Tarducci, p
4. « Maestre Juan dixo que sabe que los Indios de la tierra donde quedaran los contenidos en la pregunta comen carne humana e han muerto algunos cristianos e comidoles,»
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Cette déposition est corroborée par les déclarations de cinq autres témoins. Il paraît, cependant, que Cabot recommanda tout particulièrement Rojas et Mendez au cacique de l’endroit. Sans grand effort d'imagination, on peut néanmoins comprendre leur inquiétude.
Enfin, que déclarent encore tous ces témoins? Ils affirment, comme l’ayant vu de leurs propres yeux, que lors du naufrage dans la passe de l’île Sainte-Catherine, Cabot fut le premier à s’enfuir, abandonnant lâchement son vaisseau-amiral, lequel, laissé sans chef, et l'équipage découragé par son exemple, vint se briser et disparaître au milieu des rochers :
« HERNANDO CALDERON sait que le navire échoua et se perdit en cet endroit et que le premier qui sortit du navire fut le capitaine Cabot avec deux ou trois
qui le suivirent dans une chaloupe. Et ceci il le sait pour l'avoir vu!. »
« Le capitaine CARO dit qu’aussitôt que le navire toucha [les rochers], le dit Sébastien Cabot le quitta et s’en éloigna, et que le navire se perdit parce que son équipage, voyant que le capitaine Cabot l’avait abandonné, cherecha à so sauver ?, »
Antonio de Montoya, Juan de Junco, Garcia de Celis, Francisco Hogaçon et jusqu’au chirurgien Juan, le propre témoin de Cabot, déposent des mêmes faits et avec autant d’énergie. Que répondent Cabot, ses mousses et ses malelots à cette charge accablante ? Absolument rien. Ils se contentent de dire qu’on fit de grands efforts pour sauver la cargaison quand le navire eut été brisé contre les récifs : ce que nous croyons sans peine.
Voilà ce que le signor Tarducci eût appris s’il avait continué ses « profondes recherches dans les archives ».
Il est ridicule après trois siècles, malgré les condamnations pronoucées par le Conseil des Indes et le verdict unanime de l’histoire, sans même avoir compulsé le dossier, enfin avec rien du tout dans les mains, de venir prétendre, pour flatter ses concitoyens, que Sébastien Cabot fut un héros et qu’il a été injustement condamné.
Revenons au reste de ce fameux appendix.
4. « Sabe que la dicha nao toco e se perdio alli e quel primero que della salié fue el capitan Gaboto con dos o tres que Ilevo consigo en un batel, e questo lo sabe por que lo vido. »
2. « Luego en tocando se salio de la dicha nao el dicho Sebastian Gaboto e la desemparo et que se perdio la dicha nao porque la gente questava dentro visto como el capitan Gaboto se avia salida della, cada uno procuraba de se salvar. »
L'aPPENDIX XXXIX est la légende espagnole de la mappemonde de Cabot, prise de M. Harrisse (pp. 356-357) par M. Tarducci, avec les nombreuses fautes de transcription dues à la difficulté derelever @ le texte, à cause de l'endroit où cette carte se trouvait exposée en A 1882 à la Bibliothèque nationale de Paris.
se APpENDiIx XLIII-V, sont de simples extraits de Hakluyt, avec Æ vt indication de cette source, et qui ont été aussi discutés par M. Har- 4 P risse (pp. 91-93). 1 ©:
APPENDICES XLVI-VII (Dépêches des ambassadeurs anglais) ont ü | l'air d’avoir étécopiés sur les mss. du British Museum par M. Tar- € ji fl ducci, qui donne même (sans la comprendre) la rubrique des Har- #4 } | leyans, mais ces pièces proviennent de M. Harrisse (pp. 359-360). n APPENDICES XLVIII et L sont donnés comme ayant été pris dans s les Calendars de M. Turnbull qui, en effet, a été le premier à fr publier ces documents. Ils ont été néanmoins empruntés par À M. Tarducci aux pages 362-363 du Cabot de M. Harrisse. Le APPENDIX XLIX. — Dispaccio del Consiglio dei Dieci, n’a pas été : d copié sur les manuscrits originaux, malgré les minutieuses ru- 4 re ! briques qu’il affiche, mais bien dans M. Bullo (p. 70), ou dans # en 11 M. Harrisse (p. 361). ‘ pu | { Je | APpENDIX LI est un simple extrait de Ramusio, et présentécomme % (1! " . . ’ . qu fil tel par M. Tarducci; mais LII-V, sont autant d'extraits des rares 4 de | chroniques (hors d’Angleterre) de Lanquet, de Grafton, de # +, | Holinshed, de Stow, copiés verbatim dans M. Harrisse (pp.363-369). #4 à 1 | | Arrennix LVI est pris, non des archives d'Angleterre, ce qu'on # P! | | pourrait croire, car aucune source n’est indiquée, mais de Hakluyt À 6e | (Princip. Navig., t. I, p. 220 seq.).
| | APpENDIX LVIT. — Nomina diS.C. a Governatore della Compaji! gnia dei Mercanti Avventurieri est donné comme venant du Calendar de M. Lemon, mais, cette fois encore, M. Tarducciest allé 4 le prendre dans le Cabot de M. Harrisse (p. 366). À Je APpENpix LVITT et LIX sont de simples extraits de Rymer, dûment re
attribués à ce dernier par M. Tarduccei qui, en vérité, n’eût guère pu faire autrement, car ils sont trop connus.
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L'extrait des minutes du Conseil privé d'Édouard VI, 9 octobre 1547, est donné par M. Tarducci (p. 282, note 1), comme s’il provenait de l'original, mais ce document a été pris par lui dans M. Harrisse (p. 358).
La récompense accordée par ce monarque à Cabot en 1550, semble avoir été empruntée par M. Tarducei (p. 288, note) à l’ouvrage de M. Nichols, mais elle a été prise dans M. Harrisse (p. 360) pour le texte, et (p. 128, note 2) pour la référence à l’imprimé anglais.
Le pompeux appareil documentaire de M. Tarducci, pour les neuf dixièmes des documents et autorités, provient donc en ligne directe du Cabot de M. Harrisse, et pour les trois quarts du reste de livres qu’on trouve partout ; sans que le savant vénitien ait cru nécessaire la plupart du temps d’indiquer ses autorités.
Ce n’est pas un reproche que nous adressons à M. Tarducci. Somme toute, il a bien fait de puiser aux sources qui, à peu de frais, pouvaient lui fournir les meilleurs renseignements, encore que ce fût avec une désinvolture qui rappelle les procédés de l’école espagnole. Nous sommes tous, plus ou moins, tributaires les uns des autres, et lorsqu'un historien exhume ou réunit, à grand renfort de travail, des faits, des documents, des preuves, et qu’il en indique la provenance, ce n’est pas seulement pour qu’on puisse contrôler ses assertions. Son but est aussi que d’autres, à leur tour, puissent s’en servir. Dans ce cas, cependant, le biographe qui de seconde main emploie ces faits, ces documents, ces preuves, doit les présenter de telle sorte que de maladroits admirateurs ne tombent pas en extase devant une érudition dont le procédé consiste à étaler sur la table un livre qui se trouve dans mainte bibliothèque publique, et à y prendre le nécessaire en silence, mais avec zèle et componction.
Il résulte donc de notre analyse que le signor Tarducci a pu seulement exécuter des variations sur des thèmes connus. Voyons ces variations et si elles présentent la même originalité que ses recherches documentaires.
Le critique trouverait plaisir à passer en revue et à démolir, les
unes après les autres, une série d’hypothèses données par le signor Tarducci comme autant de faits incontestables et prouvés. Par exemple, que Jean Cabot mourut au cours du voyage de 1498, et que son fils Sébastien ayant pris le commandement de la flotte, c'est à lui que revient l'honneur des découvertes accomplies à cette époque : — alors qu'il n’est jamais question que de son père dans les documents du temps; que les trois Indiens amenés à Londres en 15038 (par l'expédition de Elliot, Ashehurst et des Fernandez), le furent par Sébastien Cabot et, conséquemment, qu’il fit alors un troisième voyage : — bien que Fabyan veuille seulement dire que ces sauvages venaient des pays découverts par Jean Cabot en 1497; que Philippa, la femme de Christophe Colomb, était une « Italienne », et qu'ayant fait sa connaissance à Lisbonne, Sébastien Cabot pouvait avoir rencontré en Angleterre l’Espagnole qu’il épousa : — quoique Philippa fut une Moniz, appartenant à une des plus vieilles familles du Portugal, que Sébastien Cabot fit pour le compte de Henri VIII un voyage au nord-est, remonta jusqu’au 67°30! de latitude et découvrit le détroit d'Hudson en 1516, ce qui est de la fantasmagorie pure. A cette date il existe un alibi parfaitement constaté par les Calendars, et les corporations (liveries) de Londres n'auraient certes pas osé déclarer, moins de quatre ans après, au cardinal Wolsey, qui, grand chancelier depuis 1515, n’eût pu ignorer un si important voyage, que Sébastien Cabot de sa vie n'avait mis les pieds dans ces pays ; que c’est Philippe Il qui, par vengeance et méchanceté pure, lui enleva sa pension aussitôt que devenu l’époux de Marie Tudor, alors que la signature de ce prince figure à côté de celle de sa femme dans les lettres patentes nommant Cabot gouverneur de la Compagnie de Moscovie, et dans celles qui lui accordent cette pension mème, etc. , ete. Mais il nous faut aller au plus pressé.
Le traducteur américain du travail de M. Tarducci est aussi éditeur et, grâce à la sympathie naturelle qui existe entre journalistes et libraires, cet ouvrage a eu aux États-Unis ce que nous appelons ici une bonne presse. Un journal très répandu à New- York annonce même l’apparition du livre vénitien comme un événement scientifique considérable. Sa réclame est formulée en style lapidaire :
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Voyons donc ce que sont ces trois faits nouveaux et importants qui viennent d’entrer dans le domaine de l’histoire.
Ce seraient les suivants :
1° Jean Cabot est né à Venise même.
2 Il a accompli sa découverte en 1494.
3° C’est à l’île du Cap Breton que fut son premier atterrissage.
N’en déplaise aux admirateurs de M. Tarducci, ces trois « faits » couraient les rues, — si l’on ose s'exprimer ainsi, — jusqu’au jour où les documents tirés des archives de Venise et de Séville en démontrèrent l’inanité.
Il nous incombe aujourd’hui de renouveler cette démonstration.
« Jean Cabot est né à Venise », dit le signor Tarducci.
Alors pourquoi a-t-il eu besoin de se faire naturaliser Vénitien ?
Le décret original existe aux Archives d’État, et ce document, dont l’authenticité n’est révoquée en doute par personne, énonce que le 28 mars 1476 « quod fiat privilegium civilitatis de intus et extra Ioani Caboto per habitationem annorum XV, iuxta consuetum ». C'est-à-dire que le Sénat lui confère la nationalité absolue, en conséquence d’un séjour effectif de quinze années consécutives à Venise même.
Samuel Romanin, le consciencieux historien vénitien, quien 1855 fit connaître cet acte, ne s’est pas trompé sur les conséquences qu’il comporte et, avec un esprit impartial que ses compatriotes feraient bien d’imiter, il a parfaitement vu que Jean Cabot était « non nato in Venezia, ma dichiaratone citladinot ».
M. Harrisse, Américain, à qui il est indifférent que Jean Cabot soit né à Venise ou ailleurs, a voulu néanmoins approfondir la question et se rendre compte de ce qu'était la naturalité à Venise au xv° siècle. Il vit, dans cette enquête, que les droits du citoyen étaient alors de deux sortes : de intus et de extra. Le citoyen de inlus n'avait que des droits pouvant s'exercer à l’intérieur de la cité. Le citoyen de extra profitait en outre de tous les privilèges commerciaux que possédait Venise à l’étranger et pouvait hisser au mât de son navire le pavillon de la République. Il apprit aussi qu’autrefois les droits de intus et extra n’appartenaient par la naissance qu’à certaines catégories d'habitants de la ville même de