‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 125 sur 155 · VOLONTÉ ET GRÂCE · texte numérisé non relu

VOLONTÉ ET GRÂCE

leurs œuvres ! Je ne connais personne que soit, plus qu’eux, fermés aux exhortations d’une saine piété.

N’est-ce pas avec délices qu’ils se livrent aux calomnies les plus manifestes ? On pourrait en dire long à ce sujet, mais quoique je sois abondamment documenté, je préfère me taire. Une seule chose cependant doit être relevée, car c’est une impudente affirmation. Ils vont partout, proclamant que nous croyons être sauvés par nos œuvres et notre volonté personnelle. Qui donc ne nous aurait en horreur1, après une telle accusation, si elle était fondée ? Mais jamais nous n’avons dit ou cru une semblable chose. Le jour de Dieu établira notre bon droit avec une aveuglante clarté. Voici ce que nous affirmons et témoignons ; c'est gratuitement et -par la grâce de Dieu, sans aucun mérite de notre part, que nous sommes sauvés. Il n’est pas en notre pouvoir d’acquérir le salut par nous-mêmes, mais il est en notre pouvoir de le perdre et cela facilement ! Le premier homme a été placé dans le jardin d’Eden, sans qu’il l’ait le moins du monde mérité : mais c’est par suite de sa désobéissance qu’il en a été chassé. Avec l’apôtre Paul, nous disons : « Si vous vivez selon la chair vous êtes destinés à la mort, mais si, par l’esprit, vous tuez les œuvres de la chair, vous êtes destinés à la vie. Celui qui sème pour la chair, moissonnera la corruption.» Là-dessus ils se livrent à de bruyantes manifestations, ils proclament que nous cherchons le salut par nos propres mérites ! Qu’ils s’en prennent alors à l’Ecriture sainte qui déborde d’affirmations semblables. « Ce ne sont pas ceux qui disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des deux, mais ceux qui font la volonté de mon Père. »... « Mes frères, ce sont ceux qui font la Volonté de mon Père /» Que signifient ces paroles ? Est-ce là attribuer à l’homme le mérite du salut ? Pas le moins du monde ! C’est entendu : le salut ne dépend

1 L’accusation de pélagianisme était une des plus graves qu’on pût proférer contre un homme, car elle apparaissait comme la négation de l’œuvre de Rédemption.

LA CRITIQUE DU CALVLN'ISME

ni de celui qui veut, ni de celui qui court : c’est Dieu qui fait miséricorde, mais encore faut-il vouloir et courir, o1

Suit alors l’examen de quelques récits de l’antique Israël tendant à établir que c’est Dieu qui donne aux hommes la force d’affronter la lutte, mais que la victoire n’est donnée qu’à ceux qui, volontairement, l’affrontent.

.... « Le paysan, continue Frédéric, ne peut moissonner que s’il laboure et ensemence sa terre. Est-ce à dire que c’est sa volonté ou son mérite qui font croître le blé ? Tous ces biens ne sont-ils pas un don de cet Etre de bonté qu’est Dieu ? 2 Comment l’homme pourrait-il se glorifier, alors que c’est de Dieu qu’il a reçu non seulement tous les biens qu’il possède, mais encore tous ses dons personnels.... J’ai partagé, je l’avoue, il y a bien longtemps l’erreur des prédestinatiens . . . . et je ne crains pas d’avouer ce péché, j’avais à ce moment quelques bouffées d’orgueil, mais depuis lors j’ai appris bien des choses et en considérant l’orgueil auquel j’avais pu me laisser aller dans la doctrine du serf-arbitre et la modestie que m’inspire ma conviction actuelle, je tiens plus encore ma conviction pour vraie. Et, pour résumer ma pensée, j’affirme que tous ceux qui sont sauvés, le sont par une disposition providentielle et gratuite de Dieu, sans que leur mérite y soit pour quelque chose. Mais ceux qui se perdent, se perdent uniquement parce qu’ils refusent d’obéir aux commandements de Dieu. Cela seul, à mon sens, est la cause première et dernière de la perdition de l’homme.»

Ces quelques extraits permettent de se faire une idée du souci qui hantait Castellion. Persuadé

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2 Bonus hoc est Deus. C’est la définition que donne la Théologie ger • manique.

l’optimisme

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