rédemption de ces infortunés, et c’est une fête publique lorsque les Pères Rédempteurs parviennent à racheter et ramener quelques-uns d’entre eux. Du port de la Méditerranée où leur vaisseau aborde jusqu’à la capitale, leur route n’est alors qu’une continuelle et pieuse ovation.
Peut-on se figurer spectacle de nature à plus impressionner un artiste, un poète , un peintre, que celui de ces malheureux esclaves parcourant lentement nos rues , revêtus encore de leur livrée de misère , le visage brûlé par le soleil , le corps amaigri, les membres meurtris de coups et de blessures, certains, comme le patron de barque
1. Les pirates de Barbarie peuvent armer jusqu’à cent vingt navires ou polacres de vingt-cinq pièces de canon à quarante chacun. Il y a beau temps qu'ils ne se contentent plus d’écumer les mers Méditerranéennes. Le 15 juillet 1617, ils ont franchi Gibraltar, pillé l’isle de Madère, emporté les ornements , les joyaux et jusqu’aux cloches des églises , et ce qui est pis, transporté à Alger et chargé de chaînes douze cents personnes, hommes, femmes et enfants.
Leurs rays ou capitaines connaissent merveilleusement l’Atlantique , chose toute normale, puisque la plupart d’entre eux sont des renégats. En 1627, par exemple, un allemand, Cure Morat, guide trois vaisseaux d’Alger jusqu’en Islande. Tous les villages sont mis à sac et quatre cents paysans réduits en esclavage. En 1631, même calamité fond sur l’Irlande, à Batinor deux cent trente-sept personnes sont enlevées ; cette fois un renégat flamand commande cette ignoble chasse à l’homme.
Sur nos côtes de France, tant de l’Océan que de la Méditerranée , il n’est pas un port, une petite ville maritime, une bourgade qui n’ait à pleurer un ou deux de ses membres ainsi pris en mer, sur des bateaux de commerce. Les relations avec le Levant sont devenues impossibles. Le fléau de la piraterie menace de les entièrement arrêter. Veut-on quelques chiffres : d'octobre 1628 à août 1634, les Algériens ont pris quatre-vingts navires , barques ou tartanes , c’est-à-dire une valeur de 4,752,000 livres, plus mille trois cent trente-un marins ou passagers. Leurs terribles vaisseaux ronds, si prompts et si rapides , suivent incessamment ce large circuit , l’Égypte , Chypre , l’Italie , la Calabre , la rivière de Gênes , les côtes de Provence, de Languedoc et de Catalogne. Du cap de Cette , nous, dit Platter , on les voit fréquemment passer. Qu’un coup de vent refoule vers la haute mer les modestes barques de nos pêcheurs d’Agde, Frontignan, Palavas, Maguelone , c'est-à-dire du littoral même Montpelliérain, et tout aussitôt femmes et enfants d’envahir les chapelles, demandant à Dieu de protéger frères et époux contre la fureur des flots, sans doute, mais surtout contre la colère des Sarrasins.
Jean Seillc d’Agde, âgés de plus de 80 ans, dont quarante écoulés en captivité. Entourons par la pensée cet émouvant cortège de toutes les pompes de la religion chrétienne au xvne siècle : les consuls, représentés par des hallebardiers ou varlets d’armes aux couleurs de la cité ouvrent la marche ; les confréries suivent avec leurs costumes si pittoresques et toutes bannières déployées; voici les victimes conduites chacune par deux enfants vêtus à la Turque, qui les tiennent enchaînés par des liens d’or; ensuite les Pères Rédempteurs h la longue barbe, à la blanche robe, portant brodés sur leur poitrine, ceux de la Sainte-Trinité une grande croix bleue et rouge, et ceux de Notre-Dame de la Mercy l’écusson royal d’Aragon1. Évoquons
I. Deux ordres religieux, déjà vieux de plusieurs siècles , les Trinitaires et les Pères de Notre-Dame de la Mercy, se partagent à cette époque le rôle héroïque et empli de dangers de racheter les captifs. Porteurs des aumônes abondantes recueillies dans nos églises par les plus nobles mains : — en 1646, au Louvre, 1,404 livres, par Mademoiselle de Neuillan, plus 1,000 livres données par la Reine régente; à Saint-Paul, 1032, par Madame la mareschalle de Vitry; à Saint-André des Arts, 1036, par Madame de Chasteau-Vienx, — ils se dirigent vers Alger, Tunis ou le Maroc. Là les attendent mille déboires et mécomptes. Ils sont volés, pillés, insultés, exploités de toute manière. Au mépris des saufs-conduits les plus formels, on jette l’un d’entre eux , le père Lucien Hérault , dans un cul de basse fosse, pullulant de bêtes immondes , où suivant l’expression de l’auteur, « il ne marche qu'à pieds nus dans le venin ». Et lorsque enfin, après ces longues traverses, ce martyr obtient du Divan le droit de partir avec sa précieuse cargaison humaine, surviennent encore de nouveaux esclaves, « levant les appareils qui fermaient leur playes afin d’ouvrir plusieurs bouches à la plainte de leur malheur ». Son cœur se fond de pitié , et prenant leurs chaînes , il reste sur cette terre ingrate , où une prompte mort vient récompenser bientôt son dévouement.
Voilà le sort de la plupart. Ils n’assistent point à l’heure triomplale où les captifs touchent le sol de France et , de Marseille à Paris, traversent processionnellement nos villes, au milieu d’un peuple immense, pleurant et priant à genoux. Cependant leur ardeur ne se ralentit point, les rédemptions sont fréquentes. Le 20 mai 1635, quarante-trois esclaves arrivent à Paris conduits par le Père Charles d’Arras. Trois ans après , le 23 novembre 1638 , les Pères Audruger et Deshées rentrent de Tunis avec trente-quatre captifs. En 1643, le Trinitaire Lucien Hérault en ramène cinquante, et quarante autres qui lui doivent également leur salut reviennent en 1645 sans lui, et sont reçus dans la capitale le 10 août. A Montpellier, le mémorial consulaire de Pierre Sabattier signale, en 1656, une procession en l’honneur de treize esclaves délivrés par les Pères de la Mercy. En 1674, les religieux de la même ville en arrachent cinquante-six aux pirates du Maroc. Il nous serait aisé de continuer et de multiplier ces glorieuses annales de la charité chrétienne.
l’œuvre de bourdon.
cette vision et nous comprendrons déjà pourquoi Bourdon introduit si souvent un personnage mauresque dans ses compositions ; mais nous le comprendrons bien mieux en réfléchissant qu’il est de Montpellier, c’est-à-dire de l’un des centres les plus actifs de la rédemption, et aussi l’un des points du littoral méditerranéen les plus éprouvés par le fléau de la piraterie.
Dans la ville natale de notre peintre, les deux ordres religieux que nous venons de nommer ont -chacun une maison importante et rivalisent de dévouement. Le couvent des Trinitaires est situé dans l’ancien presbytère de l’église Saint-Paul, devenue depuis le siège de leur chapelle, aujourd’hui l’église Saint-Roch. Les Pères de la Mercy, chassés eux aussi par les guerres de religion, sont installés à nouveau depuis 1651 sur le versant de la colline du Peyrou, là même où sera plus tard dessinée l’allée basse. Le fait que Sébastien Bourdon appartient à la confession calviniste ne saurait le tenir à l’écart de ces institutions pieuses. Les Pères Rédempteurs sont, en Afrique, les délégués des réformés aussi bien que des catholiques, et les huguenots de La Rochelle ont voulu notamment charger le père Lucien Hérault du rachat de leurs coreligionnaires. Mais veut- 011 une preuve absolue des relations existant entre Sébastien et les Pères de la Mercy, la voici : Piganiol de la Force et d’Argenville nous signalent dans le cloître de ces religieux, à Paris , un grand tableau de notre artiste représentant la fondation de leur ordre par le languedocien saint Pierre Nolasque, avec le concours de Jayme Ier, roi d’Aragon et seigneur de Montpellier. La scène se passe dans la cathédrale de Barcelonne , et parmi les treize gentilshommes qui prennent l’habit , figure encore un montpelliérain, Guillaume de Bas. Où Bourdon a-t-il peint cette toile ? Est-ce à Paris , est-ce à Montpellier1 ? Peu importe. S’il a été chargé de retracer ce trait
1. Il se trouvait justement dans cette dernière ville en 1657 et 1658, c’est-ddirc à l'époque précise où , leur cloître réédifié , les Pères devaient songer A l’orner de tableaux et objets d’art. Sans doute d’Argenville voit cette peinture ;\ Paris; mais cela ne prouve pas grand’chosc sur le lieu de sa facture , puisqu’il, signale à côté, chez les mêmes religieux, l 'Histoire de Moi se , exécutée, nous le savons, dans le midi, pour M. le baron de Vauvcrt.
de son histoire locale , c’est à titre de Montpelliérain. Et voilà une explication de plus de son goût pour les Musulmans.
Bourdon n’a pu aller chez les Pères de la Mercy sans les questionner sur leurs aventures d’outre-mer, sur ces peuples étranges, d’eux si bien connus. Qui pourrait mieux lui décrire Alger, la grande cité barbaresque , avec ses blanches maisons , ses rues escarpées et étroites , son château de l’Alcassave où les janissaires tiennent ce grand mortier de bronze dans lequel ils ont autrefois pilé plusieurs baschas, en retard dans le payement de leur solde ; sa population mélangée de Turcs, de Bédouins , de Maures qualifiées de Tagarins ou d’Andalous suivant la province espagnole d’où ils ont été chassés; ses prisons ou bagnes de la Douane, du Roy, d’Ali Pichiny, du Cheylibi ou général des galères; ses portes fortifiées, notamment celle de Bab-Azoun où l’on enganche les Turcs condamnés , les accrochant comme des bêtes de boucherie, mais bien vivants, à de gigantesques clous plantés dans les murs et taillés en fer de lance , puis les y laissant mourir de faim , criant , pleurant et saignant sous l’ardeur implacable d’un ciel de feu ; et enfin ce cimetière désolé des chrétiens placé si près des flots que la mer « l’arrouse bien souvent de ses vagues ».
Les supplices infligés aux chrétiens et supérieurs encore en barbarie à celui que nous venons de raconter, les raffinements de cruauté du Mesüar ou bourreau, les Pères de la Mercy ne les connaissent que trop et peuvent également renseigner sur ce sujet douloureux leur interrogateur. Mais à l’audition de tous ces récits naît et se développe dans l’esprit de Bourdon une sorte de curieux engouement pour la nation Musulmane, semblable à celui de Pierre de Laar pour les brigands d’Italie (enthousiasme purement artistique chez l’un et chez l’autre, s’entend). Bourdon trouve le type et surtout le costume des Turcs ou des Bédouins fort pittoresque, et se plaît à retracer leur fière silhouette dans ses tableaux.
Si donc , pour nous résumer, dans une toile d’aspect français et sentant quelque peu son xvne siècle, vous remarquez concurremment une pyramide aiguë , un obélisque , un coursier antique taillé dans
l’œuvre de bourdon.
le marbre, se cabrant dans une attitude fièrement rebelle ; si, de plus, au milieu des fûts de colonne debout ou brisés se glisse un maugrebin coiffe frauduleusement d’un turban bourgeois et nocturne1, vous pouvez conclure sans crainte que vous avez sous les yeux une œuvre originale ou une copie du peintre de Montpellier.
Ses Él èves .
’il est vrai que l’adage applicable aux peuples l’est aussi aux individus, et que les plus heureux sont ceux-là précisément dont n’a cure l’histoire, les élèves de Bourdon durent en leur vivant jouir de ce bonheur parfait que promettent à leur héros les dernières conclusions des contes de fées.
D’Azelier d’Argenville, à la fin de sa notice , les énumère en ces termes : « Guillerot, grand paysagiste, Monier et Fricquet de Vaurose qui l’aidèrent à la galerie de Bretonvilliers, ont été ses élèves, ainsi que Nicolas Loyr. » Commençons par nous inscrire en faux à l’égard de ce dernier.
Nicolas Loyr n’a fait que traverser en sa jeunesse l’atelier du
1. Comme Bourdon ne connaît les peuples maliométans que par ouï-dire et ne les a vus qu’à travers le déguisement de ses compatriotes, — aux jours de processions triomphales ou plus fréquemment dans certaines mascarades , inséparables des fêtes Languedociennes et instituées par les chevaliers de Malte toutpuissants dans cette province, — il commet plus d’une hérésie dans leurs vêtements et voilà tout expliqué le faux turban que nous signalons.
Sous les mêmes influences de lieu et d’époque, le cerveau de Molière reçoit au contraire une toute autre impression. Pour lui, le Sarrazin, le Turc, le Maure est l’ennemi du moment contre lequel s’aiguise sa verve , qu’il ridiculise dans scs comédies, ballets ou mascarades. Il transforme son turban en potiron , l’affuble d’un croissant gigantesque dans le dos , le gratifie d’une barbe ou d'un abdomen burlesque, et les gentilshommes qui ont suivi M. de Coligny à la bataille de Saint-Gothard , ou le duc de Beaufort à Candie , rient de tout leur cœur, si toutefois, suivant l’étiquette, Sa Majesté leur en donne l’exemple. Le Turc chez Molière , et pour les mêmes causes, joue le rôle du Chinois dans nos opérettes modernes, écloses sous le second Empire.
peintre de Montpellier. Épris d’une admiration profonde pour le Poussin, il se hâta de gagner Rome, y étudia de près la manière et les procédés de cet illustre maître et, de retour en France, s’appliqua à le représenter parmi nous. Il n’y parvint, hélas ! qu’à demi, et s’il suivit sa trace , ce fut à ce long intervalle, scd longo intervallo, dont parlait le poète latin de l’heure de décadence.
Quant à Guillerot , quelle raison lui vaut , sous la plume de d’Argenville, l’épithète de grand paysagiste ? Sans doute la dimension de ses paysages. S’il en est autrement, si leur mérite transcendant justifie et explique l’expression admirative du critique , avouons que son oeuvre a dû subir quelque calamité destructive , disparaître tout entier en un effroyable cataclysme. Comment expliquer sans cela l’indifférence des curieux à l’endroit de ses toiles , et cette conspiration — la pire de toutes , celle du silence — tramée à son égard par les cent bouches allégoriques de la renommée ?
Restent Monier et Fricquet de Vaurose. M. Charles Blanc résume en deux mots l’oraison funèbre du premier: ce fut, nous dit-il, un lourd académicien. Nous croyons nécessaire de donner plus d’extension à la biographie du second.
Fricquet de Vaurose, qui aux yeux des membres de l'Académie ne fut jamais que Monsieur Fricquet, apparaît pour la première fois dans les registres de cette savante assemblée le 13e jour de janvier 1663 1 * * 4. Il a terminé l’année précédente par une grave faute , celle de signer, en compagnie de dix-huit ou vingt jeunes hommes, une requête à Monseigneur le Chancelier, pleine de critiques injustes,
1. Procès-verbaux de l'Académie royale de peinture et de sculpture (1648-1792), publiés par M. Anatole de Montaiglon, t. I, p. 206. Paris, 1875.
Cejourdhuy , l’Académie estant assemblée , se sont présantéz plusieurs
Estudians , lesquels ont dit qu’ils estoient touché d’un sensible desplaisir d’avoir par cy devant faict des assemblées particulières et de s’estre ingéréz de poser un modelle en publicq contre les desfenses du Roy et les Ordonnances de l’Académie Royale , supliant la Compagnie de leur pardonner lad. entreprise et les resevoir en sa grâce , rétractant tout ce qu’ils ont faict en ceste ocasion , notamment ce qu’ils ont exposé dans leur requeste présentée à Monseigneur le Chancelier, à sçavoir :
En l’article 1, sur le logement de l’Académie, ils recongnoissent qu’elle n’est
l’œuvre de bourdon.
de propos meschants à l’endroit de l’École académique et de ses professeurs. A la date que nous signalons, le repentir lui est venu ; il est pénétré de ses erreurs, ainsi que son ami Monier, aussi leurs deux noms figurent-ils en tête de la liste des Pauvres estudians rétractant et désavouant ce calomnieux réquisitoire.
Cette bonne action reçoit une prompte récompense : le 10 mars, un concours est ouvert par Lebrun au sujet de troix prix offerts par M. du Metz; le dessin à exécuter est Moïse brisant les tables de la loi à la vue de son peuple idolâtre. Le 7 avril le résultat est proclamé, et Fricquet, troisième, obtient une médaille d’or à l’effigie du souverain.
Cette année lui est décidément favorable. Le 14 juillet, nous lui voyons remporter une nouvelle victoire: il est déclaré le second dans le grand concours annuel , où, travail auguste , il s’agissait de reproduire une action héroïque du grand roi , la Réduction de Dunkerque entre ses mains.
pas libre de choisir les lieux à son gré, depuis qu’il a pieu au Roy de luy ordonner un logement, et que la difigulté de s’en retourner tart est plus considérable pour les Proffesseurs que pour les Estudians ;
En l’art. 2, que témérèrement ils se sont émancipés de reprendre leurs Officiers supérieurs ;
Au 3, que faussement ils ont suposé que l’Académie estoit obligée d’enseigner gratuitement et qu’elle avoit exigé plus qu’elle ne devoit par semaine ; qu’ils recognoissent que souvant cette contribusion des Estudians n'a pu suffire pour satisfaire à la despense et aux frais du modelle ;
Au 4, que malicieusement ils se sont plaintz qu’on ne leur enseignoit point la Géométrie, l’Architecture ny la Perspective, la vérité estant que, mesme lorsqu’ils ontz quité l’Académie Royale , ces sciences y estoient enseignées par Monsieur Migon, quy y exelle particulièrement ;
Au 5 , qu’à tort et contre la vérité ils ont suposé qu’il y avoit de la division entre les Proffesseurs ;
Et au 6e , qu’il n’est pas vray que le banissement que l’Académie a faict de quelques uns des Estudians ait esté parce qu’ils avoient dessein de se plaindre , puisque ce dessein n’estoit poin encore connu, mais pour le trouble et le désordre qu’ils ont faict en l’Académie ;
Et qu’il désavoue lad. Requestc, tant imprimée que manuscrite , et protestent de se soumètre à l’avenir à tous les ordres de l’Académie, avec le respect qu’il luy est deu, ce qu’ils ont déclaré de vive voix, et attesté par leurs signatures : Monter — Fricquet — Béranger — Laurent — Millot — Claude Daury — Baudet — Michelin.
Nous ne pouvons résister au désir de décrire cet ouvrage , d’après le projet rédigé par Testelin. La ville achetée devait être figurée sous les traits de Danaé , la belle dormeuse ; Louis, planant dans les régions célestes, tenait d’une main le foudre du maître des Dieux et de l’autre pressait une nuée d’où tombait une pluie d’or. Trait mordant d’anglophobie railleuse , note surprenante et inattendue dans un sujet académique du xvnc siècle, une vieille femme, placée au bas du tableau, recueillait avidemment dans ses mains décrépites l’ondée bienfaisante, et le malicieux secrétaire d’ajouter: « Ceste » vieille aura quelque marque signifiant l’isle de la Grande-Bretagne.»
Mais assez de détails sur M. Fricquet étudiant. Le 5 juillet 1670, l’Académie agrée son tableau d’épreuve, et le 26 du même mois , il est reçu au nombre de ses membres. Entre les mains de qui prêtet-il serment ? De qui reçoit-il l’accolade ? De son vieux maître Sébastien Bourdon, recteur en mois, qui joyeux préside les deux séances et appose le premier , au bas de leurs procès-verbaux, son large et magistral paraphe.
Ce trait est sans doute peu de chose ; nous n’avons pu toutefois nous défendre, en le constatant, d’un certain plaisir, nous dirions même de quelque émotion. Il nous a paru trouver là une nouvelle preuve de cette qualité majeure qui rendait Bourdon sympathique à tous , la bonté de cœur.
Pauvre cher grand maître ! en cette année, la dernière de sa vie, il n’oubliait point son élève et mettait à profit son dernier quartier de rectorat pour lui faciliter l’admission au corps Académique; aussi bien payait-il sans s’en douter à Fricquet de Vaurose une large dette de reconnaissance. Un jour devait bientôt venir où son meilleur ouvrage, celui qu’il estimait son plus sûr piédestal devant les générations futures, la Galerie de Bretonvilliers, ne serait plus connue que par les estampes heureusement aussi intelligentes que fidèles de ce disciple favori.
Ces quatorze planches sont le vrai titre de gloire de Monsieur Fricquet aux yeux de la postérité; en son temps il en eut un autre.
Le 5 novembre 1672, à la suite d’une brillante conférence sur
L ŒUVRE DE BOURDON
l’anatomie , la Compagnie, on ne peut plus satisfaite de la virtuosité transcendante avec laquelle il avait joué du squelette, et jugeant « qu’une personne de la profession se treuvant capable de donner » des leçons d’anathomie , devoit toujours estre préféré à un chirur- » gien », nomma mondit sieur Fricquet professeur en cette science, avec la qualité de conseiller.
La vérité nous a fait rayer du nombre des élèves de Bourdon Nicolas Loyr ; elle nous permet en revanche de remplacer cette quasi célébrité par un nom qui établit bien mieux la haute réputation, la renommée de cet atelier et de son maître. Au xvne siècle , pour la première fois, comme le fait judicieusement observer M. Dussieux, les artistes étrangers vinrent chez nous à Paris étudier cet art, dont l’enseignement avait été jusque là le monopole exclusif de l’Italie. Parmi eux , Théodore van der Schurr, qui entre tous les peintres parisiens fit choix de Sébastien Bourdon et travailla longtemps sous ses ordres.
La liste des disciples est-elle épuisée avec lui ? Non. Il nous reste à citer le plus sympathique de tous les apprentis qui dans la vieille maison de la rue de Ruilly peignirent aux côtés du maître. Cette fois une tête de jeune fille, de jeune femme plutôt, apparaît devant le chevalet. Une main féminine manie le pinceau et tient la palette. Quelle est cette élève dont la présence évoque à notre esprit le souvenir de la douce Suzanne en l’atelier des Du Guernier? C’est sa propre fille, Marie Bourdon, l’aînée des enfants survivants de cette première union du peintre de Montpellier.
Avec un tact merveilleux, une générosité d’âme absolue, Marie a compris qu’il fallait quelqu’un dans cet atelier, remplissant auprès de son père le rôle utile et modeste joué auprès de Raphaël par le Fattorino. Elle n’a voulu confier ce soin à personne. C’est donc elle qui rappelle à l’artiste insouciant scs engagements oubliés et au besoin achève et livre l’ouvrage; c’est elle qui au logis vacquc à toutes choses, depuis les plus humbles jusqu’aux plus grandes.
Les années s’écoulent ; la vingt-cinquième va sonner et cependant Marie ne songe point à quitter la demeure paternelle , elle repousse
toute idée de mariage. Quel est le secret de son coeur ? Le voici : elle a accepté l’héritage de dévouement de Suzanne du Guernier, elle estime et croit que pour aimer et élever une famille aussi nombreuse que la sienne *, ce n’est point trop du cœur et de l’amour de deux mères.
Hélas ! si comme le peintre de Venise , le puissant Tintoret , Bourdon eut la joie de se sentir revivre en l’âme de sa fille, il lui fut réservé également la douleur immense , éternelle , de voir son enfant descendre sous ses yeux dans la tombe.
1 . L’on sait que Sébastien Bourdon laissa à sa mort, survenue un an après celle de sa fille Marie , huit enfants , dont trois du premier lit et cinq du second.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Extrait des Registres des Délibérations consulaires.
( Archives municipales de Montpellier.)
Du lundy vii juillet 1649 dans la maison consulaire de la ville de Montpellier, sur l’heure de troys à quatre appres midy devant M. de Crouzet, prezidant jugemage de lad. ville, assemblés pour tenir le conseil des XXIIII, MM. de Mûries, Seguin, Sanche, Bastide , Vielzieux et André , consuls-majeurs comme convient et MM. Alabic et Richer, conseillers nays des consuls avec MM. de Combas, Louys, Clary, Malessaigne, Rouvière, Salgues, Gardel , Domergue , Nissole , Figuet , Sabran , Bosc , Falat, Le Moyne et Delane , conseillers ordinaires, M. de Remisse, procureur du roy, ne s’y étant point trouvé quoyque requis par led.
sieur Vielzieux , cinquième consul, ainsi qu’il a esté rapporté.
A suitte de quoy ledit sieur de Mûries, premier consul et viguier, auroyt apresenté qu’il ne croyoit pas qu’il y eust aulcun dans la compaignie quy n’ait cogneu ou quy n’eust ouy parler du sieur Sébastien Bourdon , Mc peintre, natif de cestc ville , rezidant
despuis doutze ou quinze ans en la ville de Paris, lequel a s’y bien reussy en son art qu’il s’est acquis l’honneur et la réputation d’estre le plus excellent peintre qui ayt esté de longtemps ny quy soyt pour le jourdhuy dans le royaulme n’y mesme à dire le vray dans toute l’Europe, et cette vérité est sy cogneue qu’il 11’y a personne quy en doibve doubter, et estant led. Sr Bourdon venu en ceste ville pour y voir ses parents , Monseigneur le comte d’Aubijoux s’y estant rencontré pour lors et sçachant la vertu et le mérite du Sr Bourdon , à la prière de plusieurs personnes de condition de la ville, il auroyt faict tout son possible pour le porter à changer de demeure et passer le reste de ses jours dans sa ville natalle. A quoy led. Sr Bourdon auroyt apporté de la résistance , mais led. seigneur comte qui a de grandes passions pour le bien, honneur et réputation de cestc ville par la quallité qu’il possède d’en estre le gouverneur pour son altesse royallc , auroyt tant faict devers ledit Bourdon
qu’il l’auroyt faict condescendre à ce que led. seigneur comte trouverait bon. Et lorsque led.
seigneur partit de ceste ville pour s’en aller à la cour, il aurait dict au sieur de Mûries et à ses collègues ce qu’il croyoyt debvoir estre fait par la ville sur ce subject et les auroyt touts chargés de le propozer à ceste assemblée poulie rezouldre et auroyt aussy prié Monseigneur de la Forest Bremont Castelnou de l’en assurer de sa part, et comme ledit Bourdon n’a pas seulement ceste quallité d’estre peintre très-excellant qu’encore en a-t-il d’aultres quy sont hors de prix et quy le rellevent par-dessus l’ordinaire comme d’estre très sçavant aux mathématiques, perspective, sculpteure et fort-expert en beaulcoup d’aultres sciences et ouvraiges où chacun pourra proffiter; il ne se contentera pas seulement de rnonstrer la peinture à ceulx qui pourront avoir l’intention et le dézir de l’apprendre , qu’encore luy feroist des démonstrations sur la mathématique, sculpture, perspective et autres gentilhesses d’esprit qu’il sçayt parfaitement, et par ce moyen, et par une accademye dressée dans ceste ville où beaulcoup d’estrangers viendront pour s’instruire , en laquelle le général et le particulier proffiteront grandement, et de plus se chargera led. Sr Bourdon de faire en grand et petit volume les portraits et tableaux qu’on faict touts les ans pour Messieurs l'es Consuls dans la maison consulaire pour lesquels il s’impose annuellement troys cents livres dans l’estât des dépenses ordinaires de la ville, sy bien qu’en augmentant
ceste dépense de quelque chose on trouvera ung homme illustre en son art , quy apportera honneur et proffit à la communauté , et en ce faizant , on imitera les aultres bonnes villes du royaulme, quy ( lorsqu’elles sçavent ung bon ouvrier en quelque lieu qu’il puisse estre) font tout ce qu’elles peuvent pour l’avoir parmy eulx, et ne considérant pas la déspense qu’on peut faire sur ce subject parceque le bien qui en revient est beaulcoup plus grand que telle despense voire moyenne quelques avantages qu’on puisse faire à telle sorte de personne.
C’est pourquoy led. Sr de Mûries, par toutes ces raisons et considérations , et aultres meilheures que chacun des Srs conseillers politiques peult avoir : A requis l’assemblée de desliberer sur ce qu’il croyoit debvoir estre faict et impozé annuellement sur le general des habitans pour donner subject aud. Sr Bourdon de changer de domicilie et demeurer le reste de ses jours en ceste ville avec sa famille pour y faire le service public susd. Assurant ceste assemblée que non seulement led. seigneur Comte, mais encore les personnes de condition de la ville leur en sauront très bon gré et les en remercieront au premier rencontre.
Sur quoy ayant esté mûrement deslibéré , et toute chose bien considérée par pluralité de voix a esté conclud et arresté que led. seigneur comte d’Aubijoux sera très humblement remercye par lesd. Srs Consuls de la part de ceste assemblée du soin qu’il a d’augmenter l’honneur et la réputation de la ville de Mont-
PIÈCES JUSTIFICATIVES
pellier, le priant de lui continuer les bonnes volontés qu’il a pour la ville et pour occasionner led.
Sr Bourdon à y demeurer aisément avec sa famille et l’obliger de montrer à la jeunesse ce qu’il sçayt faire s’y parfaitement. A esté aussy arresté que doresnavant, soubz le bon plaisir du roy tant et s’y longuement qu’il vouldra demeurer aud. Montpellier, à commencer l’année courante à la prochaine imposition qui s’y fera appres la tenue des estats et de l’assiette , il sera impozé annuellement au sol la livre en la forme accoutumée sur touts les habitans et contribuables aux tailles , la somme de mille livres, qui sera mise dans l’estât d’imposition de chasque annee , pour estre payé au sieur Bourdon, annee par annee, au terme des impositions en icelle somme comprins les trois cens livres qui s’ympozent touts les ans dans l’estât des despenses ordinaires de la ville pour le grand tableau de Messieurs les Consuls , lequel tableau et les autres petits qu’on a accoustume faire pour les Srs Consuls , led. Sr Bourdon sera obligé de faire bien et duéfnent annee par annee moyennant lad.
somme de mille livres , et pour traiter avec luy à suite de ce, lesd.
sieurs de Combas, Louys, Saignes et Gardel ont esté desputes auxquels lcd. Conseil a donné tons pouvoirs necessaires de passer touts contrats sur ce subject quy seront vallides par l’assemblée au prochain conseil.
Du mardy quinziesme jour du mois demay 1657, heure de trois appres rnidy, dans la grand salle de la maison consullaire de la ville de Montpellier, lieu destiné pouf la tenue des conseils générais et particuliers de lad.
ville , par devant Mes Mr Gaspard de Perdrix , conseiller du roy , juge criminel en la seneschaussée gouverneman et siégé présidial dud. Montpellier, assemblés pour tenir le conseil dict des vingtquatre, Messires Jacques de Baudan, sieurs Pierre Vallat , Pierre Blanc , Jean Prévost et Claude Caucat , consuls et viguiers de ladite ville l’année présente, avec les sieurs Pierre Rolland et Anthoine Vaneau , conseillers nais dudit conseil , Messire Philipe de Boucaud aussy conseiller du roy en ses conseils presidan en la Cour des comptes, aydes et finances, Mr Me Emanuel de Gérard, conseiller et doyen en lad. cour , Messire Jacques de Manse, seigneur de Coucon , trésorier general de France , Monsieur maistre Adrian de Rudanel, conseiller du roy en lad. cour presidialle , noble Pierre de Combas , Pierre Sanche , conseiller du roy, proffesseur en l’université de médecine , Monsieur MeH. Loys, docteur et advocat, Mc Louis Tavernier , procureur, Edmé Dcspres, Me chirurgien, Mc Amy, notaire, Toutjean, Pelerin, Pierre André, financier, et Guillaume Causse , marchant de laynes , conseillers ordinaires, nommés pour la tenue dud. conseil.
Ledit sieur de Baudan a propozé qu’en l’année mil six cens
quarante neuf, il fut prinze deslibération pour pryer le sieur Bourdon de fere son domicilie et arrester en ville , et furent nommez commissaires à cest effect avec pouvoir de luy offrir mil livres , pour le grand et petit tableau de Messieurs les Consuls, ainsin que plus au long lad. deslibération le contient, mais led.
sieur Bourdon ne trouvant pas le prix de l’ouvrage à faire dans ceste somme, l’auroict faict entendre aux susd. commissaires, et estant allé à Paris , il y auroict esté arresté par les ordres du roy pour l’establissement d’une accadémye royalle de son art , et doù estant appelé par la reyne de Suède pour travailler à son service, il y seroit allé avec la permission du roy, et auroit sesjourné à la cour de ceste grande reyne l’espace d’un an , au retour duquel voiage ayant faict et parachevé l’establissement de ceste accadémye royalle , et requis par Messieurs du venerable chappitre Saint-Pierre de Montpellier de faire le tableau du grand autel de la cathédrale , il seroit venu en ville poussé par le dézir de laisser dans sa patrie un ouvrage de ceste importance, de laquelle occasion led. sieur proposant voullant proffiter, auroict repprins les courants de la négociation faicte avec led. sieur Bourdon en exécution de lad. desliberation de l’année mil six cens quaranteneuf, et trouvé en luy une disposition favorable pour arrester en ville. Led. sieur Bourdon luy ayant pourtant faict entendre qu’il prefferoitle sesjourde Montpellier à tous ceux de l’heurope où son bonheur l’ auroict faict appeller et
desirer par les plus puissans estats qui la compozent, mais qu’on conciderat la valleur de l’ouvrage qu’on l’obligeoit de faire, qu’il avoict pendant les deux voyages qu’il a faicts à Montpellier rabattu du prix ordinaire de ses tableaux lequel estoit cogneu par les plus considérables habitans de la ville pour lesquels il avoict travaillé et qu’il s’en rapportoit à nous et à notre conseil pour en uzer ainsin que nous trouverons bon. Ce quy nous auroict obligé d’assembler ce conseil pour en desliberer adjoustant aux raizons très importantes au bien de la ville contenues dans lad. desliberation de l’année mil six cens quaranteneuf, qu’il est de la dignitté d’une grande ville comme Montpellier, d’orner son Hostel-de-Ville quy ne le peut estre à meilheur marché, ny de meubles plus précieux et convenables que de ses tableaux, Que toutes les personnes entendues à la peinture 'sçavent bien quavec le temps ils seront d’une inestimable valeur.
Sur Quoy Ayant esté Mûrement desliberé , a esté arresté par pluralité de voix que la desliberation prise la susdite année mil six cent quarante-neuf sera executtée , et qu’oultre et pardessus les mil livres accordées par icelle audit sieur Bourdon , il luy sera baillé annuellement trois cent livres faizant avec lesdites mil livres , treize cent livres , et à c’est effect que dorénavant soubz le bon plaizir du ro}q tant et si longuement que ledit sieur Bourdon demeurera audict Montpellier la susdicte somme de mil livres , en icelle comprins les trois cent livres couchées dans l’estât des despenses
PIÈCES JUSTIFICATIVES
ordinaires , sera imposée au sol la livre en la forme accoustumée sur tous les habitans contribuables aux tailles dudict Montpellier, et à c’est fin mizedans l’estât d’imposition , et les trois cent livres restant et presantement accordées par l’assemblée seront prinses sur les trois cent quarante et tant de livres provenant du revenant bon des derniers de la chair destinées pour le paj^ement de l’Intherest des Catholiques, quy sera payée annuellement audict sieur Bourdon, conjointement avec lesdites mil livres , et moyennant icelle somme de treize cent livres ledict sieur Bourdon sera tenu et obligé de satisfaire à toutes les conditions portées sur la susdite desliberation de l’année mil six cent quarante -neuf. Et, pour traiter avec luy à raison de ce , les sieurs president de Boucaud et de Rudanel , conseiller, ont esté deputtez, ensemble lesdicts sieurs consuls auxquels le conseil a donné tout pouvoir de passer à raison de ce , tout contrat et autres actes necessaires , avec ledict sieur Bourdon, quy seront vallidés pas l’assemblée au prochain conseil ; Et , de plus a esté arrcsté pour d’autant mieux obliger ledict sieur Bourdon a accepter lesdictes conditions , que ledict sieur de Baudan, premier
consul et viguier, sera chargé de représenter aux estats generaux de la province de Languedoc l’utilité qui leur reviendra de l’establissement de ladicte accademye , et procurera en tant qu’il sera en luy envers Nos Seigneurs des estats generaux de la province, une pension à raison de ce au profit dudict sieur Bourdon.
Du lundy onziesme jour du mois de juin mil six cent cinquante sept , heure de deux
appres rnidy
Sur ce Quy a esté Proposé par ledict sieur de Baudan , que par lesdicts sieurs Consuls , presidan de Boucaud et de Rudanel, conseiller à ces fins depputés conformement à la desliberation prinse le quinsiesme de may dernier, il a esté passé contract au sieur Bourdon, peintre , le dixneuviesme de cedictmois de may, l’acte ayant esté faict d’icelluy par le greffier, A esté desliberé que le susdict contrat passé audict Bourdon , est approuvé et vallidé en tous ses chefs, et ce faisant, que la somme à luy accordée sera imposée et payée audict sieur Bourdon , suivant et conformément aux desliberations prinses au susdict contract et comptées depuis le vingt-cinquiesme mars dernier.
Extrait des Minutes de Me Marye, notaire royal et greffier de la Maison Consulaire.
( Archives municipales de Montpellier. )
L’an mil six cent cinquantesept et le dix-neufviesme jour du mois de may, apprès-mydi à Montpellier devant moy notaire royal et témoins bas nommés ont esté en leurs personnes Messire Jacques de Baudan, Pierre Vallat, Claude Sigalon, Pierre Blanc Jean Prévost et Claude Caucat, consuls et viguiers de la ville de Montpellier, Assistés de Messire Philippe de Boucaud, conseiller du roy en ses conseils, president en la Cour des comptes, aydes et finances, et de Mr Me Adrien de Rudanel, conseiller du roy, juge et magistrat en la sénéchaussée, gouvernement et siégé présidial de ladite ville, depputtés du Conseil des Vingt-quatre par desliberation du quinziesme du présent mois, Lesquels sieurs Consuls et depputtés sachant en l’année mil six cent quarante neuf avoir esté prinze deslibération pour prier sieur Sebastien Bourdon recteur en l’Accademye royalle de peinture , sculpture, establie au Louvre, de fere son domicilie et arrester en ceste ville, et à cest effect avoir esté nommés des commissaires avec pouvoir à iceux de luy offrir mil livres pour le grand et petit tableau de Messieurs les Consuls, ainsin que plus au long est particulièrement exprimé en la susdite desliberation et que ledit sieur Bourdon n’ayant pas trouvé le prix
de l’ouvrage à fere dans ceste somme , l’ayant faict entendre auxdicts sieurs conseillers, s’en seroit allé en la ville de Paris, où il aurait esté arresté par les ordres du roy pour l’establissement d’une accademye royalle de son art , et d’où estant appelé par la Royne de Suede pour travailler à son service, il y seroit allé par permission du Roy. Et aurait sesjourné à la cour de ceste grande reyne l’espasse d’un an , au retour duquel voyage ayant faict et parachevé l’establissement de ceste accademye royalle et requis pour Messieurs du vénérable Chappitre Saint-Pierre de fere le tableau du Grand autel de la Cathedralle. Il seroit venu en ville poussé par le dezir de laisser dans sa patrie un ouvrage de ceste importance, et que lesdits sieurs Consuls voullant proffiter de ceste occasion Auraient reprins les courants de la négociation faicte avec ledict sieur Bourdon et trouvé en luy une disposition favorable pour s’arrester en ville , pourvu qu’on considérât la valleur de l’ouvrage qu’on l’obligeoit de fere.
Laquelle négociation rapportée en plain conseil civil , le susdict jour quinziesme de ce moys, aurait esté desliberé que la desliberation prinse la susdicte, année DC vic quarante-neuf seroit executtée et qu’oultre et pardessus
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les mil livres accordées par icelle audict sieur Bourdon, il luy sera payé annuellement trois cens livres, faizant avec lesdictes mil livres, treize cens livres. Et qu’à cest effect doresnavant soubz le bon plaisir du roy, tant et sy longuement queledict sieur Bourdon demeurera audict Montpellier, la susdite somme de mil livres en icelle comprins les trois cent livres couchées dans l’estât des dépenses ordinaires sera imposée au sol la livre en la forme accoustumée, sur tous les habitants contribuables aux tailles dudict Montpellier et à ceste fin mise dans l’estât d’imposition, et que les trois cent livres restant et en dernier lieu accordées , seront prinses sur les trois cent quarante et tant de livres provenant du revenant bon des deniers de la Chair destinés pour le payement de l’inthérest des Catholiques, qui sera payé annuellement audict sieur Bourdon, conjoinctement avec lesdictes mil livres et moyennant icelle somme de treize cent livres, que ledict sieur Bourdon sera tenu et obligé de satisfaire à toutes les conditions portées par la susdicte desliberation de l’année oc vic quarante-neuf, laquelle susdicte desliberation rapportée audict sieur Bourdon, iceluy y auroit acquiescé. A Ces Causes lesdits sieurs Consuls et depputtés suivant et conformément aux susdictes desliberations pour et au nom de la dicte ville et communauté, se sont obligés, comme ils s’obligent de payer audict sieur Bourdon présent , stipulant et acceptant, la somme de treize cent livres tant et sy longuement que ledict sieur Bour-
don demeurera audict Montpellier, laquelle somme luy sera payée annuellement au second tome des impositions par les consuls et conseillers dudict Montpellier, les Commis ou Clavaires quy se trouveront en charge, et moyennant ce ledict sieur Bourdon sera tenu comme il promet et s’oblige de faire annuellement le grand tableau et les autres six petits qu’on a accoustumé de faire pourlesdicts (illisible) et consuls et à satisfaire à toutes les conditions portées par la susdicte desliberation du cinquiesme juillet oc vic quarante-neuf ; et Pour l’observation de ci-dessus lesdictes partyes, chacun comme les concerne ont respectivement obligé, Sçavoir lesdicts sieurs consuls et depputtés les biens de ladicte Communauté , et ledict sieur Bourdon tous et chacun ses biens seront soubmis, à toutes cours du prezent royaume. Ainsi l’ont juré.
Faict et recitté dans la maison consulaire dudict Montpellier en presence de Pierre Gimel et Claude Camenc, praticiens, signés avec les partyes, et de moi Estienne Marye, notaire royal dudict Montpellier, requis soubsigné.
Baudan premier consul etviguicr, Vallat consul , Sigalon consul, Blanc consul, Prévost consul, Caucat, Boucaud depputté, Rudanel depputté, Sebastien Bourdon , Cameng , Gimel et Marye.
Extrait des procès-verbaux du vénérable Chapitre de l’église Saint-Pierre.
( Archives départementales de l'Hérault.)
Du mardy, IIIe de febvrier 1657, du matin. — M. Hondrac , scindic a dict que Mr Bourdon , peintre , natif de Montpellier , ayant eu de tout temps dessain de laisser des marques de son ouvrage dans la ville, il souhayteroit de fere un tableau pour le grand autel de la cathédrale dont il a prins la mezure de la hauteur et largeur. Sur quoy le Chapitre a depputté Mr le grand archidiacre, E. de Franquevaux, pour voir ledict Bourdon et regler avec luy s’il se peut, le prix dudict tableau.
Du lundy, XX' de mars 1657, apiès midy. — Ledict sieur Hondrac a dict qu’on demande cent livres du châssis du tableau que Mr Gourdon (sic) a commencé. Le Chapitre a desliberé que Mrs de Franquevaux, Sallins et Trial seroient depputtés pour faire marché dudict châssis.
Du samedy IXe du mois de juin 1657, issue de la grandmesse. — Mr l’abbé de Franquevaux a}Tant parlé du dessain que Mr Bourdon a faict pour le cadre de l’église cathédrale, le Chapitre a desliberé qu’on laissera conduire Mr Bourdon pour le dessain du cadre du tableau , et pour le prix d’icelluy qu’il sera mis aux enchères.
Du lundy XVIe de juillet 1657, du matin. — Mr Hondrac , chanoine, scindic du Chapitre , a dict avoir faict ouïr le travail du cadre de l’église cathédrale de Montpellier, à ce jourd’huy où les offres doivent estre rendues en plain Chapitre. Requérant maintenant que tous les prétendants soyent ouïs. Sur quoy le Chapitre a desliberé que tout présantemant il sera procédé à la réception des mainsdites dudict cadre. Et à suitte Jean Limaigne , sculpteur , a faict offre de faire le travail dudict cadre suivant le dessain qu’il en a dezia commencé, de la hauteur et largeur du tableau que le sieur Bourdon travaille. Ensemble , une couverture de bois noyer pour les fonds baptismaux de l’église Nostre-Dame, et d’avoir parfaict et achevé l’ouvrage dans trois mois prochain , moyennant la somme de quatre cent cinquante livres.
Le Chapitre a réglé le travail du sieur Bourdon pour le tableau qu’il faict pour la grande eglise , à la somme de deux mil livres.
Du XYIIIT du mois d’aoust 1657, du matin. — Ledict sieur Hondrac , scindic , a dict qu’il est necessaire de faire la deslivrance du cadre du tableau de l’eglise Saint-Pierre. Sur quoy
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lecture faicte de toutes les offres qui ont esté faictes pour ledict cadre, le Chapitre a baillé et deslivré le travail dudict cadre à Jean Limaigne , Me sculpteur, pour et moyennant la somme de trois cents livres. Et depputté Mrs les Scyndics pour passer le contract, et sy à la fin du travail il a bien réussy en son ouvrage qu’il y aura esgard.
Du lundy quatriesme du mois de mars 1658 , après la grand messe. — Monsieur Gariel, scindic, a dict que Mr Bourdon, paintre ayant faict un tableau pour servir au grand autel de l’esglise cathédral le. Il supplie la Compagnie de fere considération de son travail et du temps qu’il y a vacqué. Sur quoy le cbappitre ayant oppiné , a esté deslibéré qu’il sera payé audict sieur Bourdon la somme de quinze cent livres pour entier payeman de celle de deux mille livres, que le Chappitre lui a donné et accordée pour le prix dudict tableau, et à ces fins qu’il en sera expédié en la forme ordinaire et accoustumée par le sieur trézorier.
Dudict jour 14e avril 1660, de relevé. — Sur la proposition faicte par Mr de Franquevaux que l’entrepreneur du cadre du grand tableau de la cathédralle n’ayant pas moyen de l’achever à cause de sa pauvretté, il seroit necessaire de lui bailler d’argent pour l’achever , ou le retirer de ses mains, le Chappitre a desliberé que Messieurs les scyndics feront porter le cadre en l’estât qu’il est , à Sainct-Pierre , pour estre faict après ce qu’il sera jugé h propos.
Du lundy vingtiesme septembre 1660, issue de la messe.
— Le Chappitre a depputté Messieurs les Scindics pour prendre soin du grand tableau, Et Mr David , chanoine , pour retirer de Mr Loys, advocat, le cadre dudict tableau.
Du lundy 4e octobre 1660.
issue de la messe. — Monsieur Gras, chantre , a dict qu’il est necessaire de changer le grand tableau, Et que Monsieur le chanoine David lui a dict avoir parlé à Mr Loys, advocat, dans la maison duquel le menuisier quifaisoit le cadre dudict tableau demeuroit qui reffuse de bailler ledict cadre soubs pretexte que le menuisier lui doibt trente livres. Le Chappitre a remercié Mr David de ses soins [et] a desliberé qu’il sera porté requeste au sénéchal contre ledict sieur Loys , pour avoir ledict cadre. Et jusques à ce faict qu’on demandera la Recréance , et ledict tableau sera tiré de l’endroit où il est pour empescher qu’il ne se gaste.
Du lundy xxve octobre 1660, du matin. — Sur la proposition faicte par Monsieur David, chanoine, le Chappitre a deslibéré que le sieur David fera achever le cadre du grand tableau, Et qu’il fera poser ledict tableau au mestre authel afin qu’il ne se gaste.
Du lundy ve septembre 1661 , en issue de la grand messe.
— Monsieur Trial , scindic , a dict que le cadre du grand tableau de la cathédralle est achevé. Sur
quoy le Chappitre a depputté Mrs les scindics et soubs-chantre pour avoir soin de faire poser led.
cadre. Et Messieurs de Boulhaco, archidiacre de Valence et David, chanoine , pour retirer l’argent que la ville de Montpellier doibt, avancé par le Chappitre au-dessus de sa moitié, pour la bâtisse de Notre-Dame des Tables, lequel argent le Chappitre destine pour dorer ledict cadre.
Le treiziesme jour du mois de mars 1658 , Monseigneur François Bosquet , évêque de Montpellier , comte de Mauguio et de Montferrand, marquis de la Marquerose, conseiller ordinaire du roi en tous ses conseils
Le grand autel est dans le chœur des Chanoines, situé contre la muraille et la voûte du Presbitère d’icelui est plus basse que celle de tout le reste de Feglize. Ledit autel est de pierre, dans lequel est enchâssé une bonne pierre sacrée de marbre , orné de trois napes, d’un gradin .à trois marches de bois peint, d’une petite croix d’argent, de six chandeliers de leton , d’un marchepied de bois, d’un devant d’autel de damas violet avec un passement de soye, d’un fort grand tableau de Saint-Pierre , tout neuf sans corniche et d’un
ciel de toile peinte ( Visites
pastorales. Arch. dép. de l’Hérault.)
Extrait des compoix de la Ville de Montpellier.
( Archives municipales. )
Sixain Sainte-Foy : Isle des dou%e pans de la porte de Lattes à Montpeylieret au paravant de Vesglise Sainte-Foy, folio 1S2.
(Compoix commencé en 1J90.)
Claude Bessonnet sieur de Gattignies. — Une maison à la Peyre , confronte d’une part Me Jacques Lautier, d'autre hoirs de Mr de Laroche, devant la rue, du derrière les douze pans. Estimée quarante livres , cy. . . xl
Sixain Sainte-Foy : Isle des esglises des Penitents Blancs et des pères Augustins , cy devant des doutée pans de la porte de Lattes à Montpelleyret auparavant de Ves-
glise Sainte-Foy , folio iyy.
(Compoix postérieur à 1600.)
MrMe François du Robin, conseiller du roy en la Cour des comptes , aydes et finances de Montpellier. — Une maison à la Pe3^re , confronte d’une part Me Jacques Lautier, d’autres hoirs de Mr de La Roche , devant la rue, du derrière les doutze pans , faict quarante livres, cy. . . xl (En marge) Le 3 1 janvier 1684 changé ladicte maison sur le compoix de noble Pierre de Guil- 1 enfin et, secrétaire et greffier des Etats de la province de Languedoc , cittoyen de cette ville , cy après, folio 196, en vertu du
PIÈCES JUSTIFICATIVES
con tract d’acquisition receu par Me Labaume, notaire, le 20 mars
Même sixain, folio iy6.
Noble Pierre de Guilleminet, secrétaire et greffier des Estats de la Province de Languedoc, cittoyen de cette ville. — Une maison à la Peyre qui a esté de Mr Me François du Robin, conseiller du roy en la Cour des comptes , aydes et finances de Montpellier, cy dernier folio 175.
(En marge) Afranchy en conséquence de l’ordonnance de Mgr. de Basville , intendant de la province, du 13 mars 1695.
( Idem en marge et au dessous) .
Le 14 janvier 1730, changé ladicte maison en Sainte-Foy, folio 704 sur le compoix de Mr jean Mouton, Escuyer, Conseiller du roy, Maison, Couronne de France. En vertu du contrat d’achat reçu Me Bissor, notaire. Le 23 juin 1727 *.
1 Cette maison resta entre les mains des héritiers de M. Mouton de La Clotte jusqu’à la Révolution française.
Elle devint ensuite la propriété de la famille Sabattier. Son dernier acquéreur et propriétaire actuel est M. Nevet.
Ainsi qu’il est facile de le constater, la partie la plus ancienne de cette construction ne remonte pas au-delà du xvm0 siècle. L’immeuble où François du Robin reçut le roi Louis XIV a donc été entièrement détruit et rebâti par scs divers successeurs.
Sixain Sainte-Foy : Isle de la Tour d’Aubillon. ( Compoix postérieur à 1600. )
Mr Me Jacques d’Hauteville, conseiller du roy et Me en la chambre des comptes. — Une maison à la rue de l’Aiguilherie où vouloit estre l’arc Sainct- Nicolas , faict coing à la rue Enbouquedor, ayant un magasin au dessoubs et une chambre derrière la maison de Mr Sarrazin et un membre dessus ladicte chambre confronte d’une part Mr et Me de Griffy, ruelle entre deux, d’autre et du derrière Mr et Me Sarrazin et deux rues. Estimé quarante
livres, cy xl
La moitié d'une maison en Bouquedor confronte d’une part ledit sieur d’Hauteville et d’autre le sieur président de Vignolles , faict dix-sept livres, cy. . . xvll ( En marge du premier immeuble. ) Affranchy en conséquence de l’ordonnance de Mr de Basville, Intendant de la province, du 12 février 1696.
(En marge du second immeuble.) là.
Extrait des actes de l'État civil de Montpellier.
( Archives municipales. )
François de Robin. — L’an 1625 et le 28 du moys de febvrier ay administré les ceremonies du Saint Sacrement de baptesme à François de Robin qui feut baptisé à la maison en l’année 1623, fils de Mr Jean de Robin et de Damlle Louise de Roquefeuille.
p. noble Fulcrand de Roquefeuille , Sr de Roët, m. dame Jacquette d’Aguilhon. — Sallindre, curé. ( Reg. catb.)
Henry de Robin. — Le 25e jour dudict mois (1627) a esté baptisé par nécessité dans la maison Henry de Roubin , fils de Mr Jean Anthoine de Roubin , conseiller du roy et général en la souveraine Cour des Aydes et damoiselle Louyse de Roquefeuille^ p. absent. — Wollorat.
( Reg. cath.)
Louise du Robin. — L’an mil six cent cinquante trois et le huictiesme jour du mois de novembre, a esté baptisée Louise du Robin, née depuis le 28e jour du mois d’octobre passé , fille à Mr François du Robin, conseiller du roy en la Cour souveraine des Comptes , Aydes et Finances de Montpellier, et de dame Margueritte de Plantade , le parrain noble Estienne de Plantade et la marrène dame Louise de Roquefeuille. — Lashermes, curé.
( En marge.) Enterrée le 3 mai 1654 à Saint -Mathieu. ( Reg.
cath . )
Messire Henry de Roubin et Madlle Margueritte Haguenot. — L’an mil six cent soixante sept et le vingtuniesme jour du mois de février ont épousé en la paroisse Sainte-Anne , Messire Henry de Roubin, Chevalier, Conseiller du roy, Trésorier de France et Intendant des gabelles du Languedoc , fils légitime de feu Mr M. Jean- Antoine du Robin , conseiller du roy en sa Cour des comptes, aydes et finances de Montpellier, et de dame Louise de Roquefeuil et Mademoiselle Marguerite de Haguenot , fille légitime de Mr Haguenot, docteur en l’Université de médecine de lad. ville et de damoiselle Izabeau de La ville , mariez habitants dud. Montpellier. En presence de Mrs François de Roubin , conseiller du roy en ses conseils et en la Cour des Comptes , Aydes et Finances de Montpellier, Pierre Hypolite de Roubin , conseiller du roy en sa Cour des Comptes, Aydes et Finances de Montpellier, ses frères et Mr Jacques Vacheron. — Du Robin, Du Robin, Du Robin, Vacheron et Haguenote. (Reg. cath.)
Henrie de Roquefeuil. — L’an mil six cent cinquante huict et le vingt huictième jour du mois de janvier, par moy curé soubsigné, a esté baptisée Henrie , née le vingtiesme du mois courant, fille à Mr Henry de Roquefeuil, baron de la Roquette et de dame Grazinde; le parrin a estéMr François
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Anthoine de Griffy , seigneur de Juvignac et de Saint-Georges, et la marrène dame Henrie de Roquefeuil , faisant pour elle dame Louise de Roquefeuil veuve à feu Mr Antoine du Robin, conseiller du roy en la cour des Comptes , Aydes et Finances de Montpellier.
En foy de quoy. — Jean. (Reg.
cath.)
Grazinde de Baudan. — Le 22 may 1658a esté apporté à l’eglise Saint-Pierre, Grazinde de Baudan âgée de 32 ans, femme de Mrmessire Scipion Grimoard de Beauvoir, comte duRoure, Lieutenant general, etc.... Le corps emporté en Vivarais au château de Beauvoir. — ■ Achard , curé. ( Reg.
cath.)
Magdalène de Baudan. — Le pénultiesme du moys de mars a esté donnée l’eau du saint baptesme dans la maison par nécessité à Magdalène de Baudan, née le 29e octobre de l’année précédante 1640, fille à Mr Mc Jacques de Baudan , Chevalier, grand Escuycr de France et Thrésorier
general en la généralité du Languedoc et à dame Violan de Vignolles son espouse , parmi et marrène absents. — Jean Conduchier, prebstre, curé. ( Reg. cath.)
Dimanche 21 septembre 1068.
— (Fiançailles.) Entre MrMe Jacques d’Auteville, conseiller du roy et Me ordinaire en la chambre des Comptes de la présente ville de Montpellier d’une part , et dame Anne de Blancard , fille à Mr Me Pierre de Blancard, sieur et Baron de Moissac , conseiller du roy au Siège, Présidial et Gouvernement de Montpellier, d’autre. ( Reg. protestants.) (En marge), espouse.
Du sabmedy xxive aoust 1612.
— Pierre, nay le cinquièsme du moys de juillet, fils à Monsieur le maistre d’Autheville et damoiselle Anne de Blancard mariés , présenté à baptesme par Mr le maistre de Bossuges et damoiselle Marie d’Airebaudouse veuve à feu Mr le general de Rignac.
Baptisé par Mr Védrines. (Reg.
protestant.)
Extrait des actes de l’État civil de Pé^enas.
( Archives municipales.)
Prince de Conty. — L’an mil six cent soixante six et le vingt uniesme febvrier, Monseigneur le prince de Conty est décédé à son chastcau, La Grange des Prés, sur les luiict à neuf heures du soir, et le lendemain à sept heures du soir a esté porté et déposé à l’obs.* par le Chappitre accompagné des Capucins
observantins et des pauvres de la charité avec leur croix , où ledit Chappitre est allé le lendemain faire un service , c’est à dire célébrer une grand messe et faire une absoute sur le corps. — Bayle, curé
* L'ubs. est une abréviation pour le cloître de l’observance.
Extrait des minutes de Me Marreau, notaire au XVIIe siècle \ Etude de Me Simon , notaire à Paris, 85 , rue Richelieu.
( Actes du 9 janvier 1641.)
Furent présens en leurs personnes noble homnre Sébastien Bourdon , fils de défunts Marin Bourdon, vivant maître peintre en la ville de Montpellier, et de Jeanne Gautier , jadis sa femme, ledit Bourdon fils, aussi peintre à Paris, y demeurant dans les galeries du Louvre, — pour lui et en son nom d’une part;
» Et Suzanne du Guernier, veuve de. feu honorable homme Nicolas Collissons, vivant ingénieur à Paris, assistée et du consentement de dame Marie Dauphin, sa mère, veuve de feu sieur Alexandre du Guernier , vivant maître peintre enlumineur, demeurant sur le quai de i’île du Palais , regardant le quai de la Mégisserie , — pour elle et en son nom d’autre part ;
» Lesquelles parties en la présence et par l’avis de leurs parens et amis ci-après nommés , savoir de la part dudit Bourdon , de noble homme Isaac du Vernes, bourgeois de Montpellier; Pierre Le Saige , marchand joaillier ; Claude Rousselle et Jean Girard, orfèvres ; Louis Boullongne et Jean Le Sage, peintres, ses amis;
» Et de la part de ladite du Guernier etsadite mère, de Louis du Guernier, enlumineur du roi, Alexandre du Guernier , frères ; honorables hommes Paul Belliart, marchand orfèvre; François Cousin, marchand bourgeois de Paris, cousins; Antoine Vigeon, bourgeois de Paris; Jean Ghauclion, sieur de Brenault, exempt des gardes du roi, cousins à cause de leurs femmes; Jacques Belliart, maître orfèvre ; Mathieu Aulmont , enlumineur du roi ; Antoine Sautereau ; Guillaume Le Blanc , bourgeois de Paris , aussi cousins ; noble homme Denis Gibert, avocat en Parlement; Jean Laigle , marchand bourgeois de Paris, amis; dame Suzanne Belliard , veuve de feu Jean Pronde, marchand joaillier, marraine et cousine de la future épouse.
» Volontairement reconnurent et confessèrent avoir fait , firent et font entre elles les traités de mariage, dons, douaire , conventions et choses qui ensuivent.
» C’est à savoir, ledit Bourdon et ladite Suzanne du Guernier s’être promis et promettent pren-
1 . Ici s’arrête la partie inédite des Pièces justificatives, cette minute notariée ayant été publiée par les soins de M. Troubat dans le journal l’Art. A côté de ce document eût dû trouver logiquement sa place la conférence de Bourdon que nous avons reproduite in-extenso pages 85, 86, 87 de ce volume. Si nous avons agi autrement, c’est que notre ouvrage était déjà en partie imprimé, lorsque a paru le savant et très-utile travail de M. Jouïa : « Les Conférences des Maitres de l'Académie royale de Peinture et Sculpture. »
PIÈCES JUSTIFICATIVES
dre l’un l’autre par loi et nom de mariage et icelui faire solenniser en face de l’Eglise le plus tôt que commodément ce faire pourra et qu’il sera avisé et délibéré entre eux leurs dits parens et amis.
» Les futurs époux seront uns et communs en tous biens, meubles et conquests immeubles , suivant et au désir de la coutume de Paris, conformément à laquelle les conditions du présent contrat de mariage seront réglées, quoique ci-après ils fissent leur demeure et acquisitions ailleurs, dérogeant pour cet effet à toutes coutumes contraires, néanmoins ne seront tenus des dettes l’un de l’autre faites et créées auparavant la célébration dudit mariage. Et si aucunes y avait, elles seront payées par celui qui les aura contractées.
» La future épouse apportera au futur époux la somme de trois mille livres tournois, savoir mille livres en deniers comptans , huit cens livres en meubles et ustensiles d’hôtel , le tout la veille de leurs épousailles; — et les douze cens livres restans, en une petite maison à présent bâtie et édifiée sur le quai du Pont Marie du côté de l’église St-Paul, dont il se paye de loyer par an cent trente-cinq livres sur lesquelles sont à déduire trente-six livres qui se payent annuellement au sieur Polder , laquelle somme de mille livres en deniers comptans et les huit cens livres en meubles entreront en la communauté ; — et la valeur de ladite petite maison et les deniers provenant d’icelle ou du dédommagement (au cas qu’il convienne recevoir ledit dédommagement) seront et demeureront propres à ladite future
épouse et aux siens de son côté et ligne.
» Ledit futur époux a doué et doue sadite future épouse de mille livres tournois de douaire préfix pour une fois payée , dont elle jouira selon la coutume, du jour qu’il aura lieu, sur tous les biens dudit futur époux qui en demeureront chargés.
» Le survivant desdits futurs époux aura et prendra par préciput et avant partage des biens meubles de leur communauté tels qu’il voudra choisir réciproquement jusques à la somme de quatre cens livres tournois, selon la prisée de l’inventaire et sans crue, ou ladite somme en deniers au choix dudit survivant.
«Sera loisible à la future épouse seulement et non aux siens , arrivant dissolution de communauté, de renoncer à icelle et, ce faisant, reprendre ladite somme de trois mille livres , sesdits douaires et préciput , tels que dessus et tout ce que pendant ledit mariage lui serait advenu et échu par succession, donation ou autrement. Le tout, franchement et quittement sans être tenus d’aucunes dettes de ladite communauté, quoiqu’elle y eût parlé, y fût obligée ou condamnée, dont elle sera acquittée par et sur les biens dudit futur époux.
» Si pendant ledit mariage , il est vendu aucuns biens propres de l’un ou l’autre des futurs époux, remploi en sera fait sur les biens de ladite communauté ; et si elle 11e suffit à l’égard de la future épouse sur les propres dudit futur époux au moyen des avantages que ladite future épouse a reçus de sa mère , tant par son
premier mariage, nourriture, logement, que de la meilleure partie qu’elle lui fournira des mille livres ci-dessus promis en deniers comptans.
» Lesdits futurs époux ont déchargé et déchargent ladite Marie Dauphin , mère de la future épouse, de rendre aucun compte de la tuition qu’elle a eue de ladite future épouse et du posthume ( qui est décédé) dont elle était enceinte lors du décès de son premier mari et encore mineure ; — sans que ci-après elle en puisse être recherchée ni inquiétée en quelque sorte et manière que ce soit , à condition toutefois que ladite future épouse après le décès de sadite mère pourra se porter héritière de sadite mère ou se tenir par ladite future épouse aux avantages qu’elle aura reçus d’elle.
» Car ainsi a été accordé entre lesdites parties, promettant, etc.
» Fait et passé à Paris en la maison où ladite veuve du Guernier et ladite future épouse sont demeurantes, l’an mil six cens quarante et un, le neuvième jour de janvier après midi , et leur a été déclaré ces présentes sujettes au scel sous les peines de l édit et déclaration du Roi.
» Bourdon , Suzanne du Guer-
nier, Marie Dauphin, du Guernier, P. Belliard, Le Sage, Boullongne , Vernes , L. Le Sage , Vigeon , Claude Rousselle, F.
Cousin, A. Saultereau, J. Girard, Chauchon, S . de Breneau, Gibert, M. Aumont, J. Belliard , Laigle, Suzanne Belliard, Gume Le Blanc, Marie Belliard, Quarré, Marreau.
» Ledit Sébastien Bourdon , nommé au contrat de mariage devant écrit, reconnaît et confesse avoir eu et reçu de ladite Marie Dauphin , veuve dudit feu sieur Alexandre du Guernier, sa belle-mère, et de ladite Suzanne du Guernier, veuve dudit feu sieur Nicolas Collissonsà présent sa femme , — ladite veuve Alexandre du Guernier à ce présente et acceptante, — la somme de trois mille livres tant en argent comptant , meubles et ustensiles de ménage que autres choses contenues et portées par le contrat dudit mariage d’entre lui et ladite Suzanne du Guernier à présent sa femme, dont quittance promettant, etc.
» Fait et passé à Paris ès étude, l’an mil six cens quarante et un, le quatrième jour de mai après midi, et ont signé :
» Sébastien Bourdon , Marie Dauphin, Quarré, Marreau. »
RECHERCHES ET INDICATIONS
j voyait de lui : Dans l’église Notre-Dame , premier tableau de la croisée de la nef du côté de l’Archevêché : le Martyre de saint Pierre à Rome , pièce gravée en grand par Nicolas Tardieu.
Au palais de Justice, troisième Chambre des Enquêtes: la Femme adultère.
En la Chambre des Comptes , salle des Correcteurs : Un Christ avec la Madeleine.
Dans l’église Saint-Honoré , quatrième chapelle à gauche : Une Nativité , petit tableau précieux dont l’ordonnance est de dix figures, plus un groupe de quatre anges qui forment une gloire.
Dans l’église Saint-Gervais et Protais , troisième tableau à droite en partant du choeur : la Décollation de saint Protais.
Chez les Pères de la Mercy , une belle toile , où Saint Pierre Nolasque reçoit le premier , en 1223, des mains de l’Evêque de Barcelonne , l’habit de l’ordre de la Mercy ; le roi d’Aragon assiste à la cérémonie.
Dans le quartier du Luxembourg , sacristie du couvent des Chartreux : Les Saintes Femmes aidées par Joseph d’Arimathie embaument le corps de Notre-Seigneur ; copie, d’après lui, qu’il avait retouchée lui-même.
Dans la paroisse de Belleville : Un saint Jean prêchant au désert.
Dans l’église Saint-Benoît, chapelle paroissiale, à côté du chœur, tableau de l’autel : Unç Descente de Croix, gravée par Boulanger.
Dans l’église des Martyrs , abbaye des Dames religieuses de Montmartre , deux tableaux.
1. Réunissant les matériaux contenus dans Guillct de Saint- Georges , Piganiol de la Force , d’Argenvillc et Saugrain , nous allons essayer d'entreprendre un voyage pittoresque autour de l'œuvre de Bourdon , telle qu’elle était éparse dans les monuments publics et les galeries célèbres au siècle dernier. Dans notre pensée, ce catalogue rétrospectif, — où figurent plusieurs tableaux non mentionnés sut les livrets modernes des Musées et des Galeries célèbres de l’Europe, — favorisera les recherches, aidera peut-être ramener au jour quelque toile de Bourdon ignorée ou faussement attribuée A un de ses collègues.
A l’hôtel de Toulouse, au premier étage, au-dessus de la porte des grands appartements : Salomon sacrifiant à la déesse des Sidoniens.
A l’hôtel de Bretonvilliers : outre les neuf tableaux du plafond et les quatorze sujets des trumeaux de la grande galerie , sur la cheminée d’une autre pièce, une toile : La continence deScipion.
A l’hôtel de Grammont , rue Richelieu , ancien hôtel Monnerot : Une chapelle et un cabinet.
Dans la bibliothèque du premier président Achille du Harlay : La Peste des Philistins à Agoth après la conquête de l’Arche d’alliance.
Collection Lempeureur, Echevin et Joaillier : La Gloire et l’Immortalité. — Bethsabée conduisant au trône son fils Salomon. Ces deux esquisses, fort belles, ont été gravées par Rousselet.
Collection Crozat. — Baron deThiers : Une Bataille , genre Bourguignon ; la Mort de Didon. Au premier étage : Une femme avec un enfant. — Alexandre visitant les ruines de Troie et pleurant sur le tombeau d’Achille. L’estampe se trouvait dans le cabinet d’Aguilles.
Collection Lalive de Jully, introducteur des ambassadeurs , deux petits morceaux de Bourdon très-précieux, peints sur cuivre: L’adoration des Mages , — la Crèche.
Collection d’Argenville : Une Sainte-Famille.
Aux Tuileries, dans l’appartement bas du roi, un plafond peint: La déification d’ Hercule.
Au Louvre, salon d’entrée de la partie nouvelle de l’appartement de la Reine-Mère de Louis XIV, neuf paysages peints à l’huile sur le mur, accompagnés d’ornements et dorures.
Dans la galerie du roi à Versailles : Un homme tenant une lettre , — Un saint Sébastien armé d’une flèche.
A Villeneuve-le-Roi, village à trois lieues au-dessus de Paris, dans la belle maison de campagne de feu M. Le Pelletier, contrôleur général des finances et ministre d’État en 1742, appartenant à M. de Ségur, président au parlement de Bordeaux : L’Histoire de Moïse. Elle y occupait la galerie sise dans l’aile droite au premier étage.
Dans la galerie du Palais-Royal : Un portrait de Christine de Suède, gravé par Alexandre Tardieu et fort différent comme traits et accessoires de celui que grava Nanteuil. Il était peint sur toile, avait trois pieds trois pouces de haut sur deux pieds huit pouces de large.
Le Portrait de Jean Warin , secrétaire du roi, intendant des bâtiments , directeur général des monnaies de France. Gravé par L.-M. Habbon.
RECHERCHES ET INDICATIONS
Dans l’église Saint-André de Chartres, au maître-autel : Le martyre de saint André.
Dans une chapelle basse : La Vierge et l’Enfant Jésus.
Dans la Cathédrale de Montpellier , maître-autel : La chute de Simon le Magicien.
Dans l’Hôtel-de-Ville de Montpellier: Les Consuls rendant hommage à Louis XIII.
Dans la Cathédrale de Cologne : Une Exaltation de la Croix , douze pieds de haut sur huit de large ; — Un saint Martin ressuscitant un jeune homme, dix pieds de hauteur sur sept de largeur.
Collection Jabach : Un portement de Croix, — - L’entrée de Jésus dans Jérusalem, huit pieds de longueur sur cinq de hauteur.
Collection du baron de Mayer à Munich , plusieurs tableaux dont une bambochade appelée : Le four à chaux.
Collection Reynolds : Le retour de l’Arche de la captivité. Ce tableau fut légué par le célèbre peintre à sir Georges Beaumont, baronet.
Galerie Montcalm à Montpellier: Jacob che^Laban, — Le Mariage mystique de sainte Catherine d’Alexandrie. Ce sujet, traité de deux manières différentes sur toile et sur bois. — D’Argenville déclarant que Bourdon avait exécuté cette composition charmante, gravée par Natalis, lors de son dernier voyage à Montpellier, on peut conclure que ces tableaux restèrent dans la ville natale du peintre jusqu’à la dispersion de cette remarquable collection.
Dans le cabinet de M. du Fourmi : Un saint Charles donnant des secours aux pestiférés de Milan. Toile que l’érudit auteur des Observations sur quelques grands peintres , M. Taillasson , signalait comme l’un des chefs-d’œuvre du maître.