DU SALUT
divine, tandis qu’il marchait avec nous ? » On peut voir la même puissance dans les arguments de Pierre, le jour où il convertit au Christ plus de 5000 personnes. Ce n’est pas son éloquence qui a produit ce résultat, car son discours est franchement mauvais. Si un autre homme que Pierre l’avait prononcé, ses paroles n’auraient pas eu plus d’effet que le verbe sonore d’un histrion. Mais il portait en lui un Esprit divin qui, tel un flambeau sacré, mettait au cœur de tous des flammes d’enthousiasme. ... Il y a des gens tout brûlants d’amour pour eux-mêmes ou pour leurs richesses, ou pour l’objet de leurs plaisirs qui s’élèvent contre cet Esprit divin et le combattent .... ils aimeraient mieux se laisser rompre que de fléchir ! . . . . Eh, bien ! c’est pêcher contre le S* Esprit que de s’elever volontairement et sciemment contre une vérité évidente, manifeste, connue et démontrée. S’il en est qui se figurent que cette révolte contre l’Esprit Saint est l’effet d’un décret ou la volonté de Dieu, qu’ils servent un tel Dieu. Pour moi j’ai appris à connaître un Dieu qui, étant bon par essence, ne peut vouloir que le bien, pour lui-même et pour les autres, de façon manifeste, ou dans le secret de ses mystérieux desseins.
Louis — Je t’accorde ce que tu viens de dire. Mais il est une chose que je voudrais savoir. Que peut-on répondre à ceux qui t’accusent d’attribuer trop de valeur à la volonté humaine ? Ne te semble-t-il pas que l’homme est en partie sauvé par son propre mérite et qu’il risque de s’enorgueillir, tout en diminuant la grâce et la gloire du Christ ? 1
C’était là au XVIème siècle la grande accusation ; c’est celle que Calvin et Théodore de Bèze ne cessent de faire à Castellion. Le dialogue va se faire plus âpre, on y sent gronder la révolte inté-
I’age 190.
LA CRITIQUE DU CALVINISME
rieure d’un homme qu’on n’a jamais cessé de poursuivre du reproche de pélagianisme, mais Castellion sait rester maître de lui.
Frédéric — Dieu est plus grand d’avoir voulu l’homme libre que s’il l’avait voulu semblable aux animaux. La gloire du Christ s’impose avec plus d’éclat s’il renouvelle entièrement l’homme. Il est autrement glorieux, pour le Christ, de rendre à l’homme sa vraie nature, que d’avoir à faire à un vase d’argile qui nécessairement se plie aux désirs du potier. Certes, il y a des hommes qui s’enorgueillissent des dons de Dieu, mais il ne faut pas tomber dans l’excès contraire et les nier .... Si nous accordons quelque valeur aux témoignages de la raison, aux exemples qui s’imposent et aux expériences journalières, nous pouvons aisément constater que ce sont précisément les partisans du serf- arbitre qui s’adonnent à l’orgueil, et c’est très naturel : ne prétendentils pas être élus et ne se croient-ils pas irrévocablement destinés à la vie ? Qui donc, parmi les prédestinations se croit voué à la perdition ? N’ayant aucune raison de craindre pour leur salut, ils s’élèvent en dominateurs .... 1 Les prédestinations condamnent leurs adversaires avec un tel dédain, que leur attitude seule suffit à prouver le libre arbitre, alors même que leurs lèvres le nient. On pourrait même se demander si leur désir de condamner les au très ne leur fait pas oublier le conseil du Maître: «Ne jugez pas, si vous ne voulez pas être jugés. » Au reste, rien ne sert de les exhorter aux bomies œuvres! C’est comme si tu exhortais un fils de roi à devenir un fils de roi. Ils sont élus, ils ne sauraient périr ! Us sont sauvés par leur doctrine ! Les bonnes œuvres du Christ sont devenues leur propriété, leur apanage. Ils n’ont pas de volonté libre et pour rien au monde, ils ne voudraient être sauvés par
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