‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 53 sur 155 · LA TOLÉRANCE, DOCTRINE · texte numérisé non relu

LA TOLÉRANCE, DOCTRINE

d’hérésie

sut le sens de ces paroles, il déclare que «la vérité a commencé à être déclarée, au temps de Luther, et a suivi jusqu’ici et qu’il pense qu’elle se déclarera encore plus outre , quant aux choses qu’il entend n’être pas encore déclarées ; (trentième question : ici, c’est, nettement indiquée, la Réforme de la Réforme).

« Quelles choses ne sont-elles pas encore déclarées? » lui demande-t-on, et Servet répond avec son audace habituelle : «Ce que Mr Calvin a dit du libre arbitre et de la descente aux enfers .» Et comme on lui demande «s’il n’entend pas que sa doctrine sera reçue et que c’est une doctrine de vérité,» Servet répond, « qu’il ne peut avancer si sa doctrine sera reçue ou non, mais qu’il entend qu’elle soit vérité jusqu’à ce qu’on lui montre le contraire, et que, au commencement telles choses sont réprouvées qui, après, sont reçues.» (trente et unième question).

On ne saurait proclamer, avec plus de confiante audace la relativité de la connaissance, surtout lorsqu’on est persuadé comme il l’est, que «c’est aujourd’hui, commun en matière de disputation, que un chacun veut maintenir sa cause, estimant sa partie adverse en voie de damnation. » (troisième question).

Maintenant si, à côté de ces belles et lumineuses déclarations, on place les accusations de ses persécuteurs, on reste confondu devant leur incon¬

science :

«Servet, disent-ils, est des plus audacieux téméraires et pernicieux hérétiques qui furent jamais, attendu qu’il veut. . . . ôter le glaive et le droit de punir aux magistrats qui leur a été donné de Dieu. ... Sa conscience même le condamne et argue digne de mort, et pour éviter cela, il a voulu prévenir en mettant en avant sa fausse doctrine qui consiste à ne point punir les criminels à mort. Il fait une injure intolérable à toute l’Eglise chrétienne et à Constantin. Il se moque de Dieu, de sa parole, quand il dit que si l’intention est bonne le fait sera réputé bon. . . . s’il en était ainsi, tous les hérétiques et idolâtres se pourraient excuser de leurs bonnes intentions. » 1

1 Est-il possible, sans être aveugle ou inconscient, de nier après cela que Seevet était un initiateur de la liberté de conscience et qu’il ait 'proclamé que les hérésies dont on F accusait ne devaient pas entraîner sa mort ? Eh bien, M. Doumebgue écrit à la page 93 de son volume, calomnies anti-protestantes : Les admirateurs de Seevet «voient en lui l’initiateur de la liberté de conscience. Encore une fois, rétablissons la vérité historique.(\ ) Le 12 septembre 1553, dans une requête de la Seigneurie, Seevet ne dit pas : les hérésies dont on m’accuse ne sont pas dignes de mort ; il dit : Je ne les enseigne point. Voici comment il s’exprime : «Si j’avais dit cela, non seulement dit, mais écrit publiquement pour corrompre le monde, je me condamnerais moi-même à mort. » Et, au fond, pour lui toute la question est de savoir qui doit être condamné à mort, ou Seevet ou Calvin. » Non, la conclusion de M. Doumeegue est par trop rapide. D’abord, la citation est incomplète et ce qui la précède est essentiel. Repoussant d’abominables accusations, Seevet, indigné, s’écrie: « Qui dit cela ne croit point qu’il y ait Die u, ni pus-

tice, ni résurrection, ni rien, sinon que tout est mort - Si j’avais dit cela je

me condamnerais moi-même à mort. » Et cela est très clair, car 1° ce sont là des doctrines anarchistes qui nient tout, même la justice ; 2° il ne les professe nas; 3° il les repousse avec tant d’indignation qu’il se condamnerait lui-même à mort s’il les avait enseignées. 4° Il n’a pas dit qu’il condamnerait les autres pour des doctrines qu’il n’approuvait pas. Il n’a pas dit davantage que les autres ont le droit de le condamner. Il a dit précisément le contraire , mais Mr. Doumeeotje se fait un devoir de le passer sous silence, pour rétablir « la vérité historique ». Et Mr. Doumeegue a écrit tout un chapitre sur « trois manières de falsifier l’histoire. » (Calomn. anti pr. Page 48) Il y en a une quatrième dont il ne parle pas.

Voici d’ailleurs qui doit clore le débat : C’est l’opinion de Calvin lui-même: A la page 12 de son livre (Déclaration pour maintenir la vraie foi) Calvin fait une longue citation des arguments de Seevet qu’il réfute à la page 14:

Là RÉFORME CALVINISTE À L’ ŒUVRE

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