‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 31 sur 155 · LES VRAIS MOTIFS DE CASTELLION · texte numérisé non relu

LES VRAIS MOTIFS DE CASTELLION

Mais peut-être ce /point de vue dans lequel ils se sont volontairement cantonnés les obligeait-il à laisser de côté la pensée évidente que trahit l’originale tentative de Castellion.

Ce n’est pas sans danger qu’on étudie l’homme plus que le document, ou le document plus que l’homme. On court le risque, en séparant l’homme du savant, de laisser tomber, entre les deux, la pensée initiale et génératrice qui éclaire et explique le tout. Il serait exagéré et injuste de dire que Mr Buisson, dans sa résolution d’étudier l’homme plus que le document x, a méconnu sa pensée génératrice, mais il présente cependant Castellion comme un érudit curieux et hardi dont le calme trahit «plus de candeur que de courage». C’est possible, mais cette voie est redoutable. A vouloir présenter Castellion comme un être de simplicité qui n’a pas une notion exacte de la portée de ses audaces, on risque de méconnaître ce qui précisément constitue sa puissante personnalité et de dénaturer l’énergique dessein qu’il nourrit.

Les Réformateurs de Genève ne s’y sont pas trompés, et cela seul explique leur levée de boucliers et leur tenace ressentiment: «Qui n’est pas avec eux est contre eux ». Ils comprennent que c’est con-

«En toutes ses œuvres et même dans ses deux traductions, colossale entreprise d’érudition philosophique et théologique, c’est l’homme plus que le document qui nous attirait.» (F. Buisson, page 291).

LE RÉFORMATEUR LIBÉRAL

tre eux que se dresse Castellion et il le fait d’ailleurs avec une netteté qui ne laisse aucun doute sur sa pensée. Loin de méconnaître les effets de ses conclusions hardies ou d’en atténuer l’expression, on dirait qu’il met une certaine coquetterie à les rendre plus manifestes.

Calvin, considérant la Bible comme la parole de Dieu, conclut naturellement qu’elle est absolue et éternelle. Or voici ce qu’écrit Castellion :

«Je ne me fais pas un cas de conscience de dire qu’il a disparu ici un ou deux mots puisque nous savons que des livres entiers ont péri. Mais, dit-on, la parole de Dieu demeure à jamais. Oui, c’est-à-dire que sa volonté s’accomplit nécessairement. Quant à entendre cela des livres eux-mêmes, c’est vraiment faire trop d’honneur au parchemin et aux copistes. »

Pour Calvin, les livres sacrés, étant l’expression de la pensée de Dieu, sont d’une lumineuse clarté. Castellion avoue qu’il y a de très nombreux passages où il ne «voit goutte», et encore ne signalet-il pas toujours, dans sa traduction, ces obscurités du texte, car «ce serait une chose infinie». Pour rendre la pensée biblique plus claire, il a l’audace d’ajouter des notes explicatives. Ces audaces mettent les Réformateurs de Genève dans une folle indignation. Calvin et Bèze ne tarissent pas : des notes explicatives à la parole de Dieu! Ce «brouillon» annotant des textes sacrés !

Calvin affirme l’inspiration littérale de la Bible.

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