LE SUCCESSEUR DE CASTELLION
ministres ont dit. Mais il faut croire que l’ironneur de Dieu, quand il était invoqué par Castellion, ne préoccupait guère Calvin, puisqu’il n’insiste pas pour qu’on l’entende. Le Conseil décide de maintenir sa sentence. Aussi bien, c’était une peine légère. Eh, quoi ? Tant de bruit pour un résultat semblable "? Le Conseil n’exige ni amende honorable, ni rétractation, et la suspension n’est même pas définitive ? S’il plaît au Conseil, dans quelques jours, Castellion peut être rétabli dans sa charge ?
Les ministres ne sortent pas très brillants de cette échauffourée et ils en sont fort déçus ; mais le temps arrange bien des choses : ce que les juges n’ont pas voulu faire, les adversaires de Castellion le feront plus tard. Us corrigeront, devant la postérité, la sentence trop bienveillante et, pieusement, ils répéteront, dans tous les milieux réformés, «que Castellion avait été convaincu de manifeste malice et de calomnie», que la justice lui imposa l’obligation «de reconnaître sa faute et lui ordonna de sortir immédiatement de la ville 1. »
Cependant Castellion, revenu dans son Collège, reprenait ses leçons, mais le lendemain, 13 Juin, il écrivait aux syndics, leur annonçant sa volonté de résigner «son poste au plus tôt». Les pour-
1 Théodore de Bèze — Vie de Calvin.
CASTELLION À GENÈVE
parlers pour la nomination du nouveau Principal traînent en longueur. Enfin le Régent, Maître Charles D amont, est nommé et il prête serment, le 11 Juillet. Le lendemain, Castellion lui remet ses pouvoirs, et les procès-verbaux du Conseil portent cette mention : «Maître Bastian, Régent des Ecoles, suivant le congé que paravant a demandé 1, a cessé de régir les écoles et, . . . . ayant entendu que l’on est pourvu d’un Régent, a prié y mettre fin, pour ce qu’il désire .... partir. » Ce compte-rendu fait bonne justice des appréciations tendancieuses de ses détracteurs. C’est Castellion lui-même qui demande qu’on mette fin à une direction qui ne lui donne plus aucune joie.
Le 14 Juillet 1544, il prend congé des syndics et, l’inventaire de l’école terminé, Castellion se dispose à quitter Genève. Mais, comme s’il avait l’intuition de ce que, plus tard, ses adversaires tireront de ces incidents, il demande aux ministres et à Calvin une sorte de certificat, destiné à mettre les choses au point. Calvin, trop heureux d’être délivré de son inquiétante présence, accueille avec plaisir sa demande et lui délivre ce certificat dont nous avons reproduit de larges extraits à propos des discussions concernant la descente aux