A NOUVELLE PÉDAGOGIE
trésor d’héroïsme et de foi qu’est l’histoire du peuple d Israël, Castellion donnait à ses disciples le goût des lettres classiques et armait leur jeune volonté contre l’assaut des heures mauvaises.
Tous ces petits dialogues si animés, si vivants, peuvent devenir l’occasion de suggestions morales très riches qui, sans solliciter le texte, se dégagent tout naturellement de l’ensemble du récit. L’essentiel sera d’apprendre à l’enfant à les pressentir, et sa compréhension du sens profond de la vie s’éclairera sans effort tandis que, progressivement, se fortifieront sa conscience et sa volonté. Déjà, dans ce petit manuel élémentaire, nous trouvons l’indication des grandes idees qne Castellion développera, plus tard, de façon si hardie ; mais dans les trois autres recueils de dialogues qu’il écrivit à l’usage de ses élèves plus avancés, et où s’affirment plus encore ses préoccupations religieuses et morales, on trouve de courtes formules qui en disent long sur l’indépendance de son esprit: «La plupart des hommes pensent qu’il faut suivre la multitude ; les amis de la vérité obéissent à la vérité et non à la multitude. » 1 A chaque page, des notes explicatives suggèrent des pensées de cette nature : la nécessité de la résistance aux tyrans, l’inviolabilité de l’âme, la souveraineté spirituelle de la conscience, sans y
1 Livre II — Dialogue: Michée.
CASTELLION À GENÈVE
être massivement enseignées s’affirment dans ces dialogues comme d’impérieuses obligations.
Ce n’est pas un code de devoirs comme nos pauvres manuels d’instruction morale et civique ; c’est la suggestion morale par l’anecdote vécue, et ce n’est pas une des moindres originalités de Castellion d’avoir rendu à leur vraie destination les récits légendaires de la Genèse et de l’Exode : écrits par ces hardis pédagogues que furent les prophètes pour former l’âme de leur peuple, c’est dans les petits livres de Castellion qu’ils prennent leur vraie valeur et leur vrai caractère.
Ils redeviennent ce qu’ils avaient été à l’origine.
C’est par eux que jadis, aux temps troublés d’Israël, les prophètes avaient pétri l’âme nationale ; c’est par eux qu’au XVIème siècle Castellion crée de petites âmes de héros de la conscience. «Les maîtres de ce monde, dit un de ses personnages, tiennent la vérité pour impie, et, vaincus par ceux qui leur montrent la vérité, ils les écrasent par la force ! » Il en vient même à voir un indice certain de l’excellence d’une chose dans le fait que les grands la rejettent : «Les meilleures choses sont celles que redoutent les puissants, les gouverneurs des peuples. » C’est vers les petits, vers les humbles que Dieu se penche : «Les pauvres gens qui meurent de faim, voilà ceux que Dieu regarde. . . . celui qui a Dieu, a toujours assez, si peu qu’il ait». Castel-
lion montrera plus tard que ce ne sont pas là de vaines paroles : c’est en Dieu seul qu’il trouvera la force de supporter les affreuses privations que lui imposèrent ses ennemis, et c’est contre de telles circonstances qu’il veut armer ses élèves : «Les prisons, les chaînes, ne peuvent rien contre ceux que Dieu protège. . . . Quand la sagesse humaine, à bout de ressources, tremble et désespère, c’est alors qu’éclate la puissance divine».
LE FÉNELON On comprend, en lisant ces rapides indications, DES que Charles Nodier, écrivant ses impressions sur