‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 22 sur 155 · L’ AUTORITARIS¬ ME DE CALVIN · texte numérisé non relu

L’ AUTORITARIS¬ ME DE CALVIN

timides observations. Eibit 1 ne lui dissimule pas son sentiment et insiste très vivement sur ce fait «qu’on n’aurait pas dû mettre Castellion de côté. » Il lui fait comprendre, en plaisantant, qu’il est de l’avis de Castellion et ses railleries irritent profondément Calvin:

«Je voudrais, écrit-il à Viret, obtenir de vous autres que vous ne me tourmentiez plus à propos de Sébastien ; c’est un homme qui, autant que je peux en juger par nos entretiens, a sur mon compte des idées telles qu’il est difficile que l’accord se rétablisse jamais entre nous !»

Ici la raison invoquée n’est plus dogmatique ; il ne s’agit plus de 1’interprétation d’un dogme du symbole ou de la canonicité d’un livre de la Bible : le motif invoqué est net et bien des choses s’éclairent qui étaient encore dans la pénombre. Quelles pouvaient être les idées que Castellion se faisait sur le compte de Calvin et qui lui semblaient si graves qu’aucun accord n’était possible désormais ? Calvin s’en explique dans une nouvelle lettre à Viret. 2 «Sébastien, écrit-il, s’est mis dans l’esprit que j’ai le désir de dominer.» L’étonnement de Calvin est intéressant. Il a le sentiment de n’avoir rien fait qui puisse donner lieu à un semblable jugement, tandis que Castellion «l’a

1 Jean Ribit, professeur de grec à Lausanne, dont le renom était très grand à Berne et à Genève.

2 2ti Mars 1549.

CASTELLION À GENÈVE

obligé à le juger ambitieux et chercheur de difficultés». Calvin, en écrivant cela, est parfaitement sincère. Il n’a pas conscience de son autoritarisme ; ce n’est pas lui qui commande: c’est la Vérité elle-même dont Calvin est le hérault et le défenseur.

Le veto qu’il oppose à l’admission du jeune professeur au ministère pastoral revêt à ses yeux le caractère d’une véritable obligation. Comme Eibit le pousse à revenir sur sa décision, il lui répond avec sa vivacité ordinaire: «Je suis prêt «à quitter la place, et volontiers, mais on ne doit «pas me faire violence et m’obliger à l’admettre «contre ma conscience». Ceci met au point tout le débat. Calvin veut qu’on respecte sa conscience, il ne veut pas qu’on l’oblige et qu’on lui fasse violence. Il est le dernier des protestants de son Eglise. Il revendique les droits de sa conscience, mais sa conscience lui fait un devoir de ne pas respecter les droits de la conscience des autres. Et tous ceux qui oseront émettre une opinion contraire à la sienne seront ou des ambitietix ou des chercheurs de difficultés. C’est si simple, en effet, d’être de son avis. — Calvin ne devait jamais comprendre qu’on pût le croire autoritaire.

Quoiqu’il en soit, son veto était pour Castellion un coup bien douloureux. Il eut avec Calvin des explications pénibles. Le Consistoire était d’avis

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