LE CALVINISME NAISSANT
règne pas encore ; pourtant, il est déjà, sinon tout entier, au moins en germe, dans le certificat que Calvin délivre à Castellion. Il s’y manifeste même avec une touchante naïveté. L’autorité ecclésiastique s’v substitue, avec candeur, à l’Esprit de Dieu et à l’autorité de l’Evangile.
Ce n’est pas Castellion qui, obéissant à l’appel de l’Esprit, se consacre librement et volontairement au ministère pastoral: «c’est nous, dit Calvin, qui le destinions aux fonctions de «pasteur». On ne demande pas à Castellion s’il veut servir le Christ de l’Evangile et si sa conviction est édifiée sur l’enseignement de Jésus : «îlouslui demandons, écrit Calvin, s’il est d’accord avec nous sur tous les points de la doctrine». Ce n’est pas au texte on à l’esprit de l’Evangile qu’on entreprend de l’amener: «ISTous avons entrepris, écrit Calvin, de 1 amener.... à notre opinion». Le futur ministre de l’Evangile, Castellion, n’avait pas à se demander si tel ou tel article du soi-disant symbole des Apôtres est contraire a 1 Evangile : «il devait lui suffire, écrit Calvin, que notre interprétation n eût rien de contraire à la saine doctrine».
Nous'. Notre'. Nous', toujours nous ! Pour qui sait ce qu’était à Genève l’influence de Calvin, ce pronom personnel ou possessif est un pluriel qui pourrait n’être que singulier : peut-être même le document gagnerait-il en sincérité si, au lieu
CASTELLION À GENÈVE
du mot nous ou lisait le mot moi. La personnalité de Calvin s’impose déjà avec une telle puissance qu’il est, aux yeux d’un grand nombre, l’incarnation de la Réforme. Son moi impérieux tend à devenir la mesure de tout : «Le moment n’est pas loin où résister à Calvin sera, pour Calvin, résister au Saint Esprit». 1 Le Réformateur Genevois n’est plus l’ouvrier de la Réforme, il n’est plus le libérateur d’âme, il est le fondateur, l’organisateur, le défenseur jaloux d’un nouveau dogmatisme ecclésiastique qu’on appellera le Calvinisme et qui, à quelques détails près, n’est pas autre chose qu’un succédané du catholicisme d’un Saint Augustin.
Calvin désormais ne tolérera plus qu’on soit d’un autre avis que lui. Castellion a l’absolue conviction qu’il est dans le vrai ; Calvin a la conviction qu’il possède le vrai absolu et c’est ce caractère d’absoluité qui s’attache, pour l’un à la conviction seulement, et pour l’autre à la vérité possédée, qui marque le point de séparation et qui explique les deux attitudes.
On a beaucoup parlé de l’humilité de Calvin et il ne manque guère l’occasion d’en parler luimême. Il n’est rien, semble-t-il, qu’il condamne avec tant de vigueur que l’orgueil ou la confiance
l’htjmilité