JOURS
« crier merci. »
1 Extrait d’une lettre de Vekgerio. Opp. Cal. XIV : 635.
2 Calvin ne voulait pas « le bûcher. » Il écrivait le 20 août 1553 : « J’espère que Servet sera condamné à mort ; mais je désire qu’on lui fasse grâce de la peine atroce. » (le bûcher). Il a même fait des démarches pour faire changer le genre de mort. «(Lettre du 26 Oct. 1553). Le sentiment de sa responsabilité l’eff rayait-il ? Peut-être. Mais pouvait-il s’étonner de ce que « ayant semé le vent, il récoltât la tempête ? »
«Alors, écrit Calvin, je protestais simplement, comme la vérité était, que je n avais jamais poursuivi contre lui aucune haine particulière. Sur cela, je lui rappelai doucement.... que je n avais laissé pourtant à l’exhorter bénignement par lettre ; bref que j’avais jusqu'au bout usé de toute humanité . . . . Puis après, disant que je laissais là tout ce qui concernait ma personne, je le priai que plutôt il pensât de crier merci à Dieu .... »
Ce récit qui fait peine à lire, tant il y a d’affectation doucereuse, contient cependant un conseil qui semble sincère et vraiment chrétien : «Je le priai qu’il pensât de crier merci à Dieu. » Cette exhortation si douce et si élevée ferait presque oublier l’exaspérant xdétisme des lignes qui précèdent, mais Servet n’avait pas attendu cette pieuse exhortation. En proie à une vive agitation, il avait, dans sa prison, des extases de ravissement, à l’idée de mourir pour son Dieu, comme le Maître ; puis il poussait de lourds soupirs, gros de toutes ses illusions défuntes. De toute son âme déchirée, il criait merci à Dieu , et, sa langue maternelle lui revenant dans ces heures d’angoisse, c’est en espagnol qu’il disait : «mon Dieu, mon Dieu, aie pitié de moi. » Calvin entendait tout cela et voici le récit qu’il en fait :
« Quand on lui eût apporté des nouvelles de sa mort, Servet était, par intervalle, comme ravi. Après, il jetait des soupirs qui retentissaient dans toute la salle. . . . parfois il se mettait à hurler, comme un homme hors de sens. Bref il n’avait non plus de contenance qu’un démoniaque. Sur la fin, le cri sur-
LA RÉFORME CALVINISTE 1 L’ŒUVRE
monta tellement que, sans cesse, en se frappant la poitrine beuglait à l’espagnole : misericordias ! misericordias ! !....» 1
Maintenant qu’on relise ce conseil si doux, si élevé, si éminemment chrétien: «Je le priais qu’il pensât de crier merci à Dieu ! » ÏPest-ce pas effrayant ? servet, martyr Le lendemain, Servet marchait au supplice. Au