‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 131 sur 155 · REPARAÎT · texte numérisé non relu

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grand nombre que, de 1587 à 1613, il fut réédité cinq fois. Le titre changeait parfois, mais le fond restait le même. La préface de l’édition que j’ai sous les yeux commence par une déclaration dont la hardiesse est bien digne de l’auteur qu’on traduit : « Audessus de toutes les manifestations de V intelligence, lecteur ami de la liberté chrétienne, il faut louer Vintelligence critique ! » Et puis, sans transition, le traducteur écrit :

« Un petit livre m’est tombé entre les mains, qui s’intitule Conseil à la France désolée. Il est si attrayant, si plein de suggestions heureuses, que je ne puis m’empêcher de vous le faire connaître .... Il est de Sébastien Castellion, un grand érudit ès langues, un docte et fervent chrétien. Là certes, on trouvera une intelligence critique aiguisée ! . . . . La France n’a trouvé une paix relative qu’en faisant usage des remèdes qu’il ordonne. Je veux, à mon tour, vous prévenir contre les sollicitations de ces docteurs séditieux et tyranniques qui vous proposent de redoutables remèdes. Us en proclament l’excellence. Mais en réalité, ces remèdes vous tueraient. Que tous ceux qui ont mis leurs flèches au carquois se tiennent bien serrés s’ils ne veulent périr. Il est essentiel, absolument essentiel que rien ne nous sépare.»

Le traducteur n’ignore pas qu’on a poursuivi Castellion de calomnies nombreuses. En Hollande même, ses adversaires calvinistes ont essayé de ruiner son influence. Aussi sent-il le besoin de citer ici toute une série de témoignages, qui exaltent la science et la piété du persécuté de Bâle.

C’est ainsi que commence, dans ce qu’on a appe-

LA RÉFORME DE LA RÉFORME

lé la Genève du Nord, la Réforme de la Réforme calviniste. Mais le Calvinisme était trop puissant dans les Pays-Bas pour se laisser entamer par ces exhortations pacifiques. Et quarante ans après, en rééditant ce petit livre, l’éditeur donnera en exemple une nation catholique où le prince semble s’être inspiré de l’esprit de Castellion :

« Regardez la France. Ne nous offre-t-elle pas une preuve manifeste de l’excellence du conseil de Castellion ? Que Théodore de Bèze qualifie tant qu’il voudra ce grand méconnu « d’homme sans culture et grossier. » Il n’en reste pas moins que son Conseil est le conseil d’un sage. Il a été si utile à la France désolée, qu’en le suivant, elle s’est libérée de ses terribles guerres intestines et que, maintenant, grâce à la bonté de Dieu, elle vit dans la paix. C’est pour cela que nous avons réédité de livre. » 1

Avec quelle joie le doux apôtre de la liberté religieuse eût entendu ce témoignage et comme cela l’eût noblement vengé des attaques de Théodore de Bèze. Mais ce n’est pas à cela que devait se borner l’influence de Castellion, dans les Pays-Bas. Dès l’an 1581, c’est à une véritable résurrection de sa pensée qu’on assiste. Quel est celui de ses disciples néerlandais qui, le premier, fit connaître ses œuvres? On l’ignorera sans doute toujours. Peut-être même les attaques de Calvin n’y furent-elles pas étrangères et ce serait là encore un de ces imprévus providentiels auquels ne songent pas ceux-là mê-

1 Du Hollandais. Raet aen dat verwoest Francryc 1613.

mes qui se croient dans le secret de Dieu. Quoiqu’il en soit, au moment même où le Calvinisme révisait son arsenal de dogmes et fortifiait son armure, 1 on vit paraître une série de petits livres qui, s’insinuant

D. V. COORNHERT

dans tous les milieux faisaient mystérieusement revivre une hérésie qu’on crovait morte.

Il y avait dans l’entourage immédiat de Guillaume le Taciturne, un homme que sa situation mê-

1 Le premier Synode de Dordrecht avait eu lieu, en 1574. L’académie de Leyde est fondée, en 1575. L’obligation de signer la Confession de foi date seulement de 1586.

LA RÉFORME DE LA RÉFORME

me mettait dans l’obligation de se placer au-dessus des partis : c’était Dirk Coornhert \ Secrétaire des Etats de Hollande. Il avait pu voir, de près et dans d. v. COORNHERT toute leur horreur, ces troubles dont souffrait son pays et il n’est pas étonnant qu’il ait voulu en détruire la cause. Il ne tarda pas à voir qu’elle résidait uniquement dans l’intolérance religieuse et c’est à la libération des consciences qu’il consacra toutes ses énergies . Cette puissance d’asservisement qu’il voyait s’organiser sous ses yeux l’effrayait.

Le sans-gêne avec lequel on se dégageait des promesses faites aux catholiques, le plongeait dans une stupéfaction profonde. A deux reprises, il avait dû fuir la colère de ceux qu’il osait contredire. Il publia trois petits ouvrages concernant la «Permission et les décrets de Dieu. » Il déclarait dans la préface << qu’il n’avait jamais attaqué aucune religion et que cette conduite paraissait insupportable à certaines personnes, et qu’au lieu de lui faire connaître ses erreurs, on le représentait, en son absence, comme un homme infecté et qui avait des 'principes

1 Dirk Volkertszoon Coornhert, né en 1522. mort en 1590. Considéré comme un précurseur d’ARMiNics. Il s’éleva contre les Confessions de foi obligatoires et repoussait l’autorité du magistrat, en matière religieuse. Se plaçant volontairement au-dessus de tous les partis, il était suspect à tous. Il eut des discussions très vives avec 2 pasteurs de Delft, puis avec le professeur Sara via. Philosophe et moraliste, il exerça une grande influence. Entre autres ouvrages, il publia une critique du catéchisme néerlandais, en 1582; un traité concernant la répression des hérétiques, en 1590 ; et un livre sur la Prédestination, à la même époque.

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