‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 118 sur 155 · LA JOTE DES ADVERSAIRES · texte numérisé non relu

LA JOTE DES ADVERSAIRES

«Lorsque Castellion, le Maître très érudit en langue grecque à l’Université de Bâle, fils authentique des prophètes hébreux 1, fut arraché par la bonté de Dieu aux griffes de ses adversaires, on lui fit de somptueuses funérailles. Porté sur les épaules de ses élèves et suivi d’un interminable cortège, on le déposa sous le cloître de la cathédrale de Bâle, dans le tombeau de l’illustre famille Grynée. Trois jeunes Polonais, fils de haute maison, Stanislas Starzechovius, Jean Ostrorogus, et Georges Niemsda, en témoignage de leur vénération, firent graver à leurs frais, dans le marbre, une épitaphe pour leur maître aimant et fidèle.»

Le document poursuit, donnant quelques détails concernant sa famille :

« 11 laissa huit enfants opprimés par la misère et la haine. Mais quelques amis pieux et riches, par amour pour le défunt, payèrent les dettes qu’il avait contractées aux heures de détresse et élevèrent à leurs frais ses enfants. 2 — L’épitaphe portait : Au très célèbre professeur, si cher aux érudits et aux croyants, pour sa grande science et la pureté de sa vie. »

Il n’est guère possible de rendre à un savant de plus émouvant hommage, on voulait témoigner par là de la piété et de la gloire de cet homme de candeur.

Mais si ses élèves s’inclinaient avec émotion et respect devant la mort de leur maître, ses adversaires ne cachaient pas leur joie : « J’avais été bon prophète, écrit Théodore de Bèze, quand j’avais dit à Castellion : Le Seigneur te punira de tes blasphè-

1 Le texte hollandais que j’ai sous les yeux, traduit : un véritable Israélite.

2 Theatrum vitoe humanœ, folio I, 391.

DERNIÈRES LUTTES ET DÉFAITE FINALE

mes ! » « Castellion est mort ? écrit Bullinger. Tant mieux.» Mais en voici un autre qui, avec cette finesse qui caractérise les belles âmes, écrit : « Castellion, pour ne pas aller plaider sa cause devant le Sénat de Bâle, en a appelé à Bhadamante. » Cependant la joie de cette délivrance ne fait pas oublier aux adversaires de Castellion le pieux devoir de noircir sa mémoire. Un des jeunes Polonais, qui avait participé si activement à la cérémonie funèbre, écrit de Zurich au docteur Zwinger : « Je m’étonne qu’on mette tant d’âpreté à couvrir d’injures la mémoire de Castellion. Beaucoup affirment qu’il n’était pas digne de mourir de mort naturelle : ils l’appellent carrément l’apostat, l’anabaptiste, l’arien. Un certain Génevois a écrit ici qu’il attendait sa mort d’un instant à l’autre, V ayant demandée à Dieu dans ses prières .... et d’autres choses encore, indignes de chrétiens.»

Un autre élève de Castellion écrivait de Genève LBa quelques mois après : « Ici, on ne fait aucune mention de cet homme de foi et de sainteté qu’était notre cher Castellion, et même si quelqu’un s’avisait d’en faire mention, il s’exposerait immédiatement à la torture, au glaive, à je ne sais quels terribles châtiments ; mais il n’importe, s’il n’est pas permis de déclarer ouvertement sa conviction, il y a ici beaucoup de Castellionnistes H.

1 2 Août 1564.

CASTELLIOtT-

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