‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 140 sur 155 · ET L’HOMME PIEUX · texte numérisé non relu

ET L’HOMME PIEUX

malgré l’ordre du Christ, dans leur zèle à sarcler l’ivraie, avant le temps de la récolte, arrachent à pleines mains les tiges de froment. » Et, après avoir cité le classique exemple de Gamaliel, et fait une rapide allusion à la pacification de la France, il en vient à parler de l’auteur du Conseil à la France désolée qui fut « si bon prophète, le pieux et savant professeur de l’université de Bâle. »

Sébastien Castellion, écrit-il, avait surpris l’Ennemi, le Malfaiteur, le Criminel en train de se livrer à son œuvre néfaste. Il l’avait vu s’insinuer dans les églises chrétiennes et y semer de nuit les germes de discorde et d’orgueil. Il avait vu se lever la redoutable moisson, au sein de la Réforme et, membre des églises qui s’en réclament, il s’était donné la mission d’avertir et les conducteurs et le peuple. Ses écrits, empreints d’une grande douceur, étaient dignes des préceptes des prophètes et des apôtres. Mais il fût mal récompensé de son zèle. Il fut en butte à d’odieuses calomnies. On le persécuta jusqu’à sa mort. On a poursuivi sa mémoire par tous les moyens. Et pourtant il a rendu à V église d'inappréciables services, il a révélé à tous les croyants le secret des criminelles disputes qui nous déchirent. Il a percé à jour ces fallacieuses doctrines de la prédestination et du salut qui obscurcissaient la vérité évangélique ! Il a dévoilé l’ambition de ceux qui, sous prétexte de piété, veulent contraindre les consciences.

Et c’est parce que ces funestes et redoutables doctrines menacent de s’implanter en ce pays, que j’ai cru qu’il était nécessaire et vital pour notre patrie, de réunir les livres et les manuscrits de cet homme pieux et savant, de les traduire en notre langue maternelle et de les répandre dans le peuple, en une seule fois. Je place mon édition sous la haute protection de vos Seigneuries et je vous prie, Nobles, Hauts et Puissants

LA RÉFORME DE LA RÉFORME

Seigneurs, d’agréer l’hommage de mon œuvre et de la protéger contre la malveillance et la calomnie. » 1

Cette adresse et cette supplique montrent assez l’espoir qu’on mettait en la pensée de Castellion. ISPest-il pas étrange que les livres hollandais qui traitent de la Eéforme et de la genèse des idées libérales dans les Pays-Bas aient, jusqu’à aujourd’hui, gardé le silence sur ces documents ? — Le traducteur qui signe ouvertement son œuvre, présente chacun des ouvrages de Castellion aux lecteurs. Nous ne pouvons reproduire ici ces introductions, mais nous croyons nécessaire pourtant d’en signaler quelques extraits qui en marquent la tendance et nous révèlent nettement l’esprit du temps.

A propos du « Traité de la calomnie 2» l’éditeur observe que « les faux docteurs, et les pharisiens hypocrites ne sont pas tous morts avec le monde ancien. Il en est de nos jours, hélas, qui se révèlent avec audace. » Et il ajoute ces conseils de sagesse :

« Aussi, cher et pieux lecteur, soyez prudent. Gardez-vous des pasteurs qui, au heu de panser les blessures, se font meurtriers. . . . Sondez les esprits. N’accordez pas à la légère votre confiance à tous ceux qui viennent vêtus d’humilité. Un loup déguisé n’est pas une brebis. Les brebis ne mangent pas les loups,. ... et c’est aux fruits qu’on reconnaît l’arbre.»

1 Du hollandais. Opéra Sébastian! Gastellionis, voor Pietek Abektsz. Boeckveroooper. . . .

2 II avait déjà paru en Hollande une édition latine du «de calumnia» en 1592, sous le titre de Anti-Inquisitor contra calumniam, etc.

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