‹ Sébastien Bourdon, sa vie et son œuvreChapitre 6 sur 59 · L ENFANCE DE BOURDON · texte numérisé non relu

L ENFANCE DE BOURDON

la divine providence. Installé, disait-il, dans une de ces voitures publiques que l’on appelait en style du temps des commodités , il gagnait à petites journées la capitale, tantôt gambadant à côté des chevaux, tantôt regardant curieusement de sa place défiler le paysage, quelquefois dormant à poings fermés au milieu des ballots qui encombraient le dessous de la bâche. Un certain jour où il se livrait à cette dernière occupation , un heurt plus violent que les autres fit rouler par terre les sacs qui lui tenaient lieu d’oreiller. Il les accompagna dans leur chute et son bon sommeil d’enfant n’en fut même pas interrompu. Le véhicule continua sa route , le conducteur ne soupçonnant pas le moins du monde l’allégement subit qui venait de se produire dans son chargement.

Sébastien était donc perdu , abandonné sur le bord du chemin ; quel mauvais réveil l’attendait ? Eh bien ! il n’en fut rien : un courrier à cheval passa , comprit toute la chose , piqua des deux, et ce fut le voiturier par lui averti qui, rebroussant chemin, arracha le garçonnet au songe d’or si paisiblement continué dans la profonde ornière.

Arrivé à Paris , il fut, comme il fallait s’y attendre , placé chez un maître très-médiocre, du nom de Barthélémy 1.

Nous n’étions pas riches , à cette époque , en grands artistes. Marie de Médicis, enquête d’un génie pour décorer son palais, s’adressait forcément à l’étranger et faisait raconter son histoire par le pinceau incomparable de Rubens. Le Poussin , Claude Lorrain s’étaient enamourés de Rome et ne quittaient plus la chaude Italie.

1 . Ce renseignement précieux était encore ignoré , il y a de cela quelques années. I! est fourni par Guillet de Saint-Georges , dont l’intéressant mémoire , ainsi que bien d’autres pièces curieuses , dormaient enfouis dans les archives des Beaux-Arts, avant les savants travaux entrepris par MM. de Montaiglon et Ph. de Chennevières.

Quelle était la valeur artistique de ce Barthélémy ? On l’ignore. Son nom n’a été relevé par aucun biographe. — M. Jal , dans son Dictionnaire , nous apprend , qu’en 1628, demeurait rue des Vieux-Augustins un peintre nommé Josias Barthélémy ou Berthelemy , dont une fille nommée Marie fut tenue en 1631, le 5 janvier, sur les fonts baptismaux par Philippe Champagne (sic) peintre du roy et de la reyne , sa mire. Très-probablement c’est ce Josias qui eut pour élève Bourdon.

Lesueur , Lebrun étaient à naître ou encore tout enfants. Quel maître , du reste , aurait ouvert son atelier à ce petit huguenot , qui arrivait des contrées lointaines du midi , sans protection d’aucune sorte et à un âge où l’on a plus besoin des soins de sa mère que des conseils et des leçons d’un professeur ?

Il resta durant sept années sous la tutelle de ce personnage inconnu dans l’histoire de l’art, et apprit de lui la pratique du dessin et de la peinture, ou pour mieux dire perfectionna les dons heureux qu’il avait reçus au berceau. Pourquoi quitta-t-il à quatorze ans cette maison ? Est-ce parce qu’il estimait que Barthélémy n’avait plus rien à lui enseigner ? L’avait-il mécontenté par les railleries que devait déjà lui inspirer son esprit caustique etmordant ? Le désir de revoir le pays natal , ou cet esprit de vagabondage que nous signalions tout à l’heure le poussèrent-ils ? Il est probable qu’il y avait un peu de tout cela dans la résolution qui le jeta , un beau matin, seul, le bâton du touriste en main , sur la route de Paris à Bordeaux.

Il serait curieux de le suivre pas à pas dans cette odyssée enfantine , dont les étapes durent être plus d’une fois douloureuses , car Sébastien était alors un «escholier d’une nature pôvre et mal argentée » , suivant l’expression typique du moyen âge. Malheureusement nous n’avons que de très-rares données sur cette période de sa vie ; on nous le représente , par exemple , peignant à fresque , dans un château voisin de la Gironde , la voûte d’une maîtresse salle et obtenant de grands éloges à la suite de ce travail. C’était là une importante commande , à la vérité , et l’on se demande par quel concours de faits notre jeune artiste avait eu la rare fortune de s’en voir chargé. Un peintre connu de lui pendant son séjour dans la capitale et installé à Bordeaux la lui avait-il procurée ? Ne payaitil pas plutôt de la sorte la généreuse hospitalité accordée par quelque châtelain au pauvre enfant accablé des fatigues d’un long voyage, et ne doit-on pas de beaucoup réduire l’importance de cette oeuvre ? Toutes ces suppositions sont possibles; mais, quoi qu’il en soit, une semblable aubaine ne se renouvela pas souvent.

l’enfance de bourdon.

Notre héros longea les bords de la Garonne , cherchant où il le pouvait à utiliser ses talents, mettant son pinceau plus d’une fois au service des cabaretiers de la route , trop heureux lorsque quelque gros bourgeois de Gascogne voulait bien lui confier le soin de reproduire sa mine truculente et les robustes appas de son accorte moitié. Il atteignit ainsi les frontières du Languedoc, et nous le retrouvons à Toulouse; mais sous quel singulier accoutrement ! Eh quoi ! Bourdon a abandonné la peinture ? Cette carrière qu’il adorait, il y a renoncé ? Il porte maintenant l’habit militaire , justaucorps de buffle, cuirasse étincelante, manteau brun et grand feutre empanaché sur le chef. Que signifie ce déguisement ?

La chose est bien simple : l’enfant a grandi, tout en cheminant à travers montagnes et vallées, l’âpre caresse de la bise d’hiver, les rudes marches dans la poussière des chemins , les privations même arrivé à l’étape, tout cela a durci son corps, a activé son développement physique, et un soir un racoleur, le trouvant au cabaret, a jugé que ce jeune homme pourrait faire un bon soldat. Un discours bien sonore, quelques verres d’un flacon poudreux de vieil armagnac ont eu bien vite raison de cette volonté lasse de souffrances et plus qu’à demi séduite déjà par le pittoresque du costume et le côté brillant du métier. Mais le réveil a été prompt, le songe de gloire militaire et de plaisirs guerriers s’est vite évanoui, et en présence de la réalité Sébastien reste navré.

Comment a-t-il bien pu échanger ainsi sa joyeuse misère , son absolue liberté contre ce dur et grossier esclavage? Ses pensées intérieures, sa profonde tristesse se reflètent sur son visage. Fort heureusement pour lui, son capitaine s’en aperçoit4. C’est un homme intelligent , grand ami des arts , riche et généreux. Il interroge sa nouvelle recrue. Ce n’est point sa famille, sa payse que regrette le soldat , mais bien la libre vie de l’artiste au milieu de la grande et bonne nature qu’il comprend et aime tant , l’insouciance et l’incertitude du lendemain , les gaies chansons et les lazzis de

1. Ce fait, indiqué par tous les biographes, se trouve notamment dans l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres, par d’Argenville, tome IV, page 92 et suivantes.

l’atelier et par-dessus tout, le droit de se consacrer exclusivement à cet art qui est sa foi, son culte , le but vers lequel tend chaque fibre de son être. Le capitaine comprend tout cela , il partage son enthousiasme. Mais il veut voir si le jeune peintre a un vrai talent, et, sa curiosité satisfaite, pleinement convaincu du brillant avenir qui attend cet adolescent , il se hâte , lui , propriétaire et maître absolu du régiment, de laisser reprendre sa volée à ce libre oiseau du pays de Bohême qui était venu s’engluer dans les appeaux du vieux sergent. Il fait plus , s’intéressant à ses succès futurs , voulant aider l’éclosion de ce précoce génie, il lui fournit, joie inespérée, bonheur inattendu, la réalisation du plus ardent de ses désirs: les moyens de gagner l’Italie , d’aller chercher dans la patrie même de l’art, à Rome , les exemples et les précieuses leçons des grands maîtres des siècles passés.

Ce dut être certes une heure dorée dans la vie de notre héros, que celle où , riche du petit pécule donné si généreusement par son nouveau protecteur , riche surtout de ses dix-huit ans et des mille espérances qui lui montraient dans le lointain une Vénus Laurée l’attendant pour le couronner et récompenser ses durs travaux , il quitta la France et foula enfin de son pied joyeux le sol natal de Raphaël et de Léonard.

Nous ne pouvons guère imaginer exactement aujourd’hui combien violente était alors la passion qui poussait tant de jeunes artistes sur la route de la Péninsule. De nos jours, Paris avec son Louvre rempli jusque dans ses combles des trésors de tous les âges et de toutes les nations, avec ses musées divers, ses expositions annuelles, peut jusqu’à un certain point suppléer à un voyage au-delà des monts. Mais aucune de ces institutions n’existait à l’époque dont nous parlons; toutes ces idées de collections publiques , de libre accès , de gratuité , étaient à l’état embryonnaire au début du xviie siècle et ne devaient être réalisées que fort tard. C’était donc un bien petit nombre de chefs-d’œuvre, qui même dans la capitale se trouvaient mis à la disposition et à la portée du peintre ou du sculpteur.

l’enfance de bourdon.

L’on peut sans exagération avancer qu’ils connaissaient simplement de nom la plupart des grands génies de la Renaissance italienne. Où auraient-ils pu étudier par exemple Véronèse ou le Titien ? Dans le Cabinet du Roi créé par François Ier ? Mais il fallait se rendre à Fontainebleau , et ces toiles , placées dans les appartements intérieurs du palais , étaient bien rarement entrevues par la foule ; bien plus rarement encore un haut et puissant personnage faisait accorder à un artiste l’autorisation de copier quelqu’une d’entre elles1. L’on pénétrait plus aisément, il est vrai, dans les galeries décorées par le Rosso et le Primatice ; mais la vue de ces peintures murales, entachées de maniérisme et présentant tous les défauts d’une école en décadence , étaient plutôt faites pour nuire que pour aider à une juste instruction. Restaient donc uniquement les églises, certains édifices publics et les hôtels de deux ou trois seigneurs, plus intelligents et plus hospitaliers que les autres.

On conçoit , dans ces conditions , quel devait être le rêve le plus cher , le désir ancré le plus tenacement dans le coeur de quiconque maniait le pinceau ou le burin. Jamais bon musulman , croyant son salut à ce prix , ne soupira plus ardemment après le pèlerinage de La Mecque, que ne soupiraient les jeunes peintres du temps après une visite à ces grandes villes d’Italie , dont les noms résonnaient si harmonieusement à leurs oreilles , dont les murs avaient vu grandir tant de maîtres incomparables, dont les rues, les places publiques, les monuments passaient pour regorger de tant de chefs-d’œuvre prônés et vantés à travers toute l’Europe.

Bourdon partit l’âme ravie. Il fit gaiement le voyage , et après avoir tour à tour admiré chacun des fleurons de la couronne italienne : Gênes et son palais Doria , qu’illustra de ses fresques Périn del Vaga , le fidèle disciple de Raphaël , et ses villas marmoréennes

1 . A l’appui de notre dire , nous citerons l’exemple du Poussin qui étudiait , à Paris, Raphaël d’après les gravures de Marc-Antoine , mises à sa disposition par un bienveillant collectionneur ; Lebrun plus heureux que lui , grâce à la haute protection du chancelier Seguier, copia à vingt-deux ans la Sainte-Famille de François Ier, et partit bientôt après pour l’Italie, pensionné par le même ministre.

dominant les flots, — toutes pleines encore des récents souvenirs, des merveilleuses traces de cet élégant artiste au front nimbé de l’auréole géniale , Van Dyck ; — Pise et son poétique Campo-Santo ; Florence et son Baptistère aux portes paradisiaques , il vint se fixer enfin à Rome , c’est-à-dire au centre même des arts.

SÉJOU% Jt 7 IPME.

'Bourdon aux gages de l’Escarpinelli .

l existait en 1635, sous le pontificat d’Urbain VIII, parmi les artistes étrangers résidant à Rome , une gaie coutume , dont la description se trouve relatée dans l’ouvrage de l’historien Passeri 1 . Lorsque arrivait dans la ville papale un nouvel adepte de la grande confrérie du pinceau, tous ses compatriotes se réunissaient pour fêter joyeusement sa venue. En ces temps d’allégresse , où l’argent se montrait encore ( ce sont les expressions textuelles de l’auteur), l’on choisissait une riante auberge, une osteria en renom pour la bonté de son vin , la beauté de ses servantes , le goût appétissant de ses fritures de fruits de mer. Là , sous la treille ensoleillée , les convives de cette agape fraternelle humaient à larges rasades les crus fameux d’Asti et d’Orviéto , en faisant largement honneur aux richesses gastronomiques de la cuisine italienne.

Cependant la conversation allait son train. Mille questions partaient à la fois, à l’adresse du novice. Que se passait-il dans cette

1. Passeri, Vie des Peintres , Sculpteurs et Architectes qui ont travaillé à Rome , de 1641 à ièjj. Rome, 1772. — Pietro Wander: «In quelli tempi gli oltramontani , secondo le loro différend nazioni s’univano tutd insieme, cioè Francesi con i Francesi , gli Olandesi tra di loro e li Fiamminghi con li loro nazionali , e poiché allora erano tempi d’ allegria. .. quando giungeva in Roma qualcheduno chiamato,... novizio,... faceva... una festa di un pasto sontuoso in qualche osteria delle più celebri , nel quale ciascheduno spendeva la sua parte. La maggiore spesa... toccava al novizio... »

mère-patrie, toujours aimée et regrettée? Qu’étaient devenus tel et tel maître ? Quel genre jouissait de la vogue ? Quel accueil allait-on recevoir au retour ?

Et , d’autre part , mille renseignements lui étaient distribués pêle-mêle, à travers lesquels il apprenait concurremment la situation exacte d’un atelier célèbre et celle d’un cabaret renommé , le nom d’un riche amateur d’art , celui du cardinal en faveur auprès du Saint-Père, et la dernière anecdote grivoise survenue dans le monde élégant des courtisanes romaines.

Bientôt le diapason de toutes ces voix s’élevait, la gaieté atteignait son paroxysme; lazzis et bons mots, orchestrés de sonores éclats de rire , se succédaient comme un roulant feu de file , tandis que s’arrêtaient songeurs , au milieu de leurs ébats , les moineaux francs perchés dans le toit de vert feuillage. Le festin touchait à sa fin ; des flacons pansus, vidés et remplis souventes fois1, s’élevait une folle fumée au cerveau même des plus sages. Alors était venu le moment psychologique d’accomplir l’acte solennel , but et motif de la joyeuse réunion , du pasto sontuoso. Tour à tour, chacun des dîneurs proposait un surnom pour désigner le novice ; le plus original, celui qui cadrait le mieux avec son aspect physique ou moral était choisi , acclamé , et le nouveau-venu l’acceptait aussi gaiement que gaiement il lui était proposé par ses camarades.

De cet usage ce banquet tirait son nom ; on l’appelait la Fête du Baptême. L’histoire nous a même conservé le sobriquet qui fut attribué dans une cérémonie semblable à deux artistes , Pierre de Laar et Asselyn : le premier fut qualifié de Bamboche , le second de Crabetje (petit crabe); mais il n’existe aucun document pouvant nous indiquer l’épithète dont ses confrères gratifièrent Sébastien Bourdon, lors de son arrivée à Rome.

Il est- cependant probable qu’il fut accueilli de la même manière traditionnelle par ses compatriotes, et qu’à défaut du Poussin,

i. Passeri, Vie des Peintres , etc. — « Questa ricreazione durava al meno vintiquattro hore continue senza mai levarsi da tavola , ed in tal tempo facevano i convitati portare il vino a barili intieri ... «

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retenu loin de ces plaisirs bruyants par la gravité de ses mœurs et de son caractère , il dut avoir pour parrains tous les peintres Français résidant dans la ville. Et si l’on nous objectait que la maigreur de sa bourse , victime de nombreuses saignées au cours du long voyage , ne dut point lui permettre de traiter aussi somptueusement ses confrères, nous répondrions , invoquant encore l’autorité de Passeri, que c’était là un pique-nique champêtre , où chacun payait son ècot et dans lequel le novice avait simplement une part plus forte que les autres.

Quoi qu’il en soit, si les biographes se taisent à l’endroit de cette heure joyeuse , ils nous parlent en revanche de celles tristes et humiliantes que Bourdon compta dans les premiers temps de son séjour à Rome.

Comme ses illustres prédécesseurs Claude et Nicolas Poussin , Sébastien dut bientôt , son pécule épuisé , lutter avec l’âpre misère. Il lui fallut songer à assurer ses moyens d’existence , et ce n’était point chose aisée dans une ville où les peintres foisonnaient et où la plupart d’entre eux étaient aussi peu favorisés que lui , au point de vue de la fortune. En cette occasion, son habileté extrême dans l’imitation du faire des divers maîtres , sa grande facilité de pinceau, le tirèrent heureusement d’embarras. Il alla offrir ses services à un marchand de tableaux , nommé l’Escarpinelli. Celui-ci , satisfait de ses premières toiles, le prit à ses gages1.

C’était là une situation plus heureuse, sans doute, que celle du Lorrain. Sandrart2 nous apprend, en effet, que ce génie dut, dans sa jeunesse, chez Agostino Tasso , paysagiste alors en renom, accepter les fonctions cumulées d’élève, de domestique, voire même de cuisinier. Mais c’était , relativement à l’avenir de Bourdon et au but qu’il était venu poursuivre en Italie , un déplorable mécompte.

Ce qu’il aurait fallu à Bourdon , c’eût été un maître sévère , l’obligeant à étudier longuement, et avec l’application la plus complète , les grandes pages de Raphaël et de Michel-Ange, ne lui

1. Mémoire lu par Guillet de Saint-Georges à l’Académie, le 7 juin 1692.

2. Sandrart, Academia picturœ eruditœ : Claudius Gillius Lotharingius.

permettant pas de produire des œuvres hâtives , toutes de premier jet, réprimant l’ardeur et les emportements de ce talent trop précoce, trop vite éclos , l’astreignant enfin à une étude approfondie de la nature. A une semblable école , notre artiste eût acquis ces qualités essentielles de la peinture que procure seul un long et patient labeur, connaissance profonde de l’anatomie /du corps humain , correction du dessin, science de la perspective, toutes choses auxquelles ne sauraient suppléer les dons heureux reçus au berceau.

Au lieu de cela, le jeune homme consacra le plus clair de son temps à copier les tableaux souvent très-médiocres, que prisaient le plus les amateurs du moment. Il ne chercha qu’une chose , porter aussi loin que possible cette faculté d’assimilation précieuse, grâce à laquelle il imitait à s’y méprendre le genre et les procédés des divers peintres. Dans un semblable exercice, son habileté de facture doubla , il arriva à posséder admirablement tous les secrets , toutes les finesses non pas de l’art mais du métier, sa mémoire se meubla d’une quantité de figures, d’attitudes, de groupes, de souvenirs artistiques de toutes sortes, mais il ne corrigea aucun de ses défauts, et s’il perfectionna ses qualités natives , il n’en acquit malheureusement pas assez de nouvelles.

Ses relations avec Nicolas Poussin et Claude Gellée.

es débuts de Bourdon en Italie sont d’autant plus à déplorer que Rome comptait à cette époque dans ses murs toute une phalange de savants maîtres, parmi lesquels brillaient au premier rang Nicolas Poussin et Claude Gellée ', c’est-à-dire

i. Nous n’avous nullement la prétention de retrancher de l’École Française Claude Lorrain, une de nos plus grandes gloires. Nous plaçant au point de vue de l’époque, nous voulons simplement dire que Claude accueillait les Français à titre de compatriotes d’un moment. Il se considéra , en effet, toute sa vie comme citoyen d’un état libre , d’un duché indépendant , que les hasards de la guerre soumettaient seuls pour quelques aunées à notre domination.

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deux amis , dont l’un était français et compatriote de notre peintre. A l’apogée de leur gloire , ils étayaient chaque jour leur renommée, grande dans l’Europe entière, sur de nouvelles œuvres magistrales. Le monde artistique en deçà et au-delà des Alpes avait, on peut le dire sans hyperbole , les yeux fixés sur eux.

Ils logeaient l’un et l’autre dans le quartier de la Trinité-du-Mont, sur le penchant d’une colline d’où le regard embrassait un horizon à la fois majestueux et immense. La simplicité de leur vie, la bienveillance de leur accueil attiraient journellement dans leur atelier les jeunes artistes venus à Rome pour s’instruire.

Sébastien ne manqua point de nouer avec eux d’amicales et respectueuses relations. Il les multiplia, du reste, dès que la fortune commençant à lui sourire il put relâcher les liens qui l’unissaient à l’Lscarpinelli ; nous en trouvons la preuve évidente dans nombre de ses toiles : l’on y sent à chaque pas les traces de l’influence puissante et salutaire qu’exerça sur son talent le grave et austère Poussin. Quant à Claude , ainsi que nous l’exposerons plus tard , nous ne croyons pas que Bourdon ait imité son faire ; mais notre peintre n’en a pas moins été le commensal et le familier de ce logis , de cette maison aussi petite que celle de Socrate et cependant encore trop grande , puisqu’il s’y glissait parfois de faux amis.

Nous ne saurions, pour cette double raison, aller plus loin sans esquisser une courte et brève étude , non du talent de ces deux maîtres , elle a été faite depuis longtemps par des plumes plus autorisées que la nôtre, mais bien de la tendance que chacun de ces deux génies imprimait aux jeunes esprits avides de recueillir leurs conseils.

Le peintre des Andelys , arrivé à Rome en 1624, après deux tentatives infructueuses dont la première avait échoué à Lyon , et la seconde à Florence, s’était d’abord livré à l’étude des belles pages de la Renaissance ; mais peu à peu son génie austère et réfléchi avait compris tout ce qu’il y avait de grandiose et de sublime dans la civilisation antique dont les vestiges l’entouraient. Rome païenne l’avait emporté dans son esprit sur Rome chrétienne. Raphaël et

Michel-Ange avaient été battus dans ce tournoi par ces ouvriers Grecs inconnus , dont les chefs-d’œuvre se présentaient à ses regards et provoquaient son admiration au cours de ses longues promenades solitaires.

Il ne s’était pas contenté d’admirer et de copier les anciens , il avait voulu ( comme il nous l’apprend lui-même dans sa correspondance) penser, raisonner, concevoir un ouvrage d’art comme ils l’eussent fait. Tel était le but de ses efforts, et cette préoccupation constante se trahit dans chacun de ses tableaux, elle en explique les admirables qualités aussi bien que les défauts.

C’est parce qu’il a préféré au modèle vivant les statues de marbre ou de pierre dont étaient peuplées les vignes 1 de la campagne romaine, que parfois ses personnages ont une certaine roideur grimaçante , une exagération de geste visant au sublime et voisine du théâtral ; mais c’est d’un autre côté par cette vie intellectuelle au milieu du monde antique , qu’il est arrivé à produire ces étonnantes Bacchanales où tout est grec, depuis le paysage jusqu’aux dieux qui l’animent ; devant lesquelles on s’arrête saisi, pénétré d’un charme étrange, comprenant quelle séduction enchaînait aux pas du divin Homère le peuple des villes et des campagnes, alors que le poète aveugle racontait ses héroïques fables sur les rives de la mer Egée.

Quant à Claude Gellée, il n’avait prêté qu’une attention distraite aux merveilles artistiques de la capitale du monde romain. Les toiles de la Renaissance lui avaient paru dignes de toute admiration, mais il leur adressait un reproche : celui de reléguer au second plan, de n’accorder qu’un rôle secondaire à la nature ; et de fait, tous les maîtres de cette époque, en exceptant toutefois le Titien , n’ont vu dans le paysage que l’accessoire parfois obligé d’une action humaine.

Ce qui l’avait séduit, lui, ce n’était pas Rome, mais sa campagne. Il aimait ses horizons immenses baignés de clartés lumineuses , son ciel italien , d’argent au lever de l’astre-roi , d’or en fusion à l’heure où il se couche , ses grands arbres mélancoliques au feuillage fine-

i. On désignait et désigne encore ainsi les élégantes villas des riches familles patriciennes.

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ment découpé , se groupant de loin en loin dans la plaine et estompant de leur ombre quelques portiques à demi ruinés, enfin ses collines d’une aridité pleine de grandeur.

Mais ce qu’il chérissait par-dessus toutes choses c’était la mer. Le rêve qu’il a le mieux traduit sur la toile , c’est celui qu’il avait fait un jour, couché sur la grève méditerranéenne, bercé par le doux murmure des vagues, caressé par la brise qui ride amoureusement les flots, à cette heure chaude où sur les plages méridionales l’air, le sable et l’eau transsudent la lumière. Une féerique avenue de palais range à droite et à gauche ses colonnades et ses pérystiles de marbre d’une blancheur éclatante à la base , doucement ambrés au sommet par l’éclat des dernières irradiations solaires. Quelle est la triomphante souveraine qui entre solennellement au milieu de la double haie de ces merveilleux édifices ? C’est la déesse aimée du peintre, celle qu’il a reproduite si souvent de son habile pinceau , la mer toute-puissante et toute belle. Elle s’avance lentement et bat joyeuse, de ses lames crétées d’une écume argentine, les gradins d’albâtre des somptueuses demeures, tandis que dans le lointain, au sein d’un embrasement général , le soleil , son royal époux , consomme avec elle le classique hymen chanté des poètes.

Où donc maître Claude Gellée a-t-il assisté à ce spectacle enchanteur. Est-ce Gênes, Naples ou Venise auxquelles il a songé ? Non ! c’est là une ville idéale du magique pays de rêverie , dont les grands génies tels que lui nous laissent quelquefois , à travers leurs ouvrages , entrevoir une fuyante échappée.

On conçoit quelle ardente admiration accueillait de semblables toiles et quels prix devaient en offrir les amateurs enthousiastes qui se les disputaient. Le talent du Lorrain eut une autre consécration plus sérieuse encore. Un groupe de jeunes artistes 1 , venus de bien

i. L’on remarquait parmi eux deux frères, presque du même âge et qu’unissait la plus touchante affection, Jean et André Both ; puis un adolescent de haute taille , svelte de corps , dont le sérieux visage , aux lignes aquilines , s’illuminait parfois d’un malicieux et fin sourire : il se nommait Asselyn. Tous les trois devaient un jour figurer au premier rang de leur école nationale.

loin, au-delà des monts, des canaux brumeux de la Hollande, pour étudier les grands maîtres de Rome et les chefs-d’œuvre de l’antiquité, oublièrent toutes leurs belles résolutions et se consacrèrent exclusivement au genre si brillamment représenté par lui. Ils avaient déjà compris et aimé la nature au milieu des tristesses dont elle s’enveloppe dans les froides contrées du nord ; lorsque la vue des tableaux de Claude leur eut révélé ses séductions méridionales, leur passion redoubla. Ils vinrent frapper a la porte de son atelier , lui demandèrent avis et préceptes , et après de longues études parvinrent enfin a emprunter , pour ainsi dire , quelquesuns de ses rayons a Tardent soleil dont l’illustre paysagiste éclairait ses toiles.

Quant à Sébastien Bourdon , sa liaison avec Claude et sa grande réputation d’habile contrefacteur ont donné naissance à une anecdote rapportée par d’Argenville *, et plus tard par Levesque et Wattelet i dans leur Dictionnaire des Arts. Il paraîtrait que notre artiste, ayant vu un jour dans l’atelier du Lorrain un paysage commencé , fut pris de l’envie d’en faire une copie. Il se mit à l’œuvre dans le plus grand secret , et y réussit de telle sorte que , l’ayant exposé en public, les connaisseurs les plus autorisés de Rome s’y trompèrent. Bien plus, comme il arrive en semblable occasion , ils proclamèrent hautement que cette œuvre dépassait en beauté toutes celles qui étaient déjà sorties de la main du grand peintre; ils se plurent à constater qu’elle démontrait chez lui un progrès notable , et se rendant à son atelier, l’accablèrent de leurs félicitations. Si homme au monde fut étonné, ce fut Claude. Il montra à ses admirateurs son tableau encore inachevé, et à leur plus grand désappointement déclara qu’il n’avait rien de commun avec l’auteur du fac-similé qui lui valait ces hyperboliques louanges. Tout s’expliqua et, dit Wattelet, Bourdon eut grand’ peine à se faire pardonner cette espièglerie par le célèbre paysagiste.

Voilà certes un joli racontar et dont la dernière phrase surtout a

1 . D’Argenville, Abrégé de la vie des plus fameux peintres ; t. IV, p. 92, etc.

2. Wattelet et Levesque, Dictionnaire des Arts ; t. IV, p. 445, etc.

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bonne couleur de vérité. Le savant académicien Baldinucci1, dans sa vie du Lorrain, nous apprend, en effet, avec un grand luxe de détails, combien ce maître eut à souffrir des contrefaçons et quelles précautions ingénieuses furent par lui prises vis-à-vis de ce genre d’ennemis de sa gloire et de sa fortune. Il en fut réduit, nous dit-il, à composer un recueil qu’il nomma le « livre de vérité ou d’invention», dans lequel était contenue l’esquisse aussi exacte que possible de chacun de ses tableaux , le nom de l’acheteur et le prix qu’il en avait retiré. Grâce à cet album , il put enfin mettre un moyen de contrôle sûr à la portée des amateurs de ses toiles et se défendre luimême contre les plagiaires.

On comprend aisément, dans ces circonstances, le peu de satisfaction que dut lui causer la conduite de Bourdon , bien que ce dernier ( si l’on admet l’anecdote , il faut l’admettre tout entière ) se fût contenté d’exposer sa copie en public et n’eût point commis la faute lourde d’essayer de la vendre à titre d’original.

C’est là , du reste , une accusation qui ne s’éleva pas contre notre artiste. Baldinucci, dans le même paragraphe que nous reproduisons à dessein tout entier en note, déclare que Claude ne sut jamais lesquels, des nombreux habitués de sa maison, s’abaissaient à commettre ces vols véritables. Sandrart, qui avait connu particulièrement à Rome l’un et l’autre peintre, et qui dans son Academia picturæ nous donne leurs biographies , ne souffle mot sur cet incident , et l’on devine même , à la façon très-élogieuse dont il parle de

1 . Notizie de’ professori del disegno , da Cimabue in qua, di Filippo Baldinucci , Academico délia Crusca. Firenze, 1773. — « Stava egli operando sopra i nominati quadri del Re (di Spagna) , a’ quali appena aveva incominciato a dare qualche forma che da alcuni invidiosi e avidi d’ingiusto guadagno non solo gliele fu rubata l’in— venzione, ma eziandio imitato la maniera, e ne furon vendute per Roma le copie per originali di suo penello... Il povero Claudio... non sapendo da chi dovesse guardare de’ molti che frequentavano la sua stanza.... deliberô di formare un libro, c comminciô a copiare l’invenzioni di lutte le opère, che dava fuori, esprimendo in esse con tocco veramente maestrevole , ogni particolarità più minuta del quadro stesso , notandovi eziandio il nome del personaggio , per cui era stato fatto , e se male non mi ricordo , l’onorario che ne aveva riportato : al quai libro diede egli nome di libro d’invenzioni... »

Sébastien, que ce dernier, dans son trop court séjour en Italie , avait conquis à la fois son estime et son amitié.

De cette historiette est née une erreur que nous trouvons dans nombre d’ouvrages d’art. L’on a dit et répété que Bourdon travailla pendant quelque temps dans l’atelier du Lorrain. Les deux auteurs dont nous venons d’invoquer l’autorité ne nous l’apprennent point; bien plus , l’italien affirme en quelque sorte le contraire. Après avoir raconté les déboires de Claude avec son élève Domenico , pauvre garçon estropié , recueilli par charité et qui paya son bienfaiteur de la plus vile ingratitude , il ajoute « Dès lors le savant maître ne voulut plus d’élèves et persista jusqu’à sa mort dans cette résolution ; néanmoins il donnait volontiers conseils et leçons aux jeunes gens qui venaient les lui demander. » 11 nous paraît évident, après cette lecture, que telles durent être les relations qu’il eut avec Sébastien, ce dernier n’étant arrivé à Rome qu’en 1634 ou 1635. Ce qui nous confirmerait d’ailleurs dans cette opinion, à défaut de documents historiques , c’est la vue même des paysages de notre peintre: s’ils se ressentent d’une influence, c’est à coup sûr de celle du Guaspre. Il aime comme lui les sites où la nature nous apparaît profondément tourmentée , les entassements de rochers bizarres, les cours d’eau écumants , les forêts aux ombres menaçantes. Nous n’avons jamais rencontré une oeuvre sortie de son pinceau ou de son burin qui fût consacrée uniquement à célébrer la magique poésie de la lumière.

1 . Baldinucci : « E Claudio da quel’ ora in poi , non voile più fare allievi nell arte sua ; ma quantunque egli stesse sempre saldo in taie risoluzione , non è per questo che egli non fosse liberalissimo de suoi cousigli et precetti a chiunque gliele avesse domandati »

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Les premiers peintres de bambochades à Rome.

— Bourdon et Pierre de Laar.

aïs si les relations du Lorrain avec Bourdon ne furent point celles de maître à élève , les visites rendues par le jeune français au logis de la Trinité-du-Mont n’en furent pas moins fécondes en conséquences. Parmi les peintres qui fréquentaient le p'us assidûment la maison de Claude Gellée , l’on remarquait un artiste dont le physique était pour le moins aussi étrange que les tableaux : Pierre de Laar. Ce fut lui qui révéla à Bourdon une face nouvelle de son talent , un genre dans lequel ce dernier devait bientôt exceller, celui des bambochades, genre qui eut pour premier et heureux résultat de permettre à notre peintre de vivre autrement qu’en copiste gagé par l’Escarpinelli.

Très-prisées des amateurs à cause de leur nouveauté , ces petites toiles spirituelles et amusantes se vendaient fort bien à ce moment. On dut sans doute payer les premiers essais de Sébastien d’une somme très-modeste. Quoi d’étonnant à cela ? Le Poussin lui-même avait bien été réduit, dans ses débuts, à céder deux grandes batailles, hautes de quatre palmes , au prix de sept écus chacune * ; mais bientôt les connaisseurs trouvèrent que Bourdon possédait précisément les qualités de verve, d’observation, de gaieté exigées pour ces peintures familières. Sa réputation s’accrut, et ce qui ne lui déplut pas, sa bourse se gonfla en raison directe de sa renommée.

Pour nous, estimant avec la majorité de nos contemporains que

1 . Le vite de' Pittori , Scultori et Architteti moderni , scritte da Gio. Pietro Bellori, in Roma , 1672. — «Si che mancando ogni speranza à Nicold, per non sapere dove, ne a chi esitare le sue pitture , si ridusse a darle per si poco prezzo, che avendo dipinto due battaglie copiose di figure in tele di quatro palmi , ne cavô appena sette scudi l’una. »

les bambochades de Sébastien Bourdon constituent l’une des parties les plus intéressantes et les plus méritoires de son œuvre , nous ne jugeons point inutile de dire ici quelques mots des trois maîtres qui exploitaient alors en Italie ce nouveau filon artistique. Nous allons examiner de près, qui du Bamboche, de Jean Miel ou de Michel-Ange des Batailles fut pris pour type et modèle par Bourdon.

Le créateur du genre, Pierre de Laar, naquit à Harlem en 1595, et arriva à Rome en 1626, deux ans après Nicolas Poussin. Étrangers tous deux, presque du même âge et logés à la même enseigne comme fortune , c’est-à-dire à une bien pauvre enseigne , ils lièrent connaissance et jetèrent les bases d’une solide amitié, qui justifie une fois de plus la loi attractive des contrastes. Chose bizarre entre ces deux hommes de nationalité distincte, c’était le français qui, par la gravité de son esprit, l’austérité de ses mœurs, son amour de la vie de famille, paisible et retirée, rappelait les traits principaux du caractère hollandais, tandis qu’à l’inverse, le fils des Pays-Bas possédait cette verve gouailleuse, cette gaieté franche , cet entrain au plaisir, qui ont valu à la France , d’après Boileau, la paternité du vaudeville.

Pierre de Laar riait de tout, volontiers même de sa personne: heureux naturel, qui l’empêchait de sentir ses nombreuses disgrâces physiques. Si nous en croyons Sandrart t, il était en effet d’un aspect extérieur ridiculement grotesque. Que l’on se figure, sur deux longues et maigres jambes aux rotules proéminentes, un buste de nain, trois fois trop petit pour le bas du corps, et couronnant le tout une tête hirsute qui semblait reposer à plat sur les épaules. Par un caprice de sa folle imagination , une moustache fantastiquement retroussée et dont les pointes menaçantes rappelaient les fanons

1. Sandrart , Academia piduræ eruditæ : Vie de Pierre de Laar. — «Formant

autem extraordinariam habebat pars enim corporis ejus inferior uni tertiâ

major erat quam superior, ubi collum habebat brevissimum , una cum pectore brevi similiter.... Choreas agendo lepidissimus erat, dum contractis humeris , pedibus suis longissimis gyros vibraret super capitibus aliorum, ut homo dimidius hue et illuc saltare videretur... . »

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d’une chatte en fureur, ajoutait encore à ce que sa physionomie avait (suivant un mot du temps) de falote. Mais quel joyeux compagnon, et comme il retournait vite les rieurs de son côté ! Que de malicieuses plaisanteries écloses dans son cerveau et pour l’accomplissement desquelles étaient utilisées précisément ses difformités naturelles. Tantôt debout derrière une porte, il épouvantait les arrivants en imitant la tournure et les gestes d’un singe énorme ; tantôt rentrant à cheval dans Rome, il se couchait sur l’encolure de sa bête et, caché sous la housse , présentait aux yéux des factionnaires surpris l’aspect d’un paquet et d’une paire d’immenses bottes ballantes sur les flancs d’un animal échappé. Mais là où il excellait , c’était dans les danses les plus excentriques , agitant ses longues jambes sur la tête de ses amis, et contractant si bien ses épaules qu’on « eût dit un corps humain coupé par la moitié et bondissant à droite et à gauche. »

Mais si sa gaieté était toute française, son tempérament artistique était bien celui d’un batave. Dans cette ville de Rome, peuplée de statues, en présence des fresques de la Sixtine et du Vatican, il ne modifia aucune de ses idées en peinture. Les plus sublimes manifestations du génie romain le laissèrent froid. Est-ce à dire pour cela que l’Italie n’exerça aucune influence, aucun charme sur cet esprit si délié, si finement observateur ? Non, certes; elle le séduisit au contraire complètement. Mais ce fut par son côté pittoresque, tel que le costume étrange, les moeurs originales de ses habitants, la sauvagerie de certains de ses sites.

Pierre de Laar regardait d’un œil fort distrait Y Antinous, il écoutait d’une oreille plus inattentive encore les théories esthétiques et les calculs que basaient sur ce marbre les beaux esprits du temps ; en revanche, il s’intéressait très-vivement aux lazzaroni qui dormaient philosophiquement dans l’ombre des palais; il étudiait longuement les pâtres de la plaine et leurs grands buffles gigantesquement encornés ; il se passionnait surtout pour ce type absolument inconnu de la paisible Hollande, le bandit italien. Quelle différence entre ce brigand des montagnes , avec son auréole de courage , de

bravoure , parfois même de générosité envers les petits , ce fier rebelle aux lois sociales, et les obscurs malfaiteurs qu’il avait vus, battant dans la brume du matin un dernier et funèbre entrechat aux potences de Harlem, sa bonne ville natale.

Ah ! voilà tout trouvés les sujets de ses tableaux; foin des réminiscences historiques ! Assez d’artistes travestissent comiquement de leurs pinceaux les hauts faits des Grecs et des Romains. Il se contentera, lui, d’être l’interprète spirituel et vrai des spectacles populaires ; il peindra le menu peuple dans ses travaux, ses occupations familières, ses gaietés, ses tristesses. Il racontera enfin sur la toile les baronate , c’est-à-dire les exploits de voleurs, tels que fermes nuitamment incendiées, carosses arrêtés sous la noire frondaison d’une forêt sinistre, femmes brutalement entraînées vers d’affreux repaires, et éclairera ces drames d’une lumière caravagesque, qui viendra encore joindre une saveur piquante à l’intérêt déjà offert par ces petits cadres.

Inutile d’ajouter qu’un toile général accueillit cette manifestation du libre génie hollandais. La note du Bamboche était trop discordante au milieu du grave etpédantesque concert qu’exécutaient à cette heure Lanfranc, Piétro de Cortone et Andréa Sacchi , pour ne pas attirer sur sa tête une avalanche de malédictions. L’auguste camp des peintres d’histoire déclara solennellement la majesté de l’art compromise et voua au mépris cet étranger qui profanait ainsi ses pinceaux. Fort heureusement pour lui, les amateurs les plus généreux et les plus éclairés de Rome furent d’un avis différent. Ils estimèrent que la trivialité du sujet disparaissait devant les qualités de l’exécution, et alléchés par la nouveauté du genre , se disputèrent à prix d’or chacune de ses oeuvres.

Pierre allait vite en besogne , mais plus vite encore en plaisirs. Le malheureux était d’une faiblesse extrême vis-à-vis des gracieuses séductions de la gent féminine. Ce disgracié avait au cœur les flammes amoureuses de l’antique Jupiter, et n’a}^ant ni la beauté du dieu païen , ni l’heureuse faculté de se métamorphoser comme lui à sa guise , il l’imitait du moins quant à la pluie d’or qu’il laissait

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tomber de ses mains. Aussi, nous dit un de ses biographes * , il ne parvint jamais, malgré ses nombreuses commandes, à réunir « un capital de quatre sous », et fatigué de l’Italie, il regagna Harlem en ï639.

Hélas ! ce n’étaient point les Transtéverines seules qui possédaient un empire irrésistible sur le Bamboche : il retrouva en Hollande le danger qu’il avait cru fuir, et mourut d’un mal que Passeri qualifie insolemment de français.

Pour résumer d’un mot sa curieuse physionomie, nous nous permettrons de dire qu’il nous apparaît dans l’histoire de l’art comme le type du bohème de génie , ancêtre du rapin moderne \

L’italien est naturellement pratique. Un peintre romain, nommé Michel-Agnuolo Cerquozzi , dont l’atelier recevait fort rarement la visite des opulents acheteurs, ne tarda pas à s’essayer dans le genre nouveau si bien coté sur le marché. Il étudia le faire de Pierre de Laar , réussit à l’imiter et bientôt justifia le proverbe « tel brille au second rang qui s’éclipse au premier. » A peu près inconnu, en effet, et fort misérable , il vit accourir dès ce jour les connaisseurs aux mains pleines d’or. Très-heureux de ce brusque changement de fortune , Michel-Ange ne laissa pas que d’en être aussi fort embarrassé. Si nous en croyons Passeri, il thésaurisa d’abord avec fureur , vivant si parcimonieusement que bientôt il devint, à ce point de

1. Passeri , Vita di Pietro IVander. — «S’annoyô il Wanderdi Roma, perche quantunque vi guadagnasse molto per la quantità délié occasioni che aveva, pure non poteva mai far capitale di quattro soldi , per essersi Pietro lasciato dominare dalla passione degli amori, quasi che la sua ridicola figura fosse fatta per questo mestiere. »

2. Il existe plusieurs versions relativement à la mort de Pierre de Laar. Quelques auteurs, et notamment de Piles, le font périr noyé dans un des canaux de sa brumeuse patrie. Après avoir lu la savante discussion de M. Charles Blanc à ce sujet, il nous a paru sage d’adopter avec lui le récit de Passeri.

Quant à l’épithète de mal français , elle n’est pas employée par cet écrivain à l’égard du Bamboche, mais bien du Poussin. — « Ma se per cagione dell’ abito alla francese non ebbe più molestia , riceve un penoso travaglio da un altro male di Francia... avendo finalmente Niccolè recuperata del tutto lasanita, prima per atto di gratitudine e poi per non avéré più occasionne di cadere in male somigliante, gli chiese per moglie la figlia maggiore »

vue , légendaire. Mais où cacher le magot qui de mois en mois s’arrondissait? Il y songeait à toute heure , et se levait la nuit pour aller l’enfouir dans les gorges désertes des bords du Tibre. Hélas! par métier, sa tête était pleine d’histoires de voleurs et, de retour à la maison , il était pris d’une frayeur plus grande encore ; si bien qu’il retournait en toute hâte le déterrer et le rapportait chez lui. A la fin il se décida à acheter des immeubles et put de nouveau jouir de quelque repos d’esprit.

Malgré son avarice proverbiale , Michel-Ange était un homme aimable , bien fait de sa personne, d’une physionomie gracieuse, d’une conversation piquante, point jaloux de ses confrères et généralement aimé d’eux. Il habitait place de la Trinité-du-Mont et y mourut à l’âge de cinquante-huit ans, en 1660. La maladie qui l’emporta fut occasionnée , non par des excès comme celle de son maître, mais bien au contraire par des privations. Sur son lit de mort il appela son médecin , un nommé Vicenzo da Tivoli, qui à défaut de grande science médicale avait à ses yeux une énorme et rare qualité : il le soignait gratis, s’étant essayé sous sa direction à la peinture. « Docteur, lui dit-il, ai-je encore quelque espoir?» Et Vicenzo lui ayant répondu : « J’en doute », il se prit à dire : « Que l’on me cuise alors deux artichauts, j’entends me régaler à ma manière» U Il savoura ce repas de condamné , qui n’avait rien , on le voit , de sybaritique et décéda quelques heures plus tard.

Pierre de Laar eut encore un autre disciple : ce fut Jean Miel, un quasi compatriote, né en Hollande en 1599, mort en Italie en 1664. Il arriva à Rome fort jeune , étudia chez Andréa Sacchi la peinture d’histoire et y réussit comme en témoignent de nombreux tableaux laissés par lui dans les égüses et les palais italiens. Mais le style du maître hollandais le séduisit et il se lança dans les bambochades.

1 . Passeri , Vita di Michel’ Angelo Cerquozzi. — « La stretteza del suo vivere andava in proverbio e quando si voleva mottegiare alcuno , gli si diceva : « tu sei più cotica di Michel’ Angelo ».... Vedendo si disperato chiese a questo suo medico, se il suo male era pericoloso;... rispose Vicenzo, che non lo faceva sicuro délia vita... se questo e foggiunse Michel’ Angelo : « Cocete mi due carciofi, che io, mi voglio saziare a mio modo — »

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Chassé pour ce fait de l’atelier du peintre romain, il se livra avec plus d’ardeur encore à son penchant pour ce genre familier. Il s’inspirait du Bamboche pour le choix des sujets et l’ordonnance de la composition ; mais pour le rendu du morceau , il avait choisi pour modèle le Valentin et ses fonds clairs, sur lesquels se détachent avec vigueur les ombres des premiers plans.

Appelé en Piémont par Charles-Emmanuel en 1656, chargé de travaux fort importants , notamment de la décoration du château de la Vénerie, rendez-vous de chasse des ducs de Savoie, il se tira à son honneur de chacune de ces commandes. Ses toiles, répandues dans toutes les galeries de l’Europe , expliquent encore aujourd’hui la bonne opinion qu’avaient de lui ses contemporains.

Tels étaient les trois maîtres qui excellaient dans les bambochades et se partageaient la faveur publique , lorsque Sébastien Bourdon aspira à prendre place à côté d’eux. La chose lui fut aisée. Son passé tout entier l’avait prédisposé à ce genre de travail. Il n’eut pour ainsi dire qu’à ouvrir la porte à ses souvenirs et laisser faire son tempérrament. Que de fois, au cours de son existence errante et solitaire, n’avait-il pas été, en effet, spectateur attentif, souvent même acteur passionné des scènes qu’il désirait aujourd’hui reproduire ! N’avait-il pas vécu lui-même la vie des personnages de ses toiles , senti leurs impressions, ri ou pleuré avec eux? Ce cavalier qu’il nous représente s’attardant à l’auberge , oubliant de vider sa dernière rasade , jetant un long regard plein de regret sur la riante hôtesse, et maudissant du fond du cœur l’éclatant boute-selle, sonné à pleins poumons par un trompette déjà à cheval : mais c’est lui, c’est une remembrance de sa courte épopée militaire. Et cette rôtisserie toute flambante, où devant Tardent brasier trois fines broches , longues et effilées comme des rapières espagnoles, tournent joyeuses un chapelet à gros grains fait de cailles grassouillettes et de dodues perdrix : il Ta plus d’une fois admirée d’un œil d’envie, alors que sa maigre escarcelle le retenait dans la rue, exposé au souffle de la bise et du vent d’hiver. Ces mendiants aux loques pittoresques, ces chiens haletants, ces malheureux baudets écrasés sous une charge trop lourde ont été ses

compagnons de voyage sur les poudreuses routes de France , aux mauvais jours de sa jeunesse. Il n’est pas jusqu’à ce drame nocturne dont nous parle Sandrart (ce rapt, dont la victime, hâtons-nous de le dire, est généralement un énorme matou), auquel peut-être il n’ait pris part. Qui sait s’il n’a pas guetté nuitamment un rendez-vous de ce genre et pourchassé sur les toits une gibelotte féline ?

L’auteur auquel nous empruntons ces renseignements sur les sujets habituels des bambochades deBourdon1, ajoute textuellement qu’il les exécutait à la manière de Laar, mais dans un style plus noble, avec des expressions et des formes plus dignes d’admiration. C’est là une assertion qui nous paraît infiniment exacte, et nous allons en tirer immédiatement une conséquence : c’est que Sébastien a été l’élève du Bamboche et non de Michel-Ange des Batailles ou de Jean Miel , contrairement à ce qu’ont avancé la plupart de ses biographes.

Comment aurait-il pu en être différemment ? Pierre de Laar à quitté Rome en 1639. Il y était arrivé en 1626 et s’est donc trouvé dans cette ville pendant les trois années qu’y a séjourné notre peintre. Peut-on supposer que se rendant fréquemment chez Claude, étant lié d’amitié avec le Poussin et toute la colonie française, il n’ait pas rencontré une seule fois le jeune artiste? Et s’ils se sont rencontrés , comme il est de toute évidence , s’ils ont noué ensemble des relations que devaient resserrer encore la même foi religieuse dans un pays ennemi de leur croyance , la même humeur enjouée , le même passé d’aventures vagabondes , pourquoi vouloir que Bourdon, s’essayant auxbambochades, soit allé demander conseil aux élèves d’un maître qu’il fréquentait tous les jours?

Ce qui a pu induire en erreur les critiques d’art , c’est la ressemblance plus grande des toiles de Sébastien avec celles de Jean Miel et de Cerquozzi ; mais c’est là un fait qui ne prouve rien à l’encontre de l’affirmation si précise de Sandrart 2. Il faut d’abord se rappeler

1. Sandrart, Academia pictura erudita ; partis secundæ, lib. III, cap. XXVII : Tredecim pictores nationis Gallicanœ, Bordonius .

2. Ce peintre allemand, doublé d’un homme instruit et de bonne compagnie, fut l’ami de tous les artistes de valeur qui résidèrent à Rome sous Urbain VIII. Il nous souvient , entre autres choses, d’avoir longtemps observé dans son ouvrage une

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que cet auteur a vécu dans l’intimité des peintres dont nous parlons. Il a connu familièrement et les uns et les autres, suivi leurs travaux, leurs diverses évolutions dans le vaste champ de la peinture, et ses renseignements méritent en général la plus complète créance. S’estil ici trompé ? Non ; et la prétendue similitude existant entre les tableaux des deux célèbres imitateurs du Bamboche et ceux de notre artiste s’explique aisément par des raisons tout autres.

Et d’abord , que l’on veuille bien réfléchir que Jean Miel et Bourdon ne se sont pas consacrés exclusivement aux bambochades. Ils avaient cultivé auparavant la peinture d’histoire et l’ont reprise postérieurement avec succès; chose à noter, de plus: lorsque l’un et l’autre abordèrent les sujets de genre , ils sortaient du même atelier , celui d’Andréa Sacchi.

N’y a-t-il pas là une explication très-suffisante de la proche parenté de leur faire ?

Quant à Michel-Ange des Batailles , nous estimons que son tempérament italien , ses idées premières , son éducation et ses habitudes, jusqu’à l’heure de sa conversion au genre de Pierre de Laar, sont les motifs qui , peut-être même à son insu, l’amenèrent à modifier en la copiant la manière de son maître. Il l’ennoblit en cherchant l’effet pittoresque dans les accidents seuls de lumière et corrigeant ce qu’avaient de difforme certains personnages, de trivial certaines attitudes.

Bourdon, parti du même point de départ, devait arriver, sous les mêmes influences, à un résultat semblable. Il voulait imiter le Bamboche ; mais n’étant point né en Hollande comme André Both par

curieuse planche gravée , où se trouvent reproduits côte à côte les traits austères du Poussin , la mâle et belle figure de Duquesnoy , le grand sculpteur , dit le Fiammingo , la physionomie spirituelle de Pierre de Laar , la tête barbue et chevelue de Claude , la face un peu épaisse mais régulière et intelligente de Jean Both. Pourquoi a-t-il groupé ensemble ces maîtres de nationalités diverses et de talents contraires ? Évidemment en mémoire de l'amitié grande qui les unissait, de l’intimité absolue de leur existence. Il a voulu faire revivre devant les âges futurs cette réunion sympathique et joyeuse d’hommes illustres qu’il eut l’honneur de connaître et de fréquenter souvent.

exemple, le génie de sa nation réagissait et malgré lui glissait dans ses toiles une noblesse absente de celles du peintre batave.

Quoi qu’il en soit , cette analogie avec le talent de Cerquozzi n était pas de nature à nuire à ses intérêts pécuniaires, mais bien au contraire devait les favoriser. Il est probable que Raphaëlli Marchesi 1 avocat célébré 1 , Giacunto Brandi l’artiste , Domenica Viola le gardien des jardins de Montalto , le comte de Carpegno , les cardinaux Chigi et Rappacioli, les marquis Tadoli et Lanci , les princes Pamphili et Borghèse, Monsignor Raggi et le duc Salviati, ces amateurs passionnés des bambochades, ces riches clients de Michel- Ange, durenthonorer le jeune français de leurs commandes et payer généreusement ses tableaux.

L’atelier d’Andréa Sacchi.

’auteur allemand , dont nous aimons à invoquer l’autorité, déclare dans son ouvrage que Sébastien était arrivé à cette époque à une véritable célébrité et passait pour l’un des plus remarquables artistes venus de France 2. Il ajoute qu’il était très-actif et laborieux , ne se contentant point du brillant succès qu’il avait obtenu dans l’étroit sentier où Pierre de Laar promenait joyeusement son école buissonnière, mais cherchant à suivre la grande voie frayée par Claude , Nicolas Poussin , Zampieri et Andréa Sacchi.

Ce dernier jouissait d’une réputation qui est allée s’amoindrissant à travers les siècles et s’est voire même un peu trop effacée. Il était fréquent, en effet, sous le pontificat d’Urbain VIII, cet âge d’or 3 de

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