POURSUITE À MORT
LA RÉFORME CALVINISTE À L’ ŒUVRE
que l’inclividu sera condamné et qu’après demain il sera conduit au supplice. » Pas un instant, l’idée de la mort de son adversaire n’a cessé de hanter la pensée de Calvin. 1 II l’a poursuivie avec une ténacité qui donne le frisson, mais ce qui est plus triste encore, c’est de le voir triompher, avec aussi peu de raison, d’ailleurs, que de retenue, de ses victorieuses réponses.
UN EXEMPLE Un fait entre mille : Servet avait osé mettre en des débats ]a fertiiité de la Palestine. Calvin considère
DANS LE PBOCES
en hérésie cela comme « un blasphème » et affirme que cet « ef fronteur avait porté grand outrage au Saint Esprit en mettant en doute le témoignage de Moïse. » Servet s’en défendit.
«Alors, (c’est Calvin qui raconte l’incident) on demande à Servet qui c’est qui avait ainsi prêché la bonté de la terre de Judée, sinon Moïse.»
C’était évidemment, pour Calvin, une objection triomphante. Il la cite avec complaisance et la clame comme un bulletin de victoire: «Voire, répond Servet, comme si d’autres n’en avaient point écrit aussi bien.»
«Tant il y a (c’est Calvin qui continue le récit) que ce vilain chien, étant ainsi abattu par de si vives raisons, ne fit que torcher son museau en disant : Passons outre, il n’y a point là de mal. »
1 «Calvin, écrit Mr. Doumergue, a voulu la mort de Servet. Il n’y a pas autre chose à sa charge. » (Calomnies anti protestantes, Pag. 94).
Point de mal, dans une appréciation qui faisait un si grand outrage au Saint Esprit ? Et comme on comprend que ce vilain chien n’ait fait que torcher son museau ! Hélas, Calvin n’avait rien compris au témoignage intérieur de cet Esprit Saint qui, au dire de l’auteur du quatrième Evangile, doit conduire l’homme dans toute la vérité. Si son orgueil n’avait pas fermé son âme aux suggestions des libres croyants qu’il traitait d’hérétiques, il y eût, peut-être, trouvé bien des choses qu’il ignorait, dans son fanatisme persécuteur. Et, peut-être, eûtil appris à oublier un peu le Dieu de l’Ancien Testament qui l’obsédait, pour servir le Dieu de l’Evangile.
Les réponses de Servet au contraire, sont admira- la réfome de
blés de netteté, de bons sens, de foi éclairée. La Deforme n’avait pas encore trouvé de plus excellent interprète de ses principes essentiels : «Si l’œil est bon, dit-il, tout le corps sera lumineux, et si l’intention est bonne tous les faits seront réputés bons.»
(dixième interrogatoire.) — A propos de la publication de son livre, «il pensait que ce livre ne mettrait point la chrétienté en différends, mais qu’il ferait profit, parce qu’il donnerait occasion aux bons esprits de mieux dire et qu’ ainsi la vérité a commencé à se déclarer peu à peu et s'achèvera peu à peu.
(vingtième interrogatoire : c’est l’affirmation de la Révélation progressive et indéfinie). Interrogé
LA RÉFORME CALVINISTE À I.’ ŒUVRE