LA VRAIE RÉFORME
1 Le procès de Sekvet, par Schadé.— Strasbourg.
2 Sébastien Castellion. Tome I page 412.
LES PRINCIPES DE LA RÉFORME LIBÉRALE
son principe, justifiée dans toutes ses applications, poussée jusqu’à ses plus modernes conséquences, défendue enfin contre tous les sophismes théologiques, politiques et historiques», Mr Buisson se demande «par qui, et au nom de qui, »a été faite une œuvre d’une aussi haute portée? Et il répond: «Par la Réforme et au nom de l’Evangile. Le premier en date de tous les manifestes en faveur de la liberté de conscience, qui se trouve en être du même coup l’exposé complet et le code définitif, ce n’est pas seulement une œuvre protestante, c’est l’œuvre même du protestantisme.
«Un siècle et demi plus tard, l’auteur de Y Histoire des variations , 1 résumant avec force la suite d’arguments que nous venons de reproduire, s’écrie : «Il faut en convenir, ces raisonnements sont tirés du fond et pour ainsi dire des entrailles du protestantisme». — Oui, ces hardies proclamations étaient bien tirées du fond et des entrailles du protestantisme.
Et maintenant, qu’on relise la pauvre défense à laquelle en sont réduits les défenseurs du protestantisme autoritaire. «Les protestants, écrit Mr de Félice 2, ont réclamé le droit de cité, au seul nom de la "V érité divine dont ils se jugeaient les fidèles interprètes, et nullement au nom de la liberté de croy-
1 Bossuet, Vlème avertissement sur les lettres de Mr de Jurieu.
3 Histoire des protestants de France, page 55.
ance et du culte. Si on leur eût proposé d'accorder à ceux qu'ils regardaient eux-mêmes comme hérétiques ou impies des droits semblables aux leurs , ils y auraient vu une révolte contre la loi de Dieu. »
La contradiction est trop flagrante pour ne pas s’imposer aux esprits les plus prévenus. Certes, il y avait des protestants qui pensaient de la sorte, mais ils étaient loin de constituer tout le protestantisme. On vient de le voir. C’est donc qn’il y avait en réalité deux Réformes ; l’une, fidèle à son principe, donnait à tous les croyants le droit d’étudier et d’interpréter la Bible, selon la lumière de la conscience individuelle ; l’autre, infidèle à son principe, hostile à toute liberté, revendiquait, pour ses conducteurs seuls, le droit d’interpréter la Bible, et se montrait prête à tous les excès, pour domestiquer les âmes et juguler les consciences. Celle-ci, aveugle conduisant des aveugles, «n'avait pas aperçu du premier coup toutes les conséquences de son principe, parce que les Réformateurs avaient emporté avec eux une partie des préjugés de le tir première éducation. 1» Celle-là, consciente et fidèle, libérée de tous les préjugés catholiques «en posant le droit d’examen individuel, avait indirectement établi la liberté ^religieuse, et c’est à bon droit qu’elle est regardée comme la mère de toutes les libertés modernes 2. »
1 Histoire des Protestants, par G. de Félice. P. 55
2 Ibid. P. 56.