‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 6 sur 155 · LES DÉBUTS DE LA RÉFORME EN · texte numérisé non relu

LES DÉBUTS DE LA RÉFORME EN

France

CALVIN

tout autre texte antique, avait révélé aux esprits curieux bien des merveilles insoupçonnées. On commençait à voir la vanité des rites, l’inutilité des cérémonies pompeuses, l’immoralité de la confession et du trafic des indulgences.

En 1521, au moment même où Luther proclamait à Worms les droits imprescriptibles de la conscience, Farel groupait autour de lui quelques amis et protestait ouvertement contre l’idolâtrie et les processions. Il jetait même à la rivière une statue de Saint Antoine, à la grande fureur des dévêts qui lui donnèrent la chasse. Mais c’était là des accès isolés. En général, dans les milieux favorables à la Réforme, on se contentait déliré la Bible et de la commenter. On avait le sentiment très net que l’Evangile était une Loi d’amour et que la vie morale devait l’emporter sur les formules ecclésiastiques. Mais il n’y avait pas encore de doctrine arrêtée. On en était précisément à cette période heureuse de la libre recherche qui met assez de clartés dans l’âme du croyant pour lui faire un devoir de persévérer, sans toutefois créer en lui une certitude assez impérieuse pour lui donner l’idée de l’imposer aux autres.

Calvin lui-même en est à ce stade. Il vient de lire la Bible chez un de ses cousins, Robert Olivetan, qui avait entrepris de la traduire. Il est étudiant en droit et, sous l’influence de

DE LA RENAISSANCE À LA RÉFORME

Melchior Wollmar qui était fortement pénétré des idées luthériennes, il oriente sa pensée vers la réforme religieuse. Tout cela est encore très imprécis dans son âme et il ne songe pas à sortir de l’Eglise puisqu’il continue, jusqu’au 4 Mai 1534, à jouir d’un bénéfice ecclésiastique que son père lui avait fait jadis obtenir. 1

Or, à ce moment déjà, il y a en France des troubles sérieux. La persécution a commencé et l’on voit des gens accepter le martyre qui ne savent pas exactement pour quelle croyance ils meurent. Ils meurent pour un principe, et leur mort confirme le droit qu’ils revendiquent de s’élever contre l’autorité catholique sans être encore bien fixés sur la vérité qu’ils soupçonnent et sans s’attarder à la formuler ; ils protestent contre les abus qu’ils constatent. C’est peut-être là ce qu’il y a de plus remarquable dans ce mouvement et, comme le dit excellemment Mr Buisson :

«C’est pour ne pas se mentir à soi-même que chacun donne sa vie. Le mobile de l’héroïsme est aussi pur ici que l’héroïsme lui-même. Ce n’est pas par attachement à un credo quelconque,

1 II faut décidément renoncer à cette assertion de Théodore de Bèze reprise par Mr Doumergue qui affirme que Calvin, déjà en 1528, était le conducteur spirituel de ses amis Daniel et Duchemxn. Ce que Calvin a appelé «sa conversion soudaine» ne peut s’être passe que vers 1533. Voir Jean Calvin par Willinston Walker traduit par Weiss (page 102.)

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