PES INITIAUX DE
Li réforme? forme n’existent plus à Genève. Le libre examen est pourchassé comme une suggestion satanique. Le salut par la foi, personnelle et libre, est la plus criminelle des hérésies. Les dogmes calvinistes seuls importent, et le salut, donné de toute éternité à ceux que Dieu prédestine, est le seul qui soit accessible aux croyants. Il n’y a plus trace à Genève du bel élan d’émancipation spirituelle qui avait soulevé
les premiers protestants contre l’autoritarisme papal. Genève est devenue une seconde Rome avec un Chef aussi puissant, aussi infaillible, aussi exclusif et aussi nettement autoritaire. La domination théocratique de Calvin ne le cède en rien à celle de Pie III : et c’est au même titre qu’il se fait pourchasseur d’hérésies et pourvoyeur de bourreaux L Il faut lire la consultation des Eglises suisses qui a eu lieu à cette époque. Dans toutes les lettres de leurs conducteurs se manifestent la crainte sacrée de l’hérésie, la peur d’être accusé de les tolérer et d’encourir, par là, la vengeance divine, la nécessité absolue de les réprimer, par tous les moyens. IST’estce pas là toute la mentalité de Pie III ? Comment s’étonner, dès lors, que Calvin emploie les mêmes procédés d’inquisition et de torture ? « Ah! si l’on n’avait rien à craindre pour ses intérêts, écrivait àBullinger un ami de Calvin, quelles opinions monstrueuses nous entendrions ! 2».
Malheureusement pour le Réformateur, toutes les consciences ne pliaient pas devant leurs intérêts. Il y en avait au moins une, celle de Castellion qui se montrait irréductible. Mais Castellion n’était
1 «S’il fallait quelque part en Europe un homme pour brûler ou pour rouer, cet homme était à Genève prêt et dispos, qui partait en louant Dieu et en lui chantant des psaumes. » (Michelet).
* G. Geat aboli. Opp. Calvini, 14, 649 Octobre 1553.
LA RÉFORME CALVINISTE À L’ŒUVRE
pas le seul à soutenir « ces opinions monstrueuses » qui donnaient par anticipation le frisson au correspondant de Bullinger. Il y avait un autre hérétique, plus dangereux peut-être, sinon plus intraitable : c’était Michel Servet h
michel sebvet Calvin le connaissait depuis longtemps. Il avait eu l’occasion de voir que son omnipotence doctrinale ne s’étendait pas sur l’âme de Servet. Celui-ci, ainsi que Castellion, était venu à la Réforme, comme on vient à une religion de liberté où l’Esprit vivant, se fait annonciateur d’ indépendance spirituelle. Il avait cru innocemment à la Réforme et il en était resté à l’idée génératrice qui en faisait un mouvement spontané d’émancipation religieuse et morale. «Féconde est la puissance de l’Ecriture, s’écriet-il. Sous l’ancienneté de la lettre qui tue est la nouveauté de l’esprit qui vivifie. » Il ne tarda pas à voir que l’œuvre de Calvin était la négation même des principes de la Réforme. Il l’en avertit avec l’espoir
1 Malgré que les faits concernant son arrestation, son procès et sa mort soient connus, il est indispensable, pour la compréhension de cette période troublée de la Réforme, d’en noter ici les étapes essentielles : Michel Servet était d’origine espagnole. Fuyant l’Inquisition de son pays, il se réfugie à Toulouse. Ses sympathies pour la Religion réformée l’obligent à fuir à nouveau. Il entre en relation avec les Réformateurs, en particulier avec ceux de Strasbourg, de Berne et de Zurich. Dès le début, il voit tout ce qui le sépaie d’eux. A Paris, il étudie la médecine et ses recherches scientifiques Fa», mènent à découvrir ce que Michelet appelle «l’arbre de vie, le mystère humain », la circulation du sang. Sa description de la petite circulation, le classe parmi les plus grands savants de son siècle. Il s’installe à Vienne où, en qualité de médecin, il se rend bientôt populaire, par sa science sûre et son inépuisable bienfaisance.
confiant et naïf qu’il comprendrait son erreur :
«Je t’ai souvent averti, lui dit- il, que tu faisais fausse route.... Le Seigneur te donnera de recevoir l’intelligence exacte des choses .... »
Mais Servet ne devait pas garder longtemps cet espoir. Il connaissait, en Calvin, l’homme avec lequel on discute, il allait découvrir bientôt le demidieu à qui on ne pouvait toucher, sans commettre un sacrilège. Avec quelle superbe, Calvin dira plus tard: «Mes amis familiers savent que jamais je ne me suis ému » des paroles de Servet « non plus que du hin-han d'un âne. 1». Mais le grand savant que Calvin traitait de la sorte ne s’en tient pas à de vagues avertissements. Il annote l'Institution chrétienne, et la lui envoie, avec en marge, ses objections ; et elles étaient nombreuses. Calvin s’en plaint amèrement à Viret : «Servet, écrit-il, comme s’il eût humé quelque poison pour le mettre en frénésie, se jette sur tous mes livres, chargeant toutes les marges d’injures, comme un chien qui eût mordu et rongé quelque pierre ! » 2 Calvin affecte de n’y attacher aucune importance : « Pour en dire ce qui en est, c’était plutôt matière de risée quant à moi, pour ce qu’il n’y avait nulle gravité d’homme de lettres,
1 Déclaration pour maintenir la vraie foi, par Calvin, Page 59. C’est ainsi que Calvin parle de ce savant génial dont Michelet a dit qu’il était le n Copernic.. de V homme.»
2 Déclaration. Ibid. Page 59.
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