‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 119 sur 155 · NISTES · texte numérisé non relu

NISTES

Castellion est mort, mais son esprit anime l’âme des jeunes.

Les Calvinistes ne devaient pas tarder à s’en apercevoir. Aussi la lutte va-t-elle reprendre, mais c’est en vain qu’ils essaieront d’enfermer dans son cercueil ce cadavre récalcitrant, ils le trouveront toujours sur leur chemin. Il y a des morts qu’on ne parvient pas à tuer.

LA CRITIQUE DU CALVINISME

La petite minorité de Bâle, dont Castellion était l’âme, ne devait pas rester inactive après sa* mort. Un moment désemparée, elle se ressaisit bien vite, et l’on voit se produire dans son sein et à l’étranger, des manifestations qui ne laissent aucun doute sur la vitalité des principes de Castellion.

Acontius fait paraître en français, en flamand, les en allema nd et en anglais, les « Ruses de Satan. » 1 Gautner, à Coire, reprend contre le Synode calviniste, l’ancienne lutte ; et les arguments de l’âge héroïque reviennent : la gerbe de Bellius, une nouvelle fois, répand sa bonne semence. Zürich, Schaffhouse, la plupart des Eglises du canton des Grisons prennent part à la mêlée. Des pro-

i Ouvrage édité à Bâle en 1565. Ce livre était un nouvel appel à ta tolérance et à l’absolue liberté religieuse.

OASTELLION-

HISTES

testataires surgissent de la Valteline et les disciples de Castellion reprennent avec ardeur le bon combat. Camille Socin, qualifié couramment de « théologien castalioniste », Nicolas Camulio qui disait du symbole d’Athanase, qu’il était le symbole de Satanase, le pasteur Turiano, se faisaient les champions des idées de Castellion, « ce grand chrétien. » Ils deviennent même si remuants que les correspondants de Bullinger se plaignent de ce qu’ils inondent le pays de leurs proclamations et de ce que les pasteurs eux-mêmes sont les premiers à prendre leur parti « et à arracher les hérétiques au glaive du magistrat. » 1 Mino Celsi réédite le Nouveau Testament de Castellion. en latin et en français, et écrit un nouveau manifeste en faveur de l’idée de la tolérance ; le livre paraît en 1577. C’était en quelque sorte une réédition, considérablement augmentée, du traité de Bellius avec, en plus, des citations nombreuses empruntées au « Conseil a la France désolée » et « aux Annotations bibliques » de Castellion.

Mais, en 1578, se produisit un événement qui plongea le parti calviniste dans un grand émoi. Cei tes les amis de Castellion, ses élèves, ses disciples inconnus, s’élevaient encore avec véhémence contre l’autorité ecclésiastique, mais ce n’étaient là que de petites escarmouches locales et les seules doc-

1 Lettres d’Eglinus à Bullinger, 1er Oct. 1571.

LA CRITIQUE DU CALVINISME

trines contestées concernaient l’usage des confessions de foi et 1a- répression de l’hérésie. Aucune publication n’avait encore violemment attaqué l’essence même de la doctrine calviniste. Les critiques de Castellion étaient restées enfouies dans ses cartons et ceux qui avaient reçu le dépôt de ses manuscrits ne manifestaient pas le désir de les faire paraître. La censure de Bâle qui, jadis, avait réussi à bâillonner Castellion, semblait'devoir persister dans son œuvre, et les « erreurs » ou « les hérésies » de V instrument choisi de Satan semblaient mortes avec lui. Or, voici qu’un jour parut une série de huit petits livres qui, malgré le pseudonyme sous lequel on dissimulait le nom véritable de l’auteur, devaient être de Castellion. Il y avait quatre dialogues et quatre petits traités. C’était une réfutation vive et hardie des doctrines calvinistes. La pensée de Castellion y transparaissait à toutes les pages, et son style, et sa piété vivante, et son érudition biblique, et son indépendance doctrinale, et son audace de novateur ! Les Calvinistes ne s’y trompèrent pas. Que s’était-il passé ? Le vieux médecin Bauhin s’était-il décidé à ressusciter la pensée de son maître ? Le prédicant Brandmiller, sortant de sa réserve, s’était-il délibérément et vaillamment exposé aux foudres des censeurs *? Brandmiller ne demandait qu’à vivre en paix avec tous ; Bauhin était trop âgé pour

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