L’ORGUEIL SPI¬ RITUEL, CRÉA¬ TEUR DE FANATISME
Ici se marque d’une façon très nette la distinction entre les croyances et la foi. C’est le grand principe protestant qui est mis en lumière. La foi personnelle et vivante est la base unique du salut et cette foi u’est pas nécessairement liée aux croyances calvinistes. L’âme peut parvenir à la vraie vie, à la communion avec Dieu, tout en professant des croyances peu orthodoxes.
Mr Ménégoz, le moderne défenseur de la doctrine du fidéisme, que d’aucuns croient nouvelle, alors qu’elle remonte à l’Evangile, n’a fait, sans le savoir, qu’être l’écho de ce précurseur qu’était Castellion, au sein de la Eéforme.
« Les hommes, poursuit le hardi pamphlétaire, les hommes étant enflés de cette science, ou plutôt de cette fausse opinion de science, «méprisent»1 hautainement les autres....; et s’ensuit, tantôt après, cet orgueil, cruauté et persécution ; en sorte que nul ne veut plus endurer l’autre, s’il est discordant en quelque chose avec lui, comme s’il n’y avait pas aujourd’hui quasi autant d’opinions que d’hommes.
Toutefois il n’y a aucune secte, laquelle ne condamne toutes les autres et ne veuille régner toute seule. De là viennent bannissements, exils, liens, emprisonnements, brûlements, gibets, et cette misérable rage de supplices et de tourments qu’on exerce journellement, à cause de quelques opinions déplaisantes aux grands, et mêmement de choses inconnues. »
On ne saurait marquer, avec plus de finesse et de pénétration, les causes psychologiques et socialea
i Textuellement: «desprisent.... au pris d’eux.»
de cette affreuse doctrine de l’église catholique et de Calvin, que Mr Doumergue attribue si généreusement à tout le XYIème siècle :
«Et, poursuit Castellion, s’il y a quelqu’un qui s’efforce de s’apprêter cette robe blanche, c’est-à-dire de vivre saintement et justement, 1 tous les autres s’élèvent d’un consentement contre lui. Mêmement, s’il est discordant avec eus en quelque chose, ils l’accusent et prononcent hérétique.... et lui mettent sus faussement crimes horribles et auxquels il ne pensa jamais, puis le charbonnent (le noircissent) et défigurent tellement par leurs calomnies envers le commun peuple, que les hommes estiment grand péché de l’ouïr seulement parler. De là vient cette rage cruelle et brutale à exercer cruauté, en sorte qu’on en voit d’aucuns être tellement enflammés par telles calomnies, qu’ils sont comme enragés et forcenés, s’ils voient quelqu’un de ceux qu’on fait mourir, être premièrement étranglé, et non pas rôti, tout vif, à petit feu. »
Et maintenant l’indignation du chrétien conscient qui n’arrive pas à comprendre le crime uni à la piété :
«Et combien que ces choses soient très cruelles, toutefois le ils commettent encore un autre péché plus horrible : c’est qu’ils couvrent toutes ces choses, sous la robe de Christ, et 'protestent qu'en ces choses ils servent à sa volonté, comme ainsi soit, que Satan ne pourrait .... penser chose plus répugnante à la nature et volonté de Christ. »
1 Cette image de la robe blanche, symbole du salut par l’effort moral et la culture de l’être intime, à l’image du Maître, est restée longtemps le signe de reconnaissance des nouveaux conspirateurs : il y avait presque une franc-maçonnerie de la Robe blanche.