‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 13 sur 155 · PROTESTANTS · texte numérisé non relu

PROTESTANTS

le rare exemplaire qu’il possédait de ces dialogues, ait noté : «Le bon Castellion était sous plus d’un rapport le Fénelon des Protestants». C’était bien, en effet, un éducateur aussi compréhensif de la vie religieuse et morale, mais il portait en lui des forces de résistance et une indépendance d’esprit qu’on chercherait en vain dans les œuvres et la vie du précepteur du Duc de Bourgogne : «Si la tête de l’homme, écrit Castellion, refuse de se courber sous le joug de l’autorité, ce n’est pas au nom de sa raison, de sa conscience, c’est au nom de Dieu, seul maître, seul juge, seul souverain ». C’est parce que Dieu rend témoignage dans la raison et la conscience que la conviction est irréductible et qu’elle est l’inexpugnable forteresse.

C’était bien ces livres qu’il fallait à la jeunesse qui se pressait sur les bancs du collège de Rive. Ils

CASTELLION À GENÈVE

avaient la pureté classique des grandes œuvres de la Renaissance et ils mettaient en action les principes primordiaux de la Réforme : autorité spirituelle de la Bible et souveraineté de la conscience individuelle.

On ne peut pas se figurer aujourd’hui le succès de ces petits livres. Une enquête incomplète faite par Mr Ferdinand Buisson x, relève au XVIème siècle, c’est-à-dire de 1542 à 1600, un chiffre certain d’au moins 47 éditions en Allemagne et dans quelques autres pays 1 2. Inconnus en France et en Suisse, ils devinrent, pendant plus de deux siècles, les livres de classe de plusieurs générations de petits Allemands. A partir du XYIIème siècle, les éditions se multiplient. Dans le XVIIIème, elles ne se comptent plus.

Adoptés dans les écoles protestantes d’Angleterre et d’Allemagne, ils devinrent la base fondamentale de toute éducation classique, et ce n’est pas s’avancer trop que de dire qu’ils ont largement contribué à former le caractère indépendant et fier des peuples qui les adoptèrent. «Mais, n’est-il pas piquant, écrit Mr Buisson, de découvrir que, deux siècles durant, celui qui a appris le latin à toute l’Europe protestante et qui a été le Préceptor Germa-

1 Sébastien Castbllion — page 176.

* Espagne, Belgique, Suisse, Autriche et Hollande.

SÉBASTIEN CASTELEION

nice des petites classes, c’était un français inconnu en France » ?

IY

La variété des épisodes traités par Castellion, dans ses livres de classes, l’avait amené à se prononcer sur une multitude de situations qu’il devait voir se reproduire ultérieurement dans son entourage immédiat. On comprend de quelle portée sera plus tard, dans sa pensée, cette simple indication : «Les guerres de l’esprit doivent se faire seulement avec les armes de l’esprit.» Mais il est impossible d admettre que quelques-unes de ces réflexions scolaires ne lui aient pas été inspirées par ce qu’il voyait

le pouvoir sous ses yeux. Il en est une qui dénote une expérience

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