LES PÈRES DE È’ EGLISE
l’opinion
DE BRENZ
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tance, car nous savons désormais comment Calvin en usait envers les hérétiques.
L’opinion des Pères de l’Eglise, si intéressante qu’elle puisse être, ne démontre nullement que la tolérance était professée au XVIème siècle, mais Castellion a raison de la souligner car elle montre que Lactance, Saint Jean Chrysostome et Saint Augustin, désapprouvent <x l’usage du glaive et la violence pour défendre la religion. » Mais à côté de ces témoignages respectables, Castellion accumule des témoignages de contemporains. Celui d’Erasme ne pouvait guère avoir d’autorité, car il était suspect aux Calvinistes et aux Luthériens. Castellion le cite, mais n’y insiste guère. En revanche, c’est avec une complaisance non dissimulée qu’il insiste sur le témoignage de ceux qui se réclament de la Réforme, et ici se révèle sa pensée. Ce n’est plus lui qui va se dresser devant Calvin, c’est la Réforme elle-même. C’est d’abord l’initiateur des voies nouvelles, Luther ; c’est Calvin lui-même ; c’est Brenz, le Réformateur de Souabe 1 ; c’est aussi la masse de tous ceux qui ont gardé intact, en leur âme émancipée, l’esprit de la Réforme libératrice. Tous ne sont pas savants, tous ne sont pas illustres, mais le témoignage d’une époque ne doit pas sortir d’un même milieu, et plus la diversité d’origine est grande et plus l’unanimité d’opinion a de poids. L’opi-
1 Jean Brenz, né en 1499 et mort en 1570. Il se joignit à Luther en 1518.
nion de Brenz remonte aux sources mêmes de la Réforme et elle est concluante. Brenz souligne ce fait que «l’hérésie a toujours quelque honnête excuse et. . . . que la plus brave et meilleure voie pour batailler contre les hérétiques est que ce combat soit fait tout simplement par l’Evangile et la Sainte Ecriture. . »
«Incrédulité et hérésie, dit-il, ne sont point sujettes aux peines du glaive civil, mais du spirituel .... Que le magistrat ne se mêle point de cette affaire qui ne lui appartient en rien. Saint Paul dit: «Evite l’hérétique. Il ne dit pas qu’il faille le jeter au feu ou le tuer par le glaive.»
Jean Brenz avait posé, avec Luther, les principes de la Réforme mais, tandis que Luther y devenait infidèle, il y persévéra, et c’est cette noble attitude de Réformateur conscient qui inspire à Castellion cette apostrophe :
«Or, sus donc, Brenz, poursuis outre et persévère, de plus en plus, en cette bénignité chrétienne. Certes, tu as retenu et étanché beaucoup de sang. Plût à Dieu que les autres eussent fait comme toi et n’eussent point tant travaillé à épandre le sang innocent que tu as travaillé à le retenir ! »
Brenz n’était pas seul de cet avis. D’autres théologiens illustres professaient la même doctrine. Castellion les groupe en un puissant faisceau. C’est Briinsfeld 1 qui déclare que «c’est contre la volonté
LE TÉMOIGNAGE DE BRÜNSFELD, DE RHÉGITJS
1 Brünsfeld, l’un des fondateurs de la Botanique.Tout ensemble médecin jurisconsulte, pédagogue et savant théologien.
OPINION DBS LUTHÉRIENS
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de l’Esprit de brûler les hérétiques.» C’est le Réformateur de Lunebourg, Rhégius \ qui, en matière de foi, veut seulement connaître «le feu de la charité» :
«Le Seigneur Dieu, dit-il, n’enseigne point de brûler les pauvres brebiettes errantes, mais de guérir celles qui sont infirmes et malades.»
C’est le célèbre professeur d’hébreu de Zürich. Conrad Pellican, dont le nom, comme ceux que nous venons de citer, se confondait avec les origines de la Réforme. C’est Conrad Hédion, le Réformateur de Strasbourg, c’est Martin Bucer, Capiton ; c’est le fameux Jean Agricola, l’illustre prédicateur de l’Electeur de Brandebourg, c’est Jacques Schenk, c’est Christophe Hoffman! Et les citations s’accumulent, se pressent, se dressent, monument de tolérance, en face des Réformateurs infidèles, témoignage de la Réforme elle-même, depuis son berceau jusqu’à l’époque de son triomphe. Mais Castellion ne se contente pas de la glane, si riche pourtant, qu’il a faite au sein des Eglises luthériennes. Il veut opposer aux calvinistes d’autres documents et, malgré la hâte qu’il a dû mettre à les chercher, il en a recueilli quelques-uns qu’il cite avec un plaisir évident. C’est] d’abord l’opinion de son ami Curione, autour duquel se groupait à Bâle une petite
1 Prédicateur du duc de Brunswick, mort en 1541.
colonie d'Italiens émancipés, fidèles et conscients défenseurs de la Eéforme. C’est ensuite le témoignage d’un homme qu’on a représenté comme un libre penseur 1 de l’époque de Luther, Sébastien Frank 2. C’était un libre croyant. Il professait même un éclectisme qui n’était pas sans saveur : «Prends donc de chaque secte ce qu’elle a de bon et laisse le reste aller au diable. » Il eut des formules heureuses :
«L’Eglise qui a les promesses du Christ, ce n’est pas l’Eglise persécutante : c’est l’Eglise persécutée, c’est celle qui a des martyrs et non celle qui en fait. . . . Les chrétiens sont nommés libres et francs, pour ce que leur affaire ne procède de la violence ou contrainte, mais d’un franc instinct de l’esprit qui ouvre, en eux, la foi, enseigne et enflamme leurs cœurs à charité.»
Toute l’œuvre de Sébastien Frank proclame l’absolue liberté de conscience, et ce libre penseur religieux doit prendre une place prépondérante dans la galerie des précurseurs méconnus de la libre croyance.
Les encombrantes et tapageuses personnalités de la Réforme, dont les éclats de voix, les gestes fastueux et les abus de pouvoiremplissent nos annales, ont étouffé, durant de longs siècles, la voix de ceux qui protestaient. L’heure vient où ce sont pré-
1 Voir; Jean Augustin Bost, Dictionnaire ecclésiastique.
2 Sébastien Frank était né en 1500 et mourut à Bâle en 1545. Son spiritualisme chrétien avait des allures de panthéisme.