‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 107 sur 155 · AUX CATHOLI¬ QUES ET AUX ÉVANGÉLIQUES · texte numérisé non relu

AUX CATHOLI¬ QUES ET AUX ÉVANGÉLIQUES

Les chrétiens du XVIème siècle n’étaient pas habitués à entendre de telles paroles. Ces appréciations si sages, cet appel si simple et si discret à 1 Evangile d’amour, au respect des consciences et à la foi libre, resteront, dans l’histoire religieuse de cette époque troublée, comme un des rares échos d une Révélation lointaine, que tous prétendaient défendre et que tous déchiraient. Mais, s’élevant au-dessus de cette triste lutte qui mettait la France à feu et à sang, Castellion aborde le grand problème qui se pose :

Je veux maintenant essayer, lorsque tous deux êtes, par la même cause, venus en grande angoisse, s’il serait possible de vous retirer finalement de votre opiniâtrise et vous faire un peu ouvrir les yeux .... 1 Pourquoi vouloir, en effet, forcer la conscience de son prochain ? . . . .

Si vous dites que vous le faites par commandement de Dieu, je vous demande où c’est qu’il a commandé, car en toute la Bible je n’en trouve pas un seul mot, voire en la loi de Moïse, laquelle est autrement assez rigoureuse, vu qu’elle vient jusque à commander, en quelque endroit, de meurtrir et massacrer hommes et bêtes et villes des idolâtres, toutefois il ne s en trouve un seul mot qu’on doive contraindre les consciences.»

Afin de mieux convaincre, Castellion qui redoute qu en France où il veut être lu, on ne le suive pas sur le terrain biblique — adopte un ton familier et

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DERNIÈRES LUTTES ET DÉFAITE FINALE

plaisant qui, par sa bonhomie, fera naître un sourire et rendra l’esprit plus accessible à l’idée :

« Or, considérez en quel état vous mettez les pauvres gens. Voilà un homme qui fait conscience d’aller à la messe ou d’aller ouïr un sermon du prédicant qu’il tient pour hérétique, ou d’aider soit par argent, soit de son corps et armes, à une église qu’il ne tient pour catholique et vous lui dites que, s’il ne le fait, il sera banni ou déshérité ou honteusement mis à mort. Que voulez- vous qu’il fasse ? Baillez-lui conseil, car il est en angoisse extrême comme une lèche de pain que l’on rôtit à la pointe d’un couteau, laquelle si elle s’avance, elle se brûle, et si elle recule, elle se pique. Ainsi ce pauvre homme, s’il fait ce que vous voulez, il se damne, faisantcontre sa conscience; sinon il perd biens ou vie, chose pesante à toute créature. Que lui conseillez-vous ici, au moins vous, enseigneurs et inquisiteurs de la foi, tant anciens que nouveaux, qui poussez les princes à ce faire ? . . . .

Ce sont, dites-vous, des opiniâtres qui repoussent la vérité. Même alors qu’y ferait-on ? La leur voulez- vous faire recevoir par force ? Si un malade ne pouvait manger une bonne viande que vous lui bailleriez, la lui voudriez-vous fourrer au gosier par force ? »

Castellion ne s’arrête pas à cette autorité douteuse des tyranneaux de son temps : il y eut, en d’autres temps, aux temps bibliques, des actes de violence. Mais il n’a pas le fétichisme de la lettre sacrée et il montre qu’au-dessus de toute lettre, il y a l’Esprit. Or l’Esprit s’est révélé en Christ, de qui nous ne pouvons apprendre que « débonnaireté et humilité. » L’Esprit d’ailleurs n’a jamais cessé de parler. Il porte encore en nous son témoignage et

c’est par ce témoignage intérieur que nous pouvons juger de la Bible elle-même. Elle contient des faits qui sont condamnables et que nous condamnons. Il y aurait une véritable inconscience à alléguer pour règle les faits et gestes de tels ou tels « saints personnages, soit que l’Ecriture nommément les approuve, soit qu’elle les raconte sans en faire jugement. » Ainsi donc, la conscience et la loi d’amour révélée par le Christ dominent l’histoire et c’est le Christ d’amour qui doit régner dans le cœur. Quels sont d’ailleurs les fruits de la contrainte de conscience ?

LES fruits «Vous voulez faire des chrétiens par force et, par ainsi, honorer Dieu ; en quoi, vous vous abusez grandement car

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