ŒUVRE DE LIBÉRATION HUMAINE
vissement des consciences réformées. L’âme de Calvin et celle de Théodore de Bèze semblaient pouvoir dormir tranquille. Tout, dans l’église qu’ils avaient édifiée, semblait aussi tranquille et aussi mort que dans leur tombeau.
Mais on ne bâillonne pas l’Esprit. Et dans la mesure où Castellion s’en était fait l’écho, Castellion devait survivre.
Les Eemontrants rentrèrent en Hollande, en 1625. Ils furent officiellement autorisés à prêcher leur doctrine x. Mais, désormais, les principes dont ils s’étaient fait, un instant, l’écho et les serviteurs, étaient lancés dans le monde : ils ne leur appartenaient plus, pas plus d’ailleurs qu’ils n’appartenaient à Castellion : ils tendaient à devenir les principes de l’humanité consciente et c’est la Eévolution de 89 qui allait continuer l’œuvre de libération.
Les Eemonstrants de Hollande n’avaient pas épuisé la pensée du Eéformateur. Ils avaient adopté sa dogmatique évangélique et proclamé ses principes de tolérance mutuelle, mais ils avaient laissé de côté tout ce qui aurait pu les compromettre. Or il se trouve qu’aujourd’hui, que nous nous sommes
1 C est à ce moment que se formèrent les Eglises remonstrantes.
LA RÉFORME DE LA RÉFORME
dégagés de la terminologie piétiste du XVI ème siècle, c’est sur ce qu’ils ont volontairement laissé dans l’ombre que la conscience moderne se penche le plus volontiers.
Certes, il est loin de ma pensée de méconnaître la valeur et la portée de ces principes de libération religieuse et de cette ardente piété qui, ramenant tout à Dieu et au Christ, ont fait au cours des siècles tant de héros et de martyrs. J’ose même affirmer qu’au cours des siècles de persécution, ce n’est pas la doctrine de Calvin qui montait sur les bûchers, ou qui s’exprimait sur les roues, c’est la doctrine de Castellion. Les martyrs de la foi n’ont pas été soutenus par la doctrine de la prédestination qui n’aurait pu que leur faire maudire leur Dieu : ils étaient soutenus par cette adorable certitude spirituelle que Dieu se penche sur tous ceux qui le cherchent, qu’il fortifie tous ceux qui le suivent, éclaire et béatifie tous ceux qui, volontairement et librement , meurent pour lui rester fidèles.
Et c’est bien là, la grande doctrine, huguenote, l’apaisante doctrine évangélique que Castellion soutint, jusqu'à la mort, contre Calvin.
Je vais plus loin, j’affirme, sans qu’il soit nécessaire d’y insister, qu’aujourd’hui, l’orthodoxie protestante des Eglises de la Réforme, dans sa presque totalité, a rejeté, consciemment ou non, les idées de Calvin et professe, avec une bonne foi touchante