‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 32 sur 155 · LES DEUX MÉTHODES · texte numérisé non relu

LES DEUX MÉTHODES

Castellion distingue nettement entre la lettre et l’esprit et affirme que la «lettre est comme une boîte, cosse ou coquille de l’esprit 1. » En dépit des défenses de Genève, il prend la liberté grande d’examiner cette cosse et de décortiquer l’esprit :

«Et comme les bêtes peuvent bien voir le corps d’un homme et ouïr sa voix, mais elles ne peuvent voir son âme ni entendre son parler (sinon quelque peu de mots, voire à grand peine . . ) ainsi les méchants peuvent bien voir la lettre et ouïr les mots des Saintes Ecritures et voir ce qui y est raconté, commandé ou défendu : mais quant à V esprit de la lettre et où c’est que veut aller férir la pensée de Dieu, les méchants n’y entendent rien à cause qu’ils n’ont pas l’Esprit de Dieu.»

L’Esprit de Dieu vit seulement dans l’âme de tous ceux qui se laissent guider par lui, avec foi et humilité. L’humilité de cœur et d’esprit est une nécessité primordiale ; l’orgueil spirituel qui pontifie et condamne est un signe manifeste d’infirmité intellectuelle. Malgré l’assurance qu’ils montrent, les autoritaires dont la superbe ne supporte pas la contradiction, n’ont pas l’esprit de Dieu. C’est la relativité de la connaissance qui pointe, à travers ces lignes, et nous la verrons bientôt se développer et s’affirmer de magistrale façon. La foi, telle que l’entend Castellion, n’est pas l’adhésion de l’esprit aux formules des théologiens. Il n’a pas encore proclamé la distinction entre la foi et la croyance mais

1 Bible française.

LE RÉFORMATEUR LIBÉRAL

déjà, dans la préface de sa Bible française, on sent qu’il tient la croyance pour une opération de l’esprit, et la foi pour une attitude de l’âme, un acte de confiance et d’amour :

«Ceux qui, par la foi, viennent au Christ sont humbles et prêts à laisser le jugement de la chair ; ils assujettissent leur volonté à celle de Dieu, étant tout prêts à faire ce qu’il commandera, doux ou amer, léger ou pesant, sans aucunement y contredire ni même contrepenser. Car la foi purifie le cœur et fait l’homme participant de la nature divine ; d’injuste elle le rend juste ; de désobéissant, obéissant ; de charnel, spirituel; de terrestre, céleste; et de mauvais, bon....»

C’est à ceci qu’on reconnaîtra les hommes de foi si leur cœur est purifié, s’ils participent à la nature divine, s’ils sont justes, obéissants, bons, animés de sentiments élevés et préoccupés des choses de l’esprit. On ne pouvait s’opposer plus nettement au confessionnalisme étroit des Réformateurs de Genève, mais ce qui devait soulever à Genève le plus d’indignation, c’était cette théorie de l’interprétation biblique qui laissait à la conscience individuelle seule le droit de se prononcer. L’Esprit rend témoignage dans l’âme de chacun ; c’est par la raison, le cœur et la conscience qu’il parle ; aucune autorité humaine ne peut abolir son témoignage intérieur.

Ce n’est plus seulement la revendication du libre examen : c’est le libre examen à l’œuvre ;

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