‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 44 sur 155 · LE «CHRIST» DE MICHEL SERVET · texte numérisé non relu

LE «CHRIST» DE MICHEL SERVET

en certitude. Calvin ne ménage pas ses propos, et son inimitié se manifeste jusque dans ses Commentaires de la Bible. «Je sais, écrit-il en marge du quatrième Evangile, qu’il y a un méchant garnement plein d’orgueil, Espagnol de nation, nommé Servet, lequel a forgé des nouveautés étrangères à l’Evangile. » Et exposant sa doctrine personnelle, Calvin ajoute: «Je sais, ce chien de Servet aboie de contraire.» Mais ce «chien de Servet» n’est pas disposé à cesser son « aboiement . » Il est trop convaincu pour renoncer à ses idées. Cependant il est fixé désormais. Il sent que c’est une guerre à mort que Calvin lui déclare. Et ce péril, loin de le décourager, l’exalte dans sa foi. Témoin du Dieu vivant, il apportera au monde son témoignage de libre croyant, et c est avec la crânerie d’un héros de la conscience qu’il s’apprête au combat: «Je sais, écrit-il, je sais que je dois mourir pour la cause de la vérité. Cette pensée n abat point mon courage. Disciple, je vais sur les traces de mon Maître. »

bon Maître ! On ne dira jamais assez avec quelle touchante affection, avec quelle adorable naïveté, ce pseudo -hérétique parle de Jésus :

«Le Fils de l’Homme, écrit-il dans sa Rénovation, le Christ vivant est le but de toute la Bible. Son ombre apparaissait déjà dans d autres créatures, avant qu’il ne vînt, parmi les hommes.... mais dès qu’il s’est montré, le corps, l’âme, la mort, 1 enfer, toutes les sciences ont été absorbées dans sa

vérité éternelle.... En Christ seul est toute plénitude et notre salut tout entier.

Pour le connaître, je rassemble toutes mes forces, je médite le jour et la nuit, implorant sa miséricorde et la révélation de sa vraie connaissance. Nous ne pouvons pas illuminer nous-mêmes notre cœur, car de même la lumière de 1 univers est condensée dans le soleil, et de là se répand pour mettre en fuite les ténèbres, ainsi cette lumière primitive et substantielle de Dieu est en Jésus et nous inonde de ses rayons. . . .

O bon Jésus, ce qui me fait surtout t offrir le culte de ma tendresse, c’est que pour moi tu as voulu boire la coupe d’amertume ....>> 1

La coupe d’amertume n’était pourtant pas vidée servet

dénoncé comme

pour Servet et il devait ne pas tarder à s en aper- hérétique cevoir. Il allait boire au calice sacré.

La Restitution du Christianisme n’était pas encore en circulation. L’Inquisition veillait à 'Vienne, et Servet avait fait nuitamment transporteries ballots de son livre en lieu sûr, attendant un moment favorable pour le répandre. C’est alors que se produisit une dénonciation qui le jeta dans les plus cruelles alarmes.

Appelé devant le tribunal de l’Inquisition, il apprit qu’une lettre de dénonciation était parvenue à Vienne et qu’on l’accusait d’être l’auteur d’un livre d’hérésie. Mais l’interrogatoire n’apporta aucune preuve. Les protes refusèrent énergiquement de trahir le secret, et, la perquisition n’ayant donné

1 Cité par

A. Dide, Michel Servet et Calvin, Page 82.

LA RÉFORME CALVINISTE À L’ ŒUVRE

. aucun résultat, Servet fut relâché. Il semblait désormais hors de cause, mais le dénonciateur, mis en demeure de donner des preuves, en envoya d’abondantes : «Si on lui mettait au-devant, écrit-il, le livre imprimé il le pourrait nier. Ce qu’il ne pourra faire de son écriture». Et le zélé pourvoyeur de l’Inquisition communiquait aux Inquisiteurs des feuilles imprimées et le manuscrit de quelques-unes d’entre elles avec, en plus, des lettres de Servet qui devaient faire indiscutablement authentiquer le tout. Il pourrait à la rigueur envoyer des preuves plus nombreuses ; mais il n’est pas nécessaire «d’avoir plus, écrit-il, pour se saisir de sa personne et lui faire son procès.» C’était suffisant, en effet. qui était le Le Tribunal était fixé. Servet est arrêté et sa COn-

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