‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 141 sur 155 · UN VRAI CROYANT · texte numérisé non relu

UN VRAI CROYANT

A propos du Traité inédit, concernant la prédestination, le traducteur se livre à une critique acerbe de ceux qui, sous prétexte de métaphysique, bouleversent toutes les valeurs morales, « au point qu’on ne sait plus, dans l’Eglise Réformée, s’il est bon de tendre de tout son pouvoir à la perfection ! Les docteurs calvinistes affirment que c’est de V inconscience et de l’orgueil. »

« Et pourtant, en toute sincérité, y a-t-il un bien qui puisse l’emporter sur la volonté d’obéir, de renoncer au mal, de se consacrer au bien, en s’unissant au Christ, qui est venu pour ôter les péchés des hommes ? Non, n’est-ce pas ?

Eh! bien, c’est là un mal, paraît-il. Quelqu’un qui mit toute sa foi (non en lui-même) mais en Christ pour acquérir ce bien, fut traité d’hérétique et abreuvé d’injures. C’est que, pour nos Calvinistes, c’est un mal, une grande honte, une redoutable hérésie que d’aspirer à la perfection, de toute sa sincérité, de toute sa volonté, et de toute sa foi en Jésus Christ ....

Castellion avait clairement discerné toutes ces choses et pour atténuer la portée de ces tristes doctrines, il écrivit le livre que je vous présente. Il se proposait de l’éditer pendant sa vie. Mais il nourrissait si peu d’ambition dans son âme qu’il a écrit son livre comme s’il n’en était pas l’auteur. Ecrivant seulement pour émettre du vrai, il espérait que ceux qui le liraient ne seraient pas prévenus contre sa pensée et qu’ils tomberaient, de la sorte, dans les mailles ténues de la vérité qu’il servait. J’ai trouvé son livre si remarquable, si évangélique, si édifiant, que. ... je n’ai pas pu cacher et garder pour moi ce précieux butin. C’est du pain de vérité et de vie qui doit aller à tous ceux qui ont faim. Et c’est pour cela cher lecteur, que je l’ai traduit en hollandais, espérant qu’il

LA RÉFORME DE LA RÉFORME

servirait à l’édification de votre âme et favoriserait votre communion avec Christ.»

Est-il nécessaire de multiplier ici les documents pour démontrer un fait qui, désormais, s’impose ? Toutes ces éditions datent de 1613.

Les docteurs calvinistes, outrés qu’on permît, en Hollande, des publications que Calvin avait formellement interdites, protestèrent avec tant d’indignation que les Etats s’émurent, et sur l’initiative de Hugo de Groot, prirent la résolution d’interdire « de prêcher soit sur la doctrine qui exclut la grâce dans la conversion de l’homme, soit sur celle qui fait Dieu auteur du péché. » La lutte cependant persista. Le Synode de Dordrecht, 1 devait la trancher au profit des Calvinistes qui avaient la majorité. Plus de 200 pasteurs remontrants, furent bannis. Hugo de Groot fut emprisonné. Le Calvinisme triomphait. Mais l’idée était lancée dans le monde. Cette dispersion, hors des frontières de Hollande, de 200 pasteurs, pénétrés de la féconde doctrine, fit plus, pour son expansion, que leur activité pastorale dans le milieu où elle se serait limitée.

Le coup d’Etat des Calvinistes, n’avait pas d’ailleurs tué « V esprit » de leurs adversaires. Il demeu-

1 Les discussions du Synode durèrent plusieurs mois (du 13 Novembre 1618 au 9 Mai 1619).

rait dans l’Eglise. Il y était même si vivant qu’ils durent, à maintes reprises, s’armer des foudres ecclésiastiques, pour remettre au pas les indépendants.

DT”! üûe <<graV6 » affaire’ traitée au Synode de Delft, nistes nous montre que le levain « castellioniste » travaille encore les milieux réformés. IJn pasteur Th. Boom comparaît devant le Synode : une accusation redoutable pèse sur lui. Il a osé traduire les Annotations de Castellion sur le ch. IX de l'Epître aux Romains. Les motifs sont, pour le moins, curieux : « Il avait exhumé du sépulcre les os puants de Castellion. A II avait ressuscité des erreurs qui, sans lui, n’auraient pas à nouveau troublé le peuple et les églises de Hollande. Sommé de regretter son acte, il répondit que « Castellion était digne de toutes sortes de louanges. » Il allégua le bon témoignage que lui avait rendu 1 Université de Baie. Il cita des lettres de Melanchton .... etc 2. Mais il consentait à regretter son acte, étant donne le temps où il vivait.

«Qu’entendez-vous par ces mots ? lui demanda-t-on.

— «J’entends, répondit Boom, une époque où tout ce qu'on fait de bien et tout ce qu'on dit de vrai est immédiatement interprété de telle sorte qu'on en fait une erreur ou un crime». 2

Quod foetentia Gastalionis ossa e sepulchro produxerit. (Salom. Théodotus in Paoificatorio dijecti Belgii (page 103).

2 Du hollandais — His. de la Réf. Beandt XXXVII.

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Devant cette réponse et « considérant » que Boom persistait à tenir Castellion pour un homme pieux, alors que le Synode le tenait pour un « brouillon» ; considérant qu’en rééditant les rêveries dangereuses de ce « brouillon », Boom avait troublé le peuple et les églises, le Synode le déposait de ses fonctions pastorales 1.

La citation qu’ Uytenbogaert faisait de Tacite se réalisait : «Ils font la solitude et nomment çà la paix. » Le système du bâillon triomphait dans les églises de la Réforme : l’Index y sévissait avec la même rigueur qu’à Rome. La libre recherche et la foi libre y étaient aussi suspectes. L’autorité ecclésiastique édictait solennellement les formules que devaient s’assimiler les fidèles et signer les pasteurs. Le jour allait venir où les magistrats de Kampen, animés d’un saint zèle calviniste, allaient brûler en effigie , dans une hôtellerie, l’hérétique Coornhert 2. »

A Genève, on ne se contentait pas de ces simulacres, et c’est en réalité qu’on brûlait, pour hérésie, un malheureux atteint d’aliénation mentale qui avait eu, dans ses heures de lucidité, des paroles peu conformes à la doctrine. Le dogme et l’esprit calvinistes régnaient sans conteste. Tout était pour le mieux dans la meilleure des entreprises d’asser-

COORNHERT BRÛLÉ EN EPFIoiE

1 Du latin. Bayle. Diot. philos. Art. Gastalio.

2 Histoire de la Réforme Brandt Tome II page 232.

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