‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 112 sur 155 · PROCÉDÉS DE RÉFORMATEURS · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS DE RÉFORMATEURS

d’amour chrétien et d’évangélique humilité. C’est par cette constatation que Richard Simon termine son étude :

« Enfin l’on ne doit avoir aucun égard aux injures dont Bèze a chargé Castellion dans sa réponse. Tous les livres de ce ministre de Genève sont remplis d’injures atroces contre ceux qui n’approuvent pas ses sentiments. Castellion fait paraître au contraire sa modération, en ce qu’il répond simplement à ceux du parti calviniste qui s’étaient déchaînés avec fureur contre lui. » 1

« Je ne suis pas tel que vous me représentez dans vos libelles, écrit simplement Castellion, et c’est avec une conscience sincère que j’invoque Dieu.» Ses adversaires affectaient de n’en rien croire. Comme il affirme modestement et avec son humilité ordinaire avoir mis tonte sa bonne volonté à traduire fidèlement un texte qu’il respecte, Théodore de Bèze lui répond avec une assurance qui le rendrait odieux, si elle n’était de l’inconscience:« J’ose affirmer que cela est faux et je ne parle point témérairement. A qui feras-tu croire que tu as traduit, de bonne foi , et non pour propager toutes tes hérésies, les livres sacrés que tu ne comprends pas. » 2

Aussi ne sommes-nous pas étonnés de voir les démarches que font les pasteurs de Genève pour rendre Castellion suspect à sa famille :

1 Ibidem page 285.

2 II faut rapprocher de ce démenti superbe ce que nous avons dit de la valeur des traductions en présence et se souvenir que Théodore de Bèze (lux jugeait Castellion", ne savait pas l’hébreu.

DERNIÈRES LUTTES ET DÉFAITE FINALE

« Les ministres, lui écrit son neveu, disent à ma tante Jeanne (la sœur de Castellion) que tu es le plus méchant diable d’enfer, et qu’ils feront qu’elle le croie. Kous ne croyons nullement que vous soyez tel, mais pourtant ma tante Jeanne et moi vous mandons que vous vous donniez bien garde de Satan, le grand tentateur.» 1 Les ministres avaint réussi à ébranler la foi de ce jeune homme et ils ne se lassaient pas de semer la suspicion autour d’eux. On jouait en ce moment, à Genève, une odieuse comédie (le Pape malade) où Castellion était représenté comme un ambitieux sans scrupule, prêt à toutes les capitulations de conscience, disposé à trahir la Réforme, heureux de servir le Pape moyennant un bon salaire.

Quant à moi, un chacun je sers Pour argent, en prose et en vers,

et pour qu’il n’y ait pas de doute, son «Ion maître» Satan, l’appelle :

Satan — (à part) Oh! Monsieur de Parvo Castello

L’ambitieux — Oh là, oh là, qui m’a ainsi nommé ? C’est signe que je suis renommé En maints endroits, puisqu’on m’appelle Par mon nom ! Quoi ? quelle nouvelle ?

Satan — Le Pape m’a vers vous transmis Pensant qu’êtes de ses amis,

1 Lettre de Michel Castellion, 20 Juin 1561.

Savoir si vous voudriez rien faire —

En bien payant — qui pût déplaire A ees huguenots martyristes.

Calvinistes, Bullingéristes etc.

Ceci dépasse, n’est-ce pas, les bornes de l’odieux. Eh bien, cette farce inqualifiable était représentée, avec le consentement du Conseil, dans les locaux du Collège que Castellion avait aidé à fonder. Voilà des choses que le monument expiatoire de Champel n’effacera jamais de la mémoire de ceux qui savent. Castellion était écœuré. Une grande tristesse l’envahit et le découragement l’accable. Il a dû traverser des heures aussi cruelles que celles de l’Homme de douleur : «Mon âme est triste jusqu’à la mort. . que vais-je demander à Dieu ? Qu’il me délivre de cette heure ? » Castellion, certes, eût voulu que cette heure ne sonnât jamais ! Cette farce burlesque, indigne d’im histrion de bas étage, on la jouait à Genève pour défendre l’honneur de Dieu, et elle atteignait d autant plus Castellion que, par un raffinement de cruauté, un de ses anciens compagnons de chambre à Strasbourg, avait cru devoir collaborer à cette répugnante satire. Mais, si cruelle que soit la tristesse de l'heure, Castellion n’éprouve aucune faiblesse, et, comme jadis dans l’âme du Maître, s’éclaire en lui la belle résolution de stoïcisme chrétien : «C’est pour cette heure que je suis venu.» Il luttera jusqu’à la fin.

DERNIÈRES LUTTES ET DÉFAITE FINALE

Cependant, que pouvaient ses pauvres énergies dénonciation

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