‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 123 sur 155 · DU LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

DU LIBRE ARBITRE

1 Du latin. De electione. Fin du dialogue IL

consacre de longues pages d’ingénieuse critique biblique. Il tient aussi à ce qu’on ne croie pas qu’il entend par libre arbitre le pouvoir de vouloir sans raison. La libre volonté n’est pas une volonté folle. Il est de toute évidence qu’elle ne se détermine que sur des motifs d’ordre rationnel ou sentimental. Mais au lieu d’être liée à une décision fatale, la volonté garde le pouvoir, en se portant d’un côté ou de l’autre, de faire pencher le plateau. Dieu a voulu l’homme libre, afin qu’il ne fût pas, comme l’animal, l’esclave de ses instincts. C’est cette liberté qui constitue le premier bien de l’homme. C’est la sauvegarde de sa souveraineté spirituelle et de ses responsabilités morales. L’homme est libre, parce que fils de Dieu, et Dieu l’a d’autant plus aimé qu’il n’a lié sa liberté par aucune contrainte. Il semble qu’il ne soit pas nécessaire d’insister ici pour établir une doctrine qui est, dans son sens profond, admise par tous. Mais au XVIe siècle, le serf arbitre, le déterminisme calviniste, 1a. prédestination augustinienne jouissaient d’une trop grande influence, pour que Castellion n’insistât pas dans l’exposé de sa doctrine. Et il esquisse une véritable philosophie de la. liberté qui se greffe tout naturellement sur sa notion de Dieu et de l’homme. Par l’hérédité qui pèse sur lui et l’habitude néfaste du mal, l’homme semble avoir tué en lui son libre arbitre. Il est l’esclave du péché. Mais

LA CRITIQUE DU CALVINISME

le Christ, dont il semble décidément qne Calvin oublie trop la mission rédemptrice, est venu pour vivifier à nouveau les âmes.

Frédéric — Le Christ ne change pas dans l’âme ce qui est encore vivant; il nous donne la force d’en user. S’il y a quelque chose d’imparfait, il le perfectionne ; de souillé, il le purifie. ... de sorte que, par l’influence de son esprit, l’homme est régénéré et c’est un homme nouveau 1. . . Mais il ne modifie pas le témoignage des sens ou de la raison, pas plus, d’ailleurs, qu’il ne transforme les opérations de la mémoire 2. . . C’est au moyen des sens, de la raison et de la mémoire que Dieu a donnés à l’homme, que le Christ entreprend son œuvre de régénération, mais tout cela est vrai aussi de la volonté. Si le Christ ne trouve point de volonté dans l’homme et qu’il veuille le guérir, il doit nécessairement créer en lui cette volonté qui lui manque. Mais si l’homme a une volonté, c’est d’elle que le Christ se sert. Mauvaise ? Il la rend bonne. Bonne ? Il se contente de l’éclairer. C’est ainsi qu’il suggère à Paul une conception plus saine de la vraie religion, et quand il lui a montré le bien suprême, alors il fortifie sa volonté et lui donne le pouvoir de F accomplir 3 . . . . Tout don parfait et toute grâce excellente viennent de Dieu4.... Dieu, ou un de ses messagers montre ce qu’est le bien, afin qu’on le désire. Et comme il parle de l’abondance de son cœur, il y a, dans ses suggestions, une puissance intérieure qui exalte et enthousiasme : c’est V Esprit vivant qui, plus que les paroles humaines, émeut l’âme de l’homme. Les disciples à Emmaiis avaient bien senti cette puissance mystérieuse, quand ils disaient : « N’est-ce pas que notre cœur brûlait d’une flamme

1 Du latin page 186, Edition de Gouda De liber, arb.

2 Page 186—187.

3 Page 187.

4 Page 188.

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