‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 111 sur 155 · DE SATAN · texte numérisé non relu

DE SATAN

mateurs se (levaient à eux-mêmes et devaient aux principes de la Réforme de ne pas se livrer à cette inqualifiable agression. Ainsi donc Castellion est dénoncé comme « un instrument choisi de Satan.»

La dénonciation pieuse va se répandre dans tous les milieux qu’atteindra le livre saint. On se demande comment un homme conscient de ses actes, si aveuglé qu’il pi tusse être par son fanatisme, a pu concevoir un semblable projet et infliger à la Bonne Nouvelle d’amour qu’il voulait répandre, l’odieux démenti de cette parole de haine. La défense de l’honneur de Dieu exige-t-elle qu’on perde toute pudeur ? On comprend, n’est-il pas vrai, que devant cette dénonciation les censeurs de Bâle aient immédiatement permis à Castellion de publier la Défense de ses traductions. Dans l’avertissement de sa Bible française, il avait écrit que si ses lecteurs trouvaient quelque chose qui leur pût déplaire, il les priait de le pardonner :

« J’ai fait ce que j’ai pu, écrit-il. Que si vous trouvez quelques fautes (comme je pense bien qu il y en aura peut-être plu-

1 Histoire critique du Nouveau Testament, page 274.

la défense des sieurs, vu que l’œuvre est si difficile et si longue), pardonneztbaductions moi et m’en avertissez aimablement, ou si vous ne voulez pas, avertissez-en les autres, le plus tôt que vous pourrez, car je ne veux tromper personne, s’il est possible. Et pour cette cause,.... si je trouve dans mon travail quelques fautes. ... je mettrai peine, Dieu aidant, de les corriger ». 1

C’est à ces lignes que Castellion fait allusion dès le début de sa défense :

«Il témoigne d’abord, dit Richard Simon, qu’il n’a pas prétendu être infaillible dans sa traduction, ayant prié ceux qui la lisaient de vouloir bien l’avertir de ses fautes, qu’il en avait déjà corrigé plusieurs et qu’il les corrigera encore a l’avenir. En effet, Castellion n’était pas de ces traducteurs obstinés qui ne veulent jamais avouer leurs fautes. Il réforma dans les éditions suivantes, plusieurs endroits de sa traduction et s’il ne se rendit pas tout à fait docile à l’égard des ministres de Genève, c’est que leurs sentiments lui faisaient horreur. » 2

Nous ne reprendrons pas ici une question que nous avons déjà traitée, par anticipation, à propos de la Bible latine ; qu’il nous suffise de noter que les Béformateurs furent indignés, qu’on eût permis à Castellion de publier sa Défense. Théodore de Bèze écrivit aux ministres de Bâle pour s’en plaindre. Il persiste à dénoncer la Bible de Castellion « comme impie, à plusieurs endroits, et d’esprit satanique. » Entre autres aménités, il le gratifie de ces appellations : « anabaptiste honteux, stupide profanateur

1 Fin de l’avertissement, édition 1151.

Histoire critique du Nouveau Testament, page 276.

DERNIÈRES LUTTES ET DÉFAITE FINALE

des choses sacrées, menteur, faussaire, puant sycophante, que redresserait l’âne de Balaam, défenseur enthousiaste et patron des hérétiques, des adultères, des homicides : Sous prétexte de défense, écrit-il, l’on publie des erreurs très dangereuses touchant les décrets de Dieu, le libre arbitre, le péché originel, la Parole de Dieu, l’Esprit et la justification. » C’était bien là le grand grief et la raison de toutes ces injures. Richard Simon l’a bien compris :

« Ce calviniste (Théodore de Bèze), dit-il, ne pouvait la leçon d’ün souffrir une version du Nouveau Testament où il ne trouvât catholique point son calvinisme répandu. Il tâche d’accabler son adversaire par une longue suite de passages de Saint Augustin, comme si Castellion qui était protestant, aussi bien que lui, eût été obligé de s’en rapporter entièrement aux disputes de ce Père avec les Pélagiens .... Il est facile de mettre à couvert Castellion de l’impiété dont ce ministre de Genève l’accuse pour avoir cru que le Saint - Esprit n a dicté aux apôtres que les choses et non pas les paroles, en sorte qu il leur a permis d’exprimer dans les termes qu’ils ont voulu, ce que le Saint-Esprit leur a dicté. . . . Bien loin qu’il y ait de l’impiété dans ce sentiment, le contraire nous paraît soutenable ». 1

Il est intéressant de voir un prêtre catholique donner au Réformateur calviniste cette leçon d’indépendance spirituelle. Castellion, l’instrument choisi de Satan, se contente de donner à cet homme de Dieu une leçon de désintéressement scientifique,

1 Richard Simon, Histoire critique du Nouveau Testament, 277 & 281.

Page 1