‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 106 sur 155 · MALADIE DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

MALADIE DE LA FRANCE

puisse executer. Et de fait, je me fusse pour le présent départi de cette entreprise, n’eût été la grandeur de ton mal qui est si grand et qui va, de jour en jour, tellement en empirant que, • nueux vaut, à toutes aventures, se hasarder et, pour le moins, faire mon devoir que te regarder périr si misérablement.

«Car qui sait si le Seigneur par ce moyen, ne te voudrait secourir ?

«Quand une maison brûle, chacun y court, que si on ne la peut toute sauver, pour le moins, on en retire quelque pièce qui vaut mieux que rien. » 1

L’expérience a mis en Castellion quelque scepticisme et ü ne s’illusionne guère sur les conséquences pratiques de son geste. Mais ce ne sont pas les résultats qui importent ; c’est l’obéissance à la voix du devoir. Il tient que son devoir est de parler et ü parle ; et dès ses premières investigations dans la recherche des causes de la maladie qui ruine la France, le problème est posé sur son vrai terrain.

maladie Je trouve (luc la Principale et efficiente cause de la maladie, c’est-à-dire de la sédition et guerre qui te tourmente, est forcement de consciences ....

«J entends bien qu’aucuns évangéliques vont disant qu’ils n’ont pas pris les armes pour la religion, mais pour faire maintenir le dit édit. Mais qu’on se couvre tant qu’on voudra; puisque l’édit même était fait à cause de la religion et que la tuerie de Vassy (à cause de laquelle les Evangéliques se sont

Conseil à la France désolée, page 4.

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levés) fut faite à cause de la religion et, depuis qu’en sont ensuivis prises et saccagemens d’églises et abattemens d’images, il vaut mieux, sans aucune couverture, confesser la vérité : c’est que combien que d’autres choses s’y mêlent, néanmoins la principale cause de cette guerre est vouloir maintenir sa religion. »

Après avoir noté rapidement les divers événements qui, depuis l’entreprise d’Amboise jusqu’à l’édit de janvier, marquèrent cette première période de troubles, Castellion affirme donc énergiquement que, malgré «que d’autres choses s’y mêlent, néanmoins la principale cause de cette guerre est de vouloir maintenir sa religion.»

«Or, le remède que tes enfants, ô France, cherchent, c’est faux rèmkdbs. premièrement de se guerroyer, tuer, meurtrir les uns les autres, et qui pis est, d’aller quérir, des nations étranges, argent et gens, afin de mieux résister, ou pour mieux dire, afin de mieux se venger de leurs frères. Secondement de forcer les consciences les uns des autres .... Je ne me puis assez ébahir de la déraison et aveuglement tant des uns que des autres.

«Ce sont là les droits moyens de entièrement gâter et détruire, tant corporellement que spirituellement, le pays qui les subit. » 1

Puis, s’adressant alternativement à ceux qui s’appellent papistes catholiques et à ceux qui s’appel-

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lent huguenots évangéliques, il leur adresse, aux uns et aux autres, de véhémentes admonestations :

Et premièrement pour parler à vous, ô catholiques, qui vous dites avoir l’ancienne, vraie et catholique foi et religion, souvienne-vous comment vous avez, par ci-devant, traité les évangéliques. Vous savez bien que vous les avez poursuivis, emprisonnés, crottonés, fait manger aux poux et aux puces, et pourrir en bourbier, en ténèbres hideuses et ombres de mort, et finalement rôtis tout vifs, à petit feu, afin de les faire languir plus longtemps. Et pour quel crime ? Pour ce qu’ils ne voulaient pas croire au Pape ou à la messe, ou au purgatoire et telles autres choses, lesquelles, tant s’en faut qu’elles soient fondées en l’Ecriture, que même les noms ne s’y trouvent, en lieu du monde. Ne voilà-t-il pas une belle et juste cause de brûler les gens tout vifs ? Vous vous appelez catholiques et faites profession de maintenir la foi catholique, contenue ès Saintes Ecritures, et cependant tenez pour hérétiques et brûlez tout vifs ceux qui ne veulent croire que ce qui est contenu ès Ecritures !

Arrêtez-vous un peu ici et pesez ceci à bon escient. C’est un point qui vous est de grande importance. Dites-moi et répondez ici, car aussi faudra-t-il, ribon ribaine, que vous

en répondiez un jour devant le juste Juge Voudriez-

vous qu’on vous fît ainsi ? Voudriez-vous qu’on vous persécutât pour n’avoir cru ou confessé quelque chose contre votre conscience ? 1

L’argument malgré sa tournure plaisante n’en est pas moins vigoureux et il prend ici toute sa valeur. Mais voici le tour des « huguenots évangéliques, » et la justice distributive de Castellion ne leur est pas plus douce.

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Je viens maintenant à vous, évangéliques, vous avez aux autrefois patiemment souffert persécution pour l’Evangile. Vous avez aimé vos ennemis et rendu bien pour mal et béni ceux qui vous maudissaient, mais sans leur faire autre résistance que de vous enfuir, et tout cela faisiez-vous, selon le commandement du Seigneur. D’où vient maintenant un si grand changement en aucuns de vous ?

Celui qui, autrefois, vous avait commandé d’endurer et rendre bien pour mal et auquel, pour lors, en endurant et rendant bien pour mal, vous obéissiez, vous a-t-il maintenant commandé de rendre mal pour mal et au lieu d’endurer persécution, la faire aux autres ? Ou bien avez-vous rejeté son commandement ? Car que peut-on penser autre chose quand vous employez sac et bagues, voire le bien des pauvres en hallebardes et arquebuses, et tuez et massacrez, et mettez à la pointe de l’épée vos ennemis, et remplissez et souillez les chemins et les rues, voire les maisons et temples, du sang de ceux pour lesquels Christ est mort, comme pour vous, et qui sont baptisés en son nom, comme vous. Que dirai plus, que vous les voulez contraindre, à se trouver en vos sermons voire, qui pis est, aucuns à prendre les armes contre leurs propres frères et ceux de leur religion, contre leur conscience.

Et outre plus, vous examinez les gens sur votre doctrine, et ne vous contentez pas qu’on accorde aux principaux points de la religion, lesquels sont clairs et évidents, en la Sainte Ecriture ;puis, s’ils sont en tous points d’accord avec vous, ains leur baillez lettres par lesquelles partout où ils iront ils pourront être connus d’entre les infidèles ....

«Voilà les trois remèdes dont vous usez, à savoir : Épandre sang, forcer conscience, condamner et tenir pour infidèle qui ne sera du tout d'accord avec votre doctrine. Je m’ébahis où est votre entendement, et si vous ne voyez pas que vous ensuivez, en ces trois points, vos ennemis et celui que coutumièrement vous appelez Antéchrist 3 ».

ÉV ANGÉLI¬ QUES

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