AUX GENS PRIVÉS
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bien il n’y en aurait qu’un, que je n’aurai pas perdu ma peine. » 1
W leS * sei«neurs ni les ^seigneurs » ne devaient fr an ce revenir au bon sens. La Saint-Barthélémy allait
éclater, quelques années après, mais les protestants, comme s’ils étaient inconscients du péril, prenaient au Synode général de Lyon 2 la résolution de dénoncer à toutes les Eglises de France « un livre publié depuis peu et qui a pour titre : Conseil à la France désolée, dont Castellion passe pour être l’auteur. C’est une pièce très dangereuse, c’est pourquoi on doit s’en donner de garde 3. »
°"™" 0n croit rê™- devant de semblables décisions, fasquiek mais il n’en reste pas moins que Castellion gardera le mérite d’avoir, avec Etienne Pasquier, dont il cite le témoignage, indiqué le seul moyen d’éviter les troubles. 4
L inconcevable mesure du Synode général de Lyon ne se légitime pas par le fait qu’on était déjà en pleine guerre : des conseüs d’équité, de tolérance et d’amour, gardent leur valeur et ne sauraient être dangereux que pour ceux dont le parti pris est d’être injustes, intolérants et criminels. Ce n’est pas sans
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Août 1563, Synode général.
* Aymon : Tous les synodes nationaux. Tome I, page 48.
. . Pasqtjiek, avocat à Paris, venait, en effet, d’écrire un livre
m itulé : Exhortation aux princes et seigneurs du conseil privé du Roi, dans lequel il soutenait la même thèse.
DERNIÈRES LUTTES ET DÉFAITE FINALE
raison qu’Etienne Pasquier disait aux partis en présence :
«Pensez que l’étranger est, tous les jours, aux écoutes et n’espère que l’heure et le point qu’il voit les Français se dresser les uns contre les autres, en armes.
Si, sous le prétexte de soutenir votre opinion, vous vouliez venir à coups ruer .... le premier qui se fera conducteur de telles entreprises, pour V honneur de son Dieu, donnera à penser vraiment que son Dieu est une ambition particulière. »
L’allusion était directe et ne pouvait échapper à Calvin, mais ces conseils et ces exhortations devaient rester sans effet.
Malgré les objurgations de ce pionnier de la paix par le droit, les fractions adverses devaient vider leurs querelles par les armes, sans le moindre souci de l’étranger qui était aux écoutes. L'honneur de Dieu avant tout et il faut croire que, pour les uns et les autres, l’honneur de Dieu ne souffrait pas que les hommes fussent frères.
Cependant il y aurait une véritable injustice à se l figurer que le monde réformé partageait les sentiments de Calvin. Il y aurait même là une étude bien intéressante à faire et qui marquerait combien profonde était l’influence de Castellion. Il suffit de parcourir la correspondance qu’il échangeait a cette époque avec ses lointains amis ou ses disciples, pour voir combien la sphère de son action était etendue. Pierre Toussaint, le Réformateur du Comté de Mont-
béliard, ancien ami de Calvin, n’avait pas tardé, malgré ses avertissements, à adopter les idées du Réformateur libéral de Bâle. Calvin l’avait menacé, averti, poursuivi, dénoncé au prince Georges, mais le prince donna au dénonciateur une évangélique leçon de tolérance en lui disant que «les pasteurs avaient assez à faire à diriger et à paître leur troupeau sans s’occuper de la condamnation des autres. » Il n’est donc pas étonnant que Farel se plaigne amèrement de ce que « Toussaint castellionise tout le Comté. »
Ce que Pierre Toussaint faisait dans le pays de Montbéliard, d’autres le font en Allemagne et dans les Pays-Bas. En Angleterre, c’est tout un groupe de réfugiés flamands, imbus de l’esprit « académique » * de Castellion, qui répandent les idées nouvelles. En France, c’est d’abord le médecin Jean Bauhin, l’ami de Castellion, c’est aussi le médecin de la Vau, son disciple, qui se permettent «de remuer les bornes des Réformateurs. » A peine Calvin a-t-il vu de quel esprit était animé de la Vau, au Synode de Poitiers, 1 lors de la constitution du système synodal qui imposait la confession de foi et la discipline, qn’il écrit aux autorités ecclésiastiques de Poitiers pour réfuter « ce frénétique, cette bête sauvage qui se faisait l’écho du fantastique de Bâle. Je l’appelle
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bête sauvage, explique Calvin, afin que nous priions Dieu qu’il lui plaise de l’apprivoiser.»
Mais, voyant qu’on n’arriverait pas à apprivoiser facilement toutes les «bêtes sauvages » que Castellion lançait dans le inonde, il revient à son ancien projet de couper la broche à ce fauteur de troubles. Tant que Castellion vivra, le péril ira grandissant. Il se trouve précisément, qu’à l’heure même où Calvin sonde, avec plus de pénétration, le péril qu il redoute, la situation de Castellion semble se i affermir et son influence prendre en Suisse des proportions inquiétantes. Zurkinden lui est décidément acquis, les magistrats de Berne lui sont favorables et se proposent de lui confier une chaire de grec à l’université de Lausanne. Cette nouvelle jette la consternation dans le camp calviniste. Les amis de Calvin «font des pieds et des mains» pour faire échouer ce projet, 1 mais tout reste vain. Castellion est nommé. Calvin ne parvient pas à dissimuler son ressentiment, et il est probable que c’est à cette série de circonstances que se rattache le nouvel assaut qu’il allait faire subir à son adversaire.
Cependant, les autorités de Bâle ayant insisté pour garder Castellion et augmenté son traitement, cette nomination resta lettre morte.
Castellion resta à Bâle où ü était d’ailleurs en
CASTELLION NOMMÉ À LAUSANNE
1 Buxlinger à Calvin, 20 Février 1562.
nouvel assaut train d’éditer une Défensio, concernant ses traduc-