‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 21 sur 155 · SPIRITUELLE ET CALVIN · texte numérisé non relu

SPIRITUELLE ET CALVIN

1 Buisson : page 205.

en soi, ou la certitude puisée dans des recherches personnelles. A maintes reprises, nous l’entendons recommander à Castellion de ne pas «se fier «plus que de raison à son propre jugement».

Quelques jours après la séance, *au cours de laquelle il s’était opposé à la candidature de Castellion, Calvin écrit à Viret :

«Je rends justice à son talent et à sa science. Mais je voudrais seulement que l’un fût joint à plus de jugement et que l’autre fût tempéré par la sagesse. Je voudrais surtout qu’on pût le guérir de cette confiance illimitée que lui inspire une instruction limitée». 1

Déjà, à propos de son projet de traduction du Nouveau Testament, Castellion s’était vu admonester de cette façon. Or, nous savons aujourd’hui combien les traductions de Castellion sont supérieures à celles de Calvin. Dans le fragment de lettre à Viret que nous venons de lire, Calvin fait allusion au Cantique des cantiques et à l’interprétation de la descente de Jésus aux enfers. Castellion, se refusant à voir, dans le Cantique des cantiques, l’Union mystique de l’église et du Christ, ou bien, dans la descente de Jésus aux enfers, un simple frisson de conscience, montrait une suffisance insupportable: «Il conviendrait «qu’il se guérît de cette confiance illimitée que

1 Opp. Calvini : Tome XI

CASTELLION À GENÈVE

«lui inspire une instruction limitée.» Et Calvin qui taxe si légèrement les autres de suffisance, après avoir exposé son point de vue concernant ces questions, écrit: «Je supporterai sans peine «les railleries. . . . quant à être réfuté par de bonnes «raisons, je ne le crains pas.»

Or, il se trouve que la science exégétique a donné tort à Calvin sur toute la ligne. Il n’est pas un seul des griefs qu’il faisait à Castellion qui ne tourne à sa confusion personnelle. Calvin qui écrivait si superbement à Viret qu’il ne craignait pas d’être réfuté par de bonnes raisons, ne se fiait-il pas «plus que de raison à son propre jugement ? » I^’eût-il pas fallu que sa science fût tempérée par un peu plus de «sagesse» et n’eût-il pas été désirable qu’on pût le guérir «de cette «confiance illimitée que lui inspirait une science «limitée » ?

Que de luttes, que d’abus de pouvoirs, que de condamnations arbitraires, que de crimes eussent été épargnés aux églises, issues de la Réformecalviniste, si Calvin avait eu un peu de cette humilité d’esprit qu’il recommandait si abondamment aux autres ! Tous cependant ne se trompaient pas sur les responsabilités de Calvin, dans ce triste débat qui fermait la chaire chrétienne à un des plus purs représentants de l’esprit de la Réforme. Virefc, sans doute, lui a déjà présenté quelques

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