‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 120 sur 155 · LES GRANDS PROBLÈMES · texte numérisé non relu

LES GRANDS PROBLÈMES

être combattit Mais ils avaient cédé aux instances d’un jeune théologien dont le nom devait devenir célèbre : ils avaient confié les précieux manuscrits à Fauste Socin \ Celui-ci, émerveillé de la valeur de ces manuscrits et les ayant, en quelque sorte, arrachés à force d’insistance, à leurs détenteurs, les fit aussitôt imprimer. L’éditeur signait d’un nom d’emprunt et le titre de l’ouvrage (Aresdorfii) était quelconque ; il semble emprunté à un village voisin de Bâle, où peut-être Socin demeurait. Mais la préface, d’une grande violence, faisait un éloge très ardent de Castellion, d’Erasme et de Mélanchton : les lecteurs étaient donc tout de suite fixés. A peine paru, le livre souleva l’indignation des Calvinistes. L’imprimeur Perna fut mis en prison, mais désormais la discussion était ouverte devant le grand public et les doctrines calvinistes allaient subir de terribles assauts.

Au XVIème siècle, tous les esprits se passionnaient à ces discussions. Il ne faut pas s’en étonner. Sous leur terminologie désuète, se débattaient

1 Fauste Socin, neveu de Lélio Socin, né à Sienne en 1639. Etudiant en droit, il se laisse saisir, comme son oncle, par les questions religieuses. Se rend à Bâle, de 1675 à 1678, pour y finir ses études. Il y publie les écrits de Castellion et part pour la Transylvanie où il devait exercer une grande influence dans l’église unitaire. Une église nouvelle, issue de ses doctrines, se fonda et les fidèles prirent le nom de Sociniens.

LA CRITIQUE DU CALVINISME

les grands problèmes qui tourmentent encore les consciences modernes et l’on doit reconnaître, qu’à part les maigres clartés qu’on a acquises, depuis lors, les apparentes solutions qu’on propose à nos inquiétudes, ne sont encore que des balbutiements.

Lorsque les prophètes d’Israël, tourmentés par le mystère qui planait sur l’origine du mal, imaginaient la naïve fiction du péché d’Adam, ou bien lorsque, troublés dans leur foi, par l’inexplicable ruine de Sodome et de Gomorre, ils édifièrent pieusement cette doctrine apaisante qui consiste à dire que Dieu est juste et que rien ne se produit sans sa volonté, ils croyaient avoir résolu les angoissants problèmes. Calvin, en adoptant la prédestination augustinienne avait la même illusion. Castellion, au contraire, avec son sens critique, plus aiguisé, voyait tous les déficits de cette doctrine. Ses objections d’exégète, de théologien. de psychologue, étaient discutées avec passion et semblaient victorieuses à un grand nombre. La forme dialoguée qu’il avait donnée à ses petits traités les rendait plus vivants encore, car derrière les doctrines qui se heurtaient, les lecteurs devinaient la lutte passionnée de deux puissantes personnalités qu’animait une conviction égale. C’est ce qui donnait tant d’intérêt à ces débats, c’est aussi peut-être ce qui faisait que

Calvin savait si mal se maintenir sur le terrain de la discussion. Il semble être dans l’impossibilité de répondre à un argument de son adversaire, sans le couvrir d’injures. Nous devons reconnaître que c’est, à nos yeux de modernes, un des aspects les plus tristes de ces joutes qui, maintenues, comme le voulait Castellion, sur le terrain des idées, eussent pu être si belles et si réconfortantes.

les quatre Certes, ces dialogues n’ont plus pour nous qu’une

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