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LES HÉSITATIONS AU SEIN DU CONSEIL

Tolérer l’hérésie !

Voilà le grand crime. Et ce grand crime est précisément celui que l’Eglise de Eome reproche à la Réforme protestante. Mais à Genève, Calvin se substitue délibérément au Pape et, se faisant pourchasseur d’hérésie, c’est le principe même de la Réforme qu’il dénonce, c’est la foi personnelle qu’il traque, c est le libre examen qu’il 'poursuit à mort en poursuivant Servet.

Cependant le Petit Conseil éprouve quelque difficulté à suivre Calvin. Il exige une consultation des Eglises suisses.

Calvin qui s’est opposé à cette démarche, qui risque de compromettre ses projets, ne dissimule pas son mécontentement: «C’est malgré nous , écrit-il à Bullinger, que nos magistrats vous causent cet ennui ; mais ils en sont venus à tenir pour suspect tout ce que nous leur disons. Si j’affirmais qu’il fait jour en plein midi, ils commenceraient par en douter». 1 Calvin exagère à dessein, mais il est établi qu il se manifestait dans le Conseil une certaine résistance. «Perrin, écrit-il à Farel, est venu au Conseil pour tirer d’affaire ce scélérat. Il n’a pas rougi

«Voilà, écrit-il, les propres mots de Servet auxquels, en premier lieu, (comme on voit) il nie que l’Esprit ordonne de mettre à mort, puisqu’il déclare ouvertement que. ... la rigueur de faire mourir a été abolie à la venue de notre Seigneur Jésus.» Voilà qui est clair. Et voici qui ne l’est pas moins : Calvin, à la page 14, réfute cette thèse de Servet « pour montrer l’ânerie de l’homme» qui ose soutenir la doctrine de la tolérance. — Cuique suum.

1 Opp. Calvini XIV, page 611.

de demander que sa cause fût portée du Petit Conseil au Conseil des deux cents ». 1 Cependant Calvin n’avait rien à craindre. La majorité du Conseil ne voyait que par ses yeux 2 et les chefs des Eglises suisses, façonnés à son image, travaillés, depuis longtemps, par ses dénonciations indignées, devaient confirmer son point de vue. D’ailleurs, malgré le soin que prend Calvin de se réfugier derrière le Conseil impératif des Eglises, il laissera, plus tard, échapper un aveu qui ressemble fort à une glorification de son attitude: «Surtout, écrit-il au grand chambellan du roi de Navarre, ne faites pas faute de défaire le pays de ces zélés faquins qui excitent le peuple à se bander (liguer) contre nous. Pareils monstres doivent être étouffés, comme j’ai fait de Michel Servet, Espagnol. » 3

A dire vrai, les réponses des Eglises suisses sont moins catégoriques qu’on l’a affirmé. Elles concluent toutes à la répression de l’hérésie, mais il n’ en est pas une seule qui se prononce pour la peine capitale. Une, cependant, celle de Zurich, rédigée par

1 Lettre à Farel, 26 Octobre 1553.

2 Dire, avec Mr Choisy, que les magistrats faisaient alors opposition à Calvin, c’est se livrer à une généralisation aussi hâtive que tendancieuse.

La lettre que le pasteur bâlois Sulzer adresse à Bullinger au moment de la consultation même, le 28 septembre 1553, montre que personne ne se tromDe sur celui qui est responsable de la sentence de mort: < Une manquera pas de gens, écrit-il, qui blâmeront Calvin de l’avoir provoquée et le Sénat de la lui avoir accordée. (Opp. Calvini, XIV, 627.»

3 Lettre du 30 sept. 1561. Citée par Voltaire. Edition du centenaire. Page 488.

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