ACCUSATIONS DE CALVIN
LA RÉFORME CALVINISTE À L’ ŒUVRE
lion les dénonçait. C’est en vain qu’il s’efforce de convaincre Servet d’immoralité ou de paillardise ; l’aveu du malheureux prisonnier concernant son infirmité physique eût dû arrêter sur les lèvres de Calvin toute accusation nouvelle. Que doit-on penser de sa persistance, même après le supplice, à traiter «de porc» un homme qui n’est plus là pour lui répéter qu’il a «toujours été étudiant la Sainte Ecriture, ayant zèle de vérité et qu’il pense avoir vécu comme un chrétien ? »
Tout le monde sait aussi, grâce aux rares exemplaires qui ont échappé aux flammes du bûcher de Champel, que Servet n’a jamais vomi d'exécrables blasphèmes contre le fils de Dieu. Calvin le savait bien, lui aussi, car il avait lu ses livres et il ne pouvait ignorer quelle adoration Servet vouait au prophète de la Galilée, au Christ :
«Christ est l’àme du monde, oui, plus que l’âme, car c’est par lui que nous vivons, non pas seulement dans la vie présente mais aussi dans la vie éternelle. La vie présente, il nous l’a donnée par sa parole, et la vie éternelle, il nous l’a donnée par sa mort. Il est notre étoile, notre étoile du matin.
«Il est la lumière du monde, la lumière de Dieu, la lumière des peuples. L’éclat de sa face illumine l’immensité des cieux. La parole du Christ crucifié a soumis le monde à sa domination par la puissance merveilleuse de son amour et il le soumettra plus encore en conquérant, sans le fracas des armes, les âmes captives.... Le Christ historique est mon unique Maître. Ce Christ a d’abord prêché l’Evangile ; ce n’est que par ses paroles que l’enseignement apostolique reçoit la plénitude
de son sens, de sa lumière et de sa splendeur .... Mais pour ce cpii regarde la discussion scientifique sur la personne du Verbe, elle est secondaire et on fera sagement de diriger toutes ses recherches sur la personne historique de Jésus- Christ. . . . C’est pour lui que je plaide. . . . Car tout dépend de la connaissance que nous avons, non des dieux métaphysiques, mais du Christ historique, et si nous ne le connaissons pas de cette manière, nous ne connaissons rien. » 1
Calvin a lu les ouvrages de son adversaire ; com- la ment peut-il l’accuser d’avoir vomi d’exécrables blasphèmes contre le Christ, comment peut-il persister dans ses dénonciations réitérées, qui revêtent le caractère d’une diffamation de parti pris ? Comment peut-il surtout, sans frémir devant le Dieu qu’il prétend défendre, demander à son prisonnier «s’il ne sait pas bien que le crime de calomnie ou fausse accusation et déclaration est un crime capital ? » Servet avait donné la seule raison plausible : Calvin le poursuivait à mort et tous les moyens étaient bons. Son désir secret, d’ailleurs, transparaît, dans toute sa correspondance. Un simple extrait suffit à faire tomber tous les doutes. «J’espère, écrit-il, que Servet sera condamné à mort. 2»
Le sentiment de Calvin n’a pas varié : tel il était lorsqu’il écrivait à Farel, tel il se manifeste, la veille de la sentence: «Je suppose, écrit-il à Bullinger,
1 Cité par A. Dide. Michel Sekvet et Calvin, Page 27.
2 Lettre à Farel, 23 août : Sebvet est poursuivi en justice par mon Nicolas La Fontaine, . . » Opp. Calv. page 193.