LE GLAIVE
couper la broche à toute curiosité nouvelle»:
«A ce que j’entends, Monseigneur, vous avez deux espèces de mutins qui se sont élevés contre le Roi et l’état du royaume. Le? uns sont gens fantastiques, qui, sous couleur de l’Evangile, voudraient tout mettre en confusion. Le? autres sont gens obstinés aux superstitions de l’Antéchrist de Rome. Tous ensemble méritent bien d'être réprimés par le glaive qui vous est commis, vu qu’ils s’attaquent non seulement au Roi mais à Dieu. ...»
la réaction C’est la première fois que, dans le protestancalviniote pjsme (]e langue française, s’affirme avec autant de netteté cette affreuse doctrine, et Calvin, en donnant à un prince le conseil de réprimer par le glaive l’hérésie naissante, inaugure dans le sein des Eglises de la Réforme les pires méthodes de l’Eglise Romaine. 1 C’est l’appel au bras séculier
1 A ce moment, régnait partout l’Inquisition. En Espagne s’allumaient des bûchers ; dans les vallées vaudoises on massacrait les populations ; dans j es Pays-Bas c’était le régime de la terreur.
LE RÉFORMATEUR LIBÉRAL
et à l’intervention du glaive, en matière de foi. A partir de ce moment, (si extraordinaire que soit le génie de Calvin) le Calvinisme n’a plus rien de commun avec le mouvement de libération spirituelle qu’avait été le protestantisme au commencement de la Réforme. La digue qui déjà se dressait, à l’époque des premiers conflits avec Castellion, devant le flot montant de la libre croyance, prend des proportions massives et menaçantes. La Somme, le Catéchisme et l’autorité consistoriale qui en constituent les puissantes assises ne laissent plus filtrer la moindre nouveauté : le Calvinisme se dresse définitivement contre la liberté de conscience. Il n’est plus une puissance de libération, il tend à devenir une puissance d’asservissement : « Tous, (incrédules et libres
croyants) méritent bien d’être réprimés par le glaive qui est commis aux princes. » Tels sont, en 1548, les conseils de Calvin au duc de Somerset.
Trois ans après, paraissait la Bible latine de Castellion. Elle était précédée d’une préface. «On sait ce qu’étaient les préfaces au XVIème «siècle. Celle de la Bible de Castellion devait «marquer une étape nouvelle. Un homme qui «avait entrepris la traduction de la Bible, comme «une sorte de tâche sacrée et qui 1 avait accomplie «au prix des plus cruelles privations, devait avoir
RÉPONSE DE CASTELLION