‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 62 sur 155 · LE TRAITÉ DES HÉRÉTIQUES · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ DES HÉRÉTIQUES

A peine l’ouvrage de Calvin était-il en circulation que paraissait un livre intitulé : « Traité des hérétiques , à savoir si on doit les 'persécuter et comme on se doit conduire avec eux, selon Vavis, opinion et sentence de plusieurs auteurs tant anciens que modernes : grandement nécessaire en ces temps de troubles et très utile à tous et principalement aux princes et magistrats pour connaître quel est leur office, en une chose tant difficile et périlleuse. 1»

La préoccupation de l’auteur était évidente. Tandis qu’à Genève, Calvin se hâtait de démontrer que le magistrat a le devoir de mettre son glaive au service de la foi orthodoxe, à Bâle, on se hâtait de démontrer que la foi est libre.

Une préface, signée Martin Bellie, 2 indiquait

'L’édition latine parut à Bâle en mars 1554. L’édition française parut en février, à Rouen. Une réimpression de cette édition, fort rare, vient de paraître, précédée d’une notice sur l’auteur, par E. Choisy.

2 On a vu dans ce pseudonyme fantaisiste la traduction latine francisée de «Guerre à la guerre. >

(Tailleurs, avec une grande netteté, l’esprit du livre.

L’émoi est considérable dans le camp des Calvinistes. Calvin écrit immédiatement1 à son «complice Bullinger» pour le mettre en garde et l’inciter à l’action :

«On vient d’imprimer clandestinement à Bâle, sous de faux noms, un livre dans lequel Castellion et Curions prétendent démontrer qu’il ne faut pas réprimer par le glaive les hérétiques. »

Calvin a reconnu sans peine son vieil adversaire libéral et, plein de crainte pour l’avenir, le Réformateur fait des vœux pour que cette doctrine ne se répande pas.

Il faut croire que Bullinger avait une certaine influence sur les autorités de Bâle car, le lendemain, Théodore de Bèze lui écrit à son tour :

«Je vous prie, cher Père, s’il faut supporter ce que cet impie a vomi dans sa préface, que nous reste-t-il d’intact dans la religion chrétienne ? A ses yeux, la doctrine sur la mission du Christ, sur la Trinité, sur la Cène, sur le baptême, sur la justification, le libre arbitre ou l’état des âmes après la mort, est inutile ; ou, tout au moins, elle n’est pas indispensable au salut. 2

Rapprochez, je vous prie, de cette préface blasphématoire l’épître de Castellion en tête de sa Bible : vous y saisirez un seul et même esprit.»3

1 Le 28 mars : l’édition française n’avait pas encore paru.

1 Mr Ménégoz appellerait cela du fidéisme.

3 C’est blasphémer pour les Réformateurs que de tolérer l’hérésie.

LES PRINCIPES DE LA RÉFORME LIBÉRALE

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