‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 34 sur 155 · EXÉGÈTE · texte numérisé non relu

EXÉGÈTE

en lumière les sources du Pentateuque, mais le point de vue de Castellion était, pour l’époque, d’une très grande hardiesse.

le C’est d’ailleurs de son attitude vis-à-vis de la Bible qu’est sortie la critique sacrée. Les exégètes modernes font remonter l’origine de leur science à Richard Simon ou à Cappel. Ni les partisans de Cappel 1 ni ceux de Richard Simon 2 ne peuvent invoquer cet honneur pour le critique qu’ils affectionnent : c’est à Castellion qu’il revient. Le premier, il a ouvert les voies à l’exégèse biblique et Richard Simon, qui a étudié de très près ses notes critiques, le cite dans tous ses ouvrages et

1 Louis Cappel, né en 1585, près de Sedan. En 1674, il est nommé professeur d’hébreu à Saumur : « Louis Cappel, écrit ML J. A. I}ost, dans son Dictionnaire d’histoire ecclésiastique , ne craignait pas de voir la foi compromise par les vérités ecclésiastiques et historiques. . . Il posa les bases de la critique moderne en établissant. . . . que le texte reçu n’est pas toujours le texte primitif et qu’il a pu être altéré avec le temps par les copistes ou par d’autres circonstances. Ces assertions, toutes nouvelles , (Castellion les avait formulées depuis plus d’un demi-siècle) soulevèrent de vives controverses. »

Un détail édifiant : « Le plus savant ouvrage que nous ayons sur les diverses leçons du Vieux Testament, écrit Richard Simon, est le livre de Louis Cappel, ministre et professeur à Saumur, intitulé Critica sacra. Il est vrai que ce livre déplut tellement à ceux de sa Religion, qu’ils en empêchèrent l’impression jusqu’à ce que Jean Cappel (son fils) qui s’était, depuis peu, fait catholique, obtint un privilège du Roi pour imprimer le livre de son père. « (Hist. crit du V. T. p. 8) N’est-ce pas caractéristique ? La censure calviniste, dans une église de libre examen, était plus rigoureuse que la cen sure romaine, dans une église d’autorité.

Richard Simon, né à Dieppe, en 1638. Il se rattacha à l’ordre des Oratoriens. Savant et critique, on le considère généralement comme le fondateur de 1 exégèse biblique. Il avait des vues très hardies : il attribuait le Pentateuque à Esdras.

LE RÉFORMATEUR LIBÉRAL

montre comment, alors que la science exégétique n’était pas encore née, «Castellion ne fait aucune difficulté de corriger quelquefois les textes hébreux selon les règles de la critique. . . . »x Et c’est sans hésitation qu’il le place à la tête des plus habiles exégètes du Nouveau Testament. 1 2

Castellion n’ignorait pas qu’il s’exposait aux le dogmatisme

DE CALVIN

foudres de Calvin. Il connaissait son intransigeance, il savait que Calvin n’admettait la liberté chrétienne qu’à la condition qu’elle s’arrêtât au point précis où s’arrêtait «son hérésie.» Il avait lu les conseils que Calvin avait donnés, en 1548, au duc de Somerset «pour obvier à la légèreté des esprits fantastiques qui se permettent trop de licence.» Il connaissait «le moyen bon et propre» que recommandait le Réformateur de Genève «pour couper la broche à toute curiosité nouvelle de ceux qui ne demandent qu’à extravaguer. » 3

Il n’ignorait pas qu’il était interdit de professer une opinion contraire soit à la Somme de la doctrine calviniste «que tous doivent prêcher», soit à

1 Hist. crit. du Vieux Testament. Page 326. Et ailleurs, page 349 : « La version française de Castellion a été imprimée, en 1555, avec des Notes , pour éclaircir les endroits obscurs de son texte : et il est bien éloigné, dans ces Notes, de la Méthode des Docteurs de Genève, où il ne s’arrête pas à faire des leçons de théologie, ni de morale, mais simplement à ce qui regarde le critique. » Richard Simon.

2 Hist. crit. du N. T. page 274.

3 Le 22 Octobre 1648. Lettres françaises de CALVIN-Tome 1 pages 267—273

ce « formulaire commun d’instruction» qu’était son Catéchisme. Il avait appris que c’est en se tenant à ce Catéchisme et à cette Somme que les princes pouvaient aisément «discerner si quelques présomptueux avançaient doctrine étrange. » Et il était sûr que ce reproche de présomption le touchait de près.

oalvin Mais c’est avec stupéfaction qu’il avait lu, répression Lde dans la lettre de Calvin, l’inconcevable conseil l’hérésie par qU’q avait osé donner au duc de Somerset «pour

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