‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 74 sur 155 · NOUVELLE · texte numérisé non relu

NOUVELLE

ce n’avait été affirmée avec autant de force ; jamais la relativité de la connaissance n’avait trouvé de formule plus heureuse, jamais parole plus hardie, plus révélatrice, plus apaisante et plus vraie n’avait été prononcée, au sein des Christianismes professés. C’est une ère nouvelle qui s’ouvre ; l’ère du respect de la conscience où s’affirme non seulement le droit à la libre recherche, mais le droit à l’erreur et à l’hérésie, car l’erreur et l’hérésie sont la vérité pour celui qui les professe. C’est avec raison qu’on a rapproché, de cette admirable proclamation, celle qu un autre protestant, Eabaut Saint-Etienne, près de trois siècles après, faisait à la Constituante : «L erreur, Messieurs, s’écriait-il, l’erreur n’est pas un crime. Celui qui la professe la prend pour la vé-

rité. Elle est la vérité pour lui. Il est obligé de la professer. Et nul homme, nulle société n’a le droit de le lui défendre ! »>

C’est de ces déclarations, de cette attitude courageuse, de ces principes émancipateurs que sont sorties vraiment nos libertés modernes. A dire vrai, elles sont contenues, en germe, dans l’Evangile du Nazaréen ; depuis longtemps, les hommes répétaient la parabole de l’ivraie et du bon grain, ouïe témoignage de Gamaliel, mais sans en saisir l’exacte portée. C’est au cours de ces violentes discussions du XYIème siècle qu’on les a mis en lumière. Calvin ne consent à laisser croître l’ivraie jusqu’à la moisson, selon le conseil du Maître, qu’à la condition d’être lui-même le moissonneur, à qui est départi le droit divin d'arracher l'ivraie.

Aussi bien, Calvin ne s’aventure-t-il qu’avec une extrême circonspection sur le terrain du Nouveau Testament. Il n’y fait que de rapides incursions. C’est que la belle religion d’amour du grand Nazaréen se prête mal à cette exploration d’un homme désireux d’établir une doctrine de vengeance. Mais, prospecteur de haine, Calvin cherche quand même le filon. Sa récolte est d’une lamentable maigreur et, l’échec menaçant de tourner en défaite, il retourne bien vite aux livres mosaïques : c’est un sol plus riche. Il vaut cependant la peine de citer un des arguments que Calvin croit trouver dans l’Evangile :

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il cite l’épisode d’ Ananias et de Saphira, qui tombent frappés de mort, au moment même où Pierre leur reproche d’avoir «menti au Saint Esprit.»

Cet homme se moque agréablement de nous, s’écrie Vaticanus .... Pierre n a agi que par la parole. Qui donc pourrait le nier ? Montre-moi donc Pierre faisant usage du glaive dans les circonstances où tu t’en es servi, vis-à-vis de Servet. D’ailleurs, tu accuses faussement Pierre ; il n’a nullement tue Ananias : il l’a seulement exhorté et repris avec sévérité ! Ananias est tombé foudroyé, pendant l’exhortation de Pierre ? Ce n’est pas à Pierre qu’il faut attribuer cette mort, mais à Dieu. . . . Certes, on peut dire, dans un certain sens, que Pierre n’y est pas étranger, car il a condamné Ananias ; mais c’est Dieu qui a exécuté la sentence.

- Pourquoi donc Calvin qui cite cet exemple n’a-t-il

pas imité Pierre, et frappé Servet par la seule parole, comme Pierre avait frappé Ananias. »

Et Castellion, serrant de plus près sa pensée, montre, dans un parallèle saisissant, l’abime qu’il y a, entre 1 attitude de Calvin et celle de Pierre, qu’il invoque :

Pierre a condamne Ananias a cause d’un faux témoignage et parce qu’il avait menti à l’Esprit Saint ; Calvin condamne Servet à cause de la vérité qu’il professe et parce qu’il refuse de mentir. Si, en effet, Servet avait consenti à mentir à sa conscience, il était sauvé ; mais ayant parlé, selon le témoignage de l’Esprit en lui, Calvin l’a mis à mort. L’acte de Pierre fait que tous redoutent de mentir, l’acte de Calvin fait que désormais tous redoutent d’être sincères.»

Et comme Calvin déclare que ceux qui veulent tolérer les hérétiques exposent les brebis aux mor-

telles morsures des loups, Castellion se contente de répondre :

«Il v a des loups qui viennent sous des peaux de brebis mais leurs instincts carnassiers se manifestent vite. . . . Les loups ? Ce ne sont pas ces êtres de douleur qu’on met à mort ! Ce sont ceux qui tuent.

Décidément, le Nouveau Testament est un sol périlleux et Calvin ne s’y sent pas à l’aise. Cependant, il se doit de réfuter, aux yeux de ses partisans, les arguments de ses adversaires et, de bon gré ou de force, il doit les suivre sur le terrain qu’ils ont choisi. Or, il y avait précisément un argument qu’on citait à tout proposât dont il importait de faire bonne justice. C’était l’argument de Gamaliel. On connaît l’épisode : des chrétiens ayant été arrêtés et conduits devant les autorités juives, quelques «magistrats » voulaient les condamner, à cause des redoutables doctrines qu’ils professaient. Alors, Gamaliel, se levant au sein de l’assemblée, dit :

«Hommes israélites, laissez ces gens tranquilles. Si leur œuvre vient des hommes, elle se détruira d’elle-même, mais si elle vient de Dieu vous ne pourrez pas l’anéantir. Ne courez pas le risque de combattre contre Dieu.»

Calvin ne connaît pas cette crainte. Il ne peut pas un instant supposer qu’en combattant la « doctrine satanique» de la tolérance, il combat contre Dieu. Il faut, avant tout, déconsidérer un semblable té-

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moin : Gamaliel va devenir, sous sa plume, un sceptique et un aveugle, et son conseil de tolérance va se transformer en une criminelle suggestion qui tend à abolir le pouvoir établi. Voici ce qu’il écrit :

«Que cela soit dit inconsidérément, il appert d’autant que non seulement il est pour dissiper tout ordre de police mais aussi pour casser la discipline de l’Eglise. Et de fait,

il fallait regarder la personne qui parle. Car Gamaliel

ne sait de quel côté se tourner, non plus qu’un aveugle qui tâtonne en ténèbres. »

Castellion s’empresse de citer immédiatement après cette opinion, quelque peu téméraire, l’appréciation de Bullinger, l’ami de Calvin, qui disait de Gamaliel: «On reconnaît bien, dans ce conseil, la sagesse et le calme d’un homme d’étude qui a passé sa vie dans le commerce de la loi de Dieu, où ü a puisé l’horreur de la cruauté, .... tandis que les prêtres. ... ne rêvent que sang et boucherie.»

Avec quel malin plaisir, Castellion oppose ces deux théologiens «qui, dit-il, ne sont d'accord entre eux, que lorsqu il sagit de tuer quiconque n’est pas de leur avis. » Mais il ne se contente pas de cette opposition. Le filon est trop riche pour l’abandonner si vite. D’ailleurs, les faits eux-mêmes parlent en faveur de cette thèse. L’année d’avant (au mois de mai) cinq étudiants français de Lausanne avaient été arrêtés par les autorités ecclésiastiques lyonnaises et brûlés vifs. Castellion ne manque pas d’y

faire allusion et son argumentation se fait plus incisive :

« Qu’en penses-tU; Calvin ? Si quelqu’un avait donné au cardinal de Tournon, le conseil de Gamaliel, au sujet de ces cinq jeunes gens qu’il brûlait, quelques jours avant le supplice de Servet, aurais-tu dit que cet homme était un aveugle ? Toi-même, quel conseil lui aurais-tu donné ? De les relâcher ? Pour quelle raison ? Parce qu’ils professaient la vraie religion ? Mais tu sais bien que le cardinal ne le croyait pas et que tu n’aurais pas pu le forcer à le croire. Aurais-tu entrepris de discuter avec lui ? Mais il n’aurait admis ni tes arguments, ni même la discussion ... . Ajoute, à cela que les discussions durent depuis plus de trente ans et étant donné le péril que couraient les prisonniers, dis ce que tu aurais conseillé. Voyons, qu’aurais-tu dit pour sauver leur vie ? Est-ce qu’il n’est pas manifeste que le conseil de Gamaliel, en pareille circonstance, est le seul sonseil de sagesse? Gamaliel aurait été chrétien (et peut-être l’était-il) qu’il n’aurait pas donné aux juifs un conseil de plus haute prudence. . . . Si on écoutait Gamaliel, les hommes ne courraient pas le risque de combattre contre Dieu. Aujourd’hui, ses paroles trouveraient des applications nombreuses. Car si les papistes suivaient son conseil, ils ne persécuteraient pas tant d’êtres d’innocence, et les Zwingliens et les Calvinistes ne se feraient pas, dans ce domaine, les disciples et les imitateurs des papistes ! »

Et Castellion oppose rapidement à la doctrine de clémence du sage Israélite, la doctrine sanguinaire de Calvin :

Mais, ajoute-t-il, cet homme est si cruel et il poursuit d’une haine si inexorable les mânes de Servet qu’il préfère voir les siens brûlés par les papistes, plutôt que de donner

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son adhésion au conseil de Gamaliel : tout plutôt que d’avouer sa faute. »

Calvin, en effet, dans l’orgueil de son intangible dictature, n’a jamais voulu voir les terribles conséquences de ses déclarations. Ces considérations le laissent indifférent. Hermétiquement clos à toutes les suggestions de tolérance, il allait, proclamant sa monstrueuse doctrine de repression, tel une force déchaînée, inconsciente des ravages qu’elle peut faire. Il était à prévoir que les catholiques feraient bien vite appel à son témoignage pour légitimer leurs cruelles repressions. Quelques années après, le Parlement de France, défendant les édits royaux, donnait un argument que les Réformés ne pouvaient répudier :

« Ceux qui blâment la rigueur des édits des rois François 1er et Henri II offensent à tort leur honorable mémoire, car leurs édits sont justifiés par ceux-là mêmes qui les accusent dont plusieurs 1 (étant personnes privées, sans juridiction, usurpateurs de la seigneurie d’autrui) ont usé de peines rigoureuses contre ceux qu’ils ont jugé hérétiques, comme les Anabaptistes, Servet et autres. 2 »

Bossuet devait se faire plus tard (et avec quelle maîtrise) l’écho de cette thèse irréfutable. Un de ses contemporains, Dupin, l’auteur de la «Bibliothèque des auteurs séparés» 3, s’adressant aux Ré-

1 Textuellement : «aucuns desquels ».

2 Cité par Mr. Buisson. Remontrance au Roi. Tome II. Page 47.

3 Tome I. Page 177.

formés de son temps, qui se lamentaient des persécutions dont ils étaient l’objet, disait :

« Si vous avez été en droit de punir de mort des hommes que vous avez crus hérétiques, pourquoi les princes catholiques n’auraient-ils pas les mêmes droits, contre ceux qu’ils croient aussi hérétiques ? Vous fournissez des armes contre vous ! Et si Calvin et Théodore de Bèze avaient été sages ils n’auraient pas autorisé ni soutenu des maximes qui leur ont été si préjudiciables dans la suite.»

Mais les Réformateurs se souciaient bien de la sagesse ! La foi n’est-elle pas souvent une divine folie ? Calvin, avec l’inconscience d’un pourvoyeur de l’Inquisition, accumulait les arguments pour démontrer la nécessité de punir les hérétiques.

Abandonnant ce terrain mouvant qu’est l’Evangile, où il n’arrive pas à éviter les fondrières, il en revient à l’Ancien Testament dont il n’a pas épuisé les cruautés. Le témoignage de Gamaliel, n’a aucun prix ! Calvin peut en citer un autre qui légitime son attitude, et c’est triomphalement qu’il écrit ces tristes lignes :

«De ceci, l’Esprit de Dieu nous en montre un exemple notoire article 116 en la personne du roi Nabuchodonosor, car le prophète Daniel récite son édit par lequel il condamnait à la mort quiconque aurait blasphémé contre le roi d’Israël. Je vous prie, que dirons-nous ici ? Est-il vraisemblable que Nabuchodonosor, en ce qu’il s’est employé à maintenir la gloire du Dieu Vivant, soit loué par le témoignage du St Esprit et du prophète,

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afin que les magistrats fidèles dissimulent et fassent semblant de rien quand ils la verront profaner ? »

Vaticanus

Comment se fait-il que Calvin qui rejetait tout à l’heure, avec tant de mépris, le conseil de Gamaliel, célèbre avec tant d’enthousiasme celui de Nabuchodonosor ? Je n’y vois qu’une raison : c’est que l’un est empreint d’une grande clemence et 1 autre de durete, pour ne pas dire de sauvagerie. Calvin approuve, sans répugnance, les exemples cruels, et rejette les exemples de mansuétude. Car ce qu’il dit, au sujet de l’approbation que le St Esprit donne à l’édit du roi, s’applique aussi au conseil de Gamaliel. Luc, en effet, rapporte ses paroles, de la même manière que Daniel rapporte l’édit. Ni l’un ni l’autre n’interpose son opinion, qu’il approuve ou non. Calvin, l’homme de Nabuchodonosor, porte aux nues 1 edit de son roi et déclare Gamaliel aveugle ! Moi, je trouve Gamaliel plus clément et son conseil me paraît en harmonie plus intime avec la Nouvelle Alliance. Nabuchodonosor sent le fer et je le tiens pour un cruel tyran . filais soit, concédons a Calvin toutes les cruautés qu’il voudra. Qu’il imite son tyran. Qu’en résultera-t-il ? Va-t-on tuer tous ceux qui blasphèment le Dieu d’Israël ? Non, car personne ne tomberait sous le coup de cette loi : tout le monde aujourd hui, parmi nous, confesse ce Dieu. Transposera-t-on 1 edit dans le monde chrétien ? Soit. Et alors ? Va-t-on mettre a mort tous les Juifs, sous prétexte qu’ils blasphèment le Christ ? (Ce serait la négation de l’édit royal).

Mais je ne vois pas encore comment on pourrait atteindre les hérétiques qui confessent le Christ, malgré qu’ils soient dans 1 erreur. Aussi bien une erreur est-elle un blasphème ? »

Et cette impossibilité, dans laquelle se trouve Calvin, de légitimer la répression des hérétiques par 1 édit sanguinaire d’un tyran, ne manque ni

d’imprévu, ni d’humour. La pensée de Castellion s’égayait sûrement ici d’une pointe de malice. Mais devant la gravité du problème en question, elle se fait vite sérieuse :

« S’il plaît à quelqu’un d’imiter un édit de roi, qu’il imite l’édit de Cyrus, qu’Esdras rapporte avec d’autres éloges et un autre enthousiasme que Daniel rapportant celui de Nabuchodonosor. Celui-là est vraiment inspiré par l’Esprit Saint; il décrète que les israélites peuvent retourner à Jérusalem: mais que personne n’y est contraint. Qu’il en soit ainsi 'pour la religion. Ne forçons personne. Car la contrainte ne rend personne meilleur. Ceux qui veulent forcer les hommes à la foi agissent comme un homme qui, armé d’un bâton, voudrait introduire de la nourriture dans la bouche d’un malade récalcitrant. Les Saintes Ecritures se proposent d’enseigner la charité et elles n’ont qu’une raison d être : c est de persuader par la puissance du Verbe.»

On ne saurait mieux dire : ne forçons personne à la foi. C’est bien là la liberté religieuse, dans ce qu’elle a de plus élevé et de plus pur. Le principe du protestantisme, avec Castellion, devient vraiment le principe de toutes les libertés : la liberté de croire, ou de ne pas croire ; de participer a un culte ou de s’en abstenir ; de se rattacher à une Église ou de rompre avec elle. Mais voici ce que deviennent ces réalités apaisantes dans la doctrine de Calvin; on croit rêver en lisant ces lignes effroyables :

Calvin

«Ecoutons quelle loi Dieu a faite en son Eglise. Après article 117 qu’il a commandé de mettre à mort tout prophète ou songeur

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qui aura tenté le peuple pour le débaucher du droit chemin de la religion, il étend cette peine à tous en disant : « Quand ton frère, ton fils ou ta femme qui est en ton sein, ou ton prochain, lequel t’est comme ton âme, le voudra imiter, disant en secret : «Allons et servons d’autres dieux, lesquels tu n’as connus, ni toi, ni tes pères, ne lui consens point, ne l’écoute point, que ton œil ne lui pardonne point ; et ne lui fais pas miséricorde, ne le cache point, mais tu Vocciras, ta main sera sur lui, la première , pour le mettre à mort, et après, la main de tout le peuple, et le lapideras jusqu’à ce qu’il meure . >> Maintenant que ceux qui tiennent pour un péché véniel qu’on se révolte de la foi et du service de Dieu, aillent accuser de cruauté celui qui a fait une telle loi ! »

Castellion n’accuse pas Dieu de cruauté, mais il est assez émancipé du dogmatisme traditionnel pour comprendre, qu’il y a, dans la Bible, diverses notions de Dieu et que la Révélation religieuse est progressive. Calvin, partisan d’une Révélation massive, était inaccessible à des suggestions de ce genre, Castellion le combat avec des arguments qu’il est en état de comprendre, et ici encore, il se contente de lui montrer que sa généralisation est trop hâtive et que cette disposition sanguinaire du code, attribué à Moïse, ne légitime pas, le moins du monde, la mort de Servet :

Vaticanus

Il n y a rien, dans cette Loi, qui concerne les hérétiques. Aucun d eux ne dit : « Allons et servons des dieux » que nous n avons connus ni nous ni nos pères. Personne, en effet, ne nous incite à adorer Baal, ou Astarté, ou Neptune. Et que Calvin ne dise pas que ceux qui interprètent faussement

les Ecritures servent d’autres dieux, car ce serait un mensonge. Les Sadducéens interprétaient mal les Ecritures, puisqu’ils niaient la résurrection : c’est là, certes, une erreur plus grave que celle de Servet. ... ; on ne les a cependant jamais accusés d’adorer d’autres dieux ! Le Christ lui-même ne les a pas considérés comme des adorateurs de dieux étrangers, mais il les a considérés comme étant dans l’erreur ; il les a instruits avec bienveillance. Thomas s’est gravement trompé, lui qui ne voulait pas croire avant d’avoir vu, et cependant ne partage-t-il pas la gloire des Apôtres ? Les Apôtres, eux-mêmes, se trompaient lorsqu’ils ne voulaient pas admettre, au début, que la Bonne Nouvelle fût aussi pour les gentils.... Calvin, lui, déclare que les catholiques, non seulement sont dans l’erreur, mais qu’ils sont des hérétiques, des impies, des blasphémateurs adonnés au culte d’un autre Dieu ou de l’Antéchrist. Très bien, mais s’ils ont un autre Dieu, il est évident qu’ils baptisent au nom de cet autre Dieu. Or Calvin lui-même a été baptisé par eux et il tient ce baptême pour valable. Le dilemme s’impose : ou bien le baptême catholique est le vrai baptême et les hérétiques catholiques ont le vrai Dieu, ou bien ce baptême est mauvais et Calvin doit être rebaptisé, s’il veut être chrétien.»

Avec quelle clarté, la logique de Castellion met à nu le ridicule des raisonnements de son adversaire qui se targuait si facilement d’être un maître dans l’art de «presser un argument ! » Le trait final n’est pas moins aigu :

«D’ailleurs, si Calvin voulait obéir à cette Loi qu’il proclame, il ne devait pas brûler Servet, il devait le faire lapider par le peuple, et c’est lui, Calvin, le pur entre les purs, qui devait jeter la première pierre. »

Mais il faut voir par quel étrange subterfuge, Calvin croyait échapper au reproche d’inconsé-

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quence. Ce n’est pas sans raison, à ses yeux, qu’il proteste contre les répressions papales et il tient à s’en expliquer :

Calvin

« Mais devant que de passer outre, il convient de noter deux articles : car Dieu ne commande pas de maintenir si étroitement toute religion, quelle qu'elle soit : mais celle qu’il a ordonnée de sa propre bouche. Secondement il ne comprend pas les étrangers sous cette punition : mais ceux qui, après avoir reçu la doctrine de la Loi seront devenus apostats .... Puisque Dieu a donne une certaine règle à son peuple, par cela, il condamne la témérité de tous ceux qui entreprennent de defendre, a feu et a sang, une religion forgée à l’appétit des hommes. »

Cette pauvre distinction ne tient pas longtemps devant la critique de Castellion :

Vaticanus

Mais toutes les sectes édifient leur religion sur le Verbe de Dieu et toutes la tiennent pour certaine ! C’est pourquoi, toutes les sectes, armées de la règle de Calvin, devraient persécuter les autres. Calvin affirme que sa doctrine est certaine. Les autres sectes en disent autant de la leur. Il affirme qu’elles sont dans l’erreur : elles affirment que c’est lui qui erre. Calvin veut etre Juge : les autres aussi veulent l’être. Qui jugera ? Qui donc a nommé Calvin juge souverain de toutes les sectes, avec le pouvoir exclusif de prononcer la peine de mort ? Sur quel témoignage édifie-t-il son monopole de Juge ? Il possède la Paîole de Dieu ? Mais les autres aussi. Sa doctrine est indéniable ? Aux yeux de qui ? De Calvin ? Mais les autres aussi prétendent qu’on ne peut pas nier leur doctrine. Aussi bien pourquoi a-t-il écrit tant de livres, puisque la vérité qu’il proclame

est si évidente ? Il n’a pas écrit un seul livre pour démontrer que l’homicide ou l’adultère est un crime : pourquoi ? Parce que la chose est évidente .... Pourquoi donc y a-t-il des gens qui s’exposent à la mort pour des questions comme le second baptême et pour d’autres questions de cette nature ? N’est-ce pas parce que ce sont là des questions controversées ? Si Calvin a pénétré et dévoilé tous ces mystères, pourquoi ne fait-il pas un peu crédit aux autres, jusqu’à ce qu’ils les aient à leur tour dévoilés ? Pourquoi, au contraire, en les tuant les met-il dans l'impossibilité d’apprendre ? Il y a douze heures dans la jouinée: peut-être quelqu’un ne s’intruira-t-il qu’à la onzième.. L’apôtre veut qu’on espère en l’épouse infidèle : pourquoi ne serait-il pas possible de mettre un espoir en 1 heretique ? >>

Pourquoi ? Mais parce qu’aux yeux de ceux qui le condamnent, il est possédé par Satan. Et ceux que Satan possède sont voués à la mort et c’est faire œuvre pie que de les supprimer :

Calvin

« On ne nous propose point ici l’autorité des hommes : c est Dieu qui parle, et voit-on clairement ce qu’il veut qu’on garde en son Egüse jusqu’en la fin du monde. Ce n’est point sans cause qu’il abat toutes affections humaines dont les cœurs ont accoutumé d’être amollis. Ce n’est point sans cause qu il chasse loin l’amour du père envers ses enfants - bref, qu’il dépouil¬

le quasi les hommes de leur nature afin que rien ne refroidisse leur zèle. Pourquoi requiert-il une si extrême rigueur et qui ne fléchisse point, sinon pour montrer qu’on ne lui fait point l’honneur qu’on lui doit, si on ne préfère son service à tout regard humain, pour ri épargner ni parentage, ni sang, ni vie qui soit et qu'on mette en oubli toute humanité quand il est question de combattre pour sa gloire. 1 »

1 Ib. Calvin. Page 46.

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Y a-t-il dans l’histoire un fanatisme qui se soit jamais affirmé avec plus de force ? N’est-ce pas un appel direct aux persécutions sanglantes ? Castellion ne s’y trompe pas.

Vaticanus

Ne vois-tu pas à quoi ton livre, aussi bien que tes actes, ouvrent la fenetre ? Ils sont nombreux ceux qui prétendent défendre l’honneur de Dieu, mais voici, tandis qu’ils tueront les gens, ils invoqueront ton témoignage. Car tu ne penses pas, n est-il pas vrai, avoir convaincu ces criminels, au point qu’ils s’abstiennent de tuer pour en laisser aux Génevois le monopole. Lancés sur la pente redoutable, ils se couvriront de sang, comme toi. Comme toi, ils mettront à mort ceux qui different d’avis avec [eux. Ils feront si bien que jamais aucun des plus cruels tyrans, ni Néron, ni Caracala, ni Heliogabale, n’aura fart verser autant de sang que toi et Zwingli, par vos sauvages exhortations et vos appels sanguinaires, en avez fait déjà verser ou en ferez répandre dans des temps rapprochés ! A moins toutefois que, Dieu ayant pitié du genre humain, les princes et les magistrats que fascinent et aveuglent vos paroles, commencent à ouvrir les yeux et refusent enfin leur ministère à votre œuvre de sang ! »

On croirait entendre Elie parler à son roi criminel. Et pour que Calvin ne parle plus de la certitude absolue qu’ont les magistrats de la culpabilité des hérétiques qu’ils condamnent, Castellion termine son

apostrophe par cette phrase de réquisitoire passionné :

C’est sur ton témoignage, Calvin, et sur le témoignage de es complices, que le Sénat a tué un homme : eh bien, le Sénat

était aussi incapable cle juger de la cause, qu’un aveugle l’est de juger des couleurs ! »

Ici la doctrine nouvelle de la relativité de la connaissance s’affirme avec une autorité telle qu’on la dirait le seul dogme intangible. Personne n’a le droit d’imposer telles ou telles doctrines, car il n’est nullement démontré que ces doctrines sont les seules vraies. Les dogmes chrétiens sont susceptibles d’interprétations diverses et personne ne saurait établir indiscutablement leur réalité ou leur valeur.

En fait, il n’y a plus qu’un seul dogme : c’est qu’il n’y en a point. Il n’y a que des croyances. Et chacun édifie, comme il peut, ses croyances personnelles sur le témoignage intérieur de l’Esprit Vivant et les résultats acquis de son Verbe éternel.

Mais il faut abandonner ces hauteurs où la géniale intuition de Castellion nous entraîne. Calvin n’en est pas encore là. Il en est resté à la nécessité de punir les hérétiques, et son aveuglement est tel qu’il en vient naïvement à croire qu’en les punissant on leur rend service, et que les tolérer, c’est se faire hérétique et blasphémateur :

Calvin

a Ainsi, quiconque soutiendra qu’on fait tort aux hérétiques article 122 et blasphémateurs, en les punissant, se rendra à son escient coupable et complice d’un même crime.»

Vaticanus

Comme, nulle part, dans l’Ecriture, il ne trouve un seul passage qui ordonne de tuer les hérétiques, Calvin, cherche, avec

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une évidente mauvaise foi, a confondre les hérétiques et les blasphémateurs .... C’est d’ailleurs un procédé habituel chez lui, car dans le livre qu’il écrivait contre les Anabaptistes et es libertins, il s’arrange de façon à ce qu’on identifie les uns avec les autres. Calvin a appris cela des juifs qui crucifièrent Jésus entre les larrons .... S’il était désireux, autant qu’il le dit, d obéir à la loi mosaïque, il eût commencé par les siens (Calvin comprendra en me Usant), 1 Pourquoi commence-t-il par les hérétiques, que la Loi ne nomme pas, une seule fois ? Pourquoi ne l’applique-t-il pas aux adultères dont le nombre est si grand à Genève et dont la punition est spécialement décrétée dans la Loi ? Je ne dis pas cela pour attirer sur ceux qui se rendent coupables d’adultère, les rigueurs mosaïques. Je préféré qu’on trouve d’autres peines et qu’on n’en appelle plus à Moïse : car je sais ce que sont les hommes aujourd’hui. Si nous condamnions à mort tous ceux que la loi mosaïque condamne, grand Dieu, qui donc y échapperait? Mais puisque Calvin invoque avec tant d’insistance cette terrible loi, il y a plus que de l’inconscience à fermer les yeux sur les crimes qu’elle condamne, tandis qu’on fait brûler ceux que la Loi ignore et que, nulle part, elle ne condamne à mort. »

Ces arguments bibliques peuvent paraître un peu désuets à un grand nombre. Mais la distinction très nette que Castellion fait entre les hérétiques et les blasphémateurs jette une vive lumière sur les procédés de polémique de Calvin qui accuse les autres de mettre tout en confusion, tandis qu’il s’efforce lui-même d’identifier libertins et anabaptistes, hérétiques et blasphémateurs. Mais ce qui est instructif, c’est de voir où tend sa pensée, c’est de voir

1 Allusion à ces scandales que Castellion avait jadis dénoncés et que ,almn avait couverts en se faisant devant les syndics le défenseur des cou-

surtout dans quelle impasse il veut acculer ses lecteurs, et quel but il se propose d’atteindre. Si — ne fût-ce qu’un instant — on sonde le dessein qu’il poursuit, on ne peut se défendre d’un sentiment d’ilorreur et d’une indicible répulsion. Il suffit, d’ailleurs, de lire les lignes suivantes pour être fixé :

Calvin

Qui plus est : un petit après, Dieu enclôt en une même punition les villes entières avec leurs habitants : « Si tu entends dire qu’en l’une de tes villes, il y ait quelques méchants qui aient débauché les habitants et les aient fait révolter .... tu déconfiras, à la 'pointe, de V épee, les hommes de cette ville et la raseras, tu ramasseras aussi le bétail et le meuble qui est en icelle et brûleras tout, en signe $ exécration. » Nos miséricordieux qui prennent si grand plaisir à laisser les hérésies impunies, voient maintenant que leur fantaisie s’accorde trop mal au commandement de Dieu. »

L’ironie triomphante de Calvin qui semble jeter un défi aux béatitudes et aux enseignements du Maître de miséricorde, est plus attristante, peutêtre, que l’effroyable doctrine qu’il attribue à Dieu. C’est à ces paroles que Castellion répond à la fin de l’article 122, quoiqu’il ne les ait pas citées dans le passage qu’il discute :

Mais, au nom de Dieu, s’ecrie-t-il, comment Calvin entend-il cette Loi qu’il invoque et qui voue à l’extermination les villes où l’on adore d’autres Dieux et qui n’épargne ni les troupeaux ni les meubles ? Ainsi donc, si Calvin se trouve un jour à la tête de forces suffisantes, il envahira la France et les autres

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nations qu’il tient pour idolâtres ? Il ira, il détruira les villes, il passera tous les hommes au fil de l’épée, il égorgera et fem- ' mes et enfants, n’épargnant pas ceux qui sont encore au sein de leur mère. Puis, il exterminera les troupeaux et, au milieu du forum, il fera flamber les meubles entassés comme il a brûlé Servet. Qu’on pèse soigneusement ses paroles. C’est à cela qu’elles tendent ! C’est là qu’il veut nous amener, ce juif, qui lit Moïse, avec un voile sur le visage, et qui n’a pas encore compris que la Loi de Moïse s’abolit en Christ !. . . . Alors quoi, jamais, nous ne sortirons des ténèbres de la Loi ? Jamais nous ne parviendrons à la Lumière ? »

La lumière de l’Evangile eût dissipé bien vite, en effet, toutes ces horreurs. Mais on chercherait en vain, dans tout le livre du Réformateur de Genève, les préceptes d’inlassable mansuétude, d’incessant pardon, de triomphante miséricorde, d’adorable amour, qui font l’éternelle beauté de la Bonne Nouvelle du Maître. Calvin semble se réclamer seulement de la Loi de Moïse et ü y revient avec complaisance; ü s’y sent sur un terrain solide:

Calvin

«Moïse qui était d’un esprit fort bénin et débonnaire, a pourtant ordonné de tuer sans rémission ceux qui ont violé le service de Dieu et il a commandé aux prêtres et aux lévites de se baigner et tremper au sang de ceux qui ont idolâtré. »

Castellion observe qu’il n’y a plus ni prêtres, ni iévites, au sein de la Réforme, et il demande où sont ceux que Calvin appelle « idolâtres » ou ceux qu’il considéré comme des « violateurs du service de Dieu .»

Il serait bon, lui semble-t-il, de ne pas confondre les hérétiques avec ces idolâtres. Pourquoi Calvin n’a-t-il jamais donné une définition de l’hérétique ? Pourquoi ? C’est très simple : parce que, s’il s’en tenait seulement à l’hérésie, il n’aurait pas pu invoquer une seule loi pour légitimer l’usage du glaive ! Et c’est pour cela qu’il mêle toutes les notions et qu’il jette sur le même bûcher hérétiques, blasphémateurs, idolâtres et apostats, de telle façon que ceux qu’il ne peut tuer séparément ne puissent pas échapper à la condamnation globale :

«Mais cet escamotage habile ne nous trompe pas, s’écriet-il. Que Calvin nous cite la Loi qui exige qu’on mette à mort les hérétiques. Il n’y en a aucune. Il ne s’agit ni des apostats, ni des blasphémateurs ! Il n’y en a point parmi nous. Il s’agit des hérétiques ! Montre-nous la loi qui concerne leur cas. Ne parle plus d’impies ou de blasphémateurs .... car qui donc te concéderait que les hérétiques sont des blasphémateurs ou des impies ? Qui concédera au pape que les Luthériens, les Zwingliens, les Calvinistes sont des blasphémateurs, parce qu’ils se séparent de lui sur quelques questions ? Et cependant il les condamne avec non moins de vigueur qu’ils ne condamnent eux-mêmes le Pape ! Qui concédera à Zwingli que les anabaptistes sont des blasphémateurs, parce qu’ils diffèrent de lui sur le baptême ? Qui concédera à Calvin que les Luthériens et les Zwingliens, qu’il condamne dans son libelle sur la Cène,

sont des blasphémateurs ? - Il ne s’agit là ni de blasphème

ni d’impiété : il s’agit de divergences d’opinion. ... Et je nie qu’il y ait, dans toute la Loi, un seul passage qui ordonne de mettre à mort les hérétiques. Calvin se joue de nous d’une façon indigne, en invoquant la Loi pour légitimer leur répression : nulle part, dans la Loi, il n’est question de l’hérésie. Et

LES DEUX RÉFORMES AUX PRISES

alors même que la Loi exigerait la mort de l’hérétique, quel est l’homme de bon sens qui concéderait à Calvin que cette Loi persiste encore sous le règne du Christ ? Qui donc consentirait à se laisser arracher le Christ pour revenir à Moïse ? Que Calvin se rattache à Moïse et se fasse juif, s’il le veut. Pour nous, c’est du Christ que nous nous réclamons : il est notre Législateur et nous voulons obéir à sa Loi .... La Loi mosaïque nous a conduits au Christ, mais, le Christ venu, le conducteur n’est plus utile. »

Castellion établit son point de vue par des textes bibliques et une ingénieuse et savante exégèse. Sans doute ces discussions ne présentent plus aujourd’hui le même intérêt qu’au XV3>me siècle, mais il est intéressant de voir avec quelle netteté et quelle maîtrise, Castellion réfute, par des textes bibliques, l’affreuse doctrine de son adversaire, et comment il édifie sur la Bible, en libre croyant respectueux de la Révélation, cette belle et apaisante doctrine, que les temps modernes appellent la tolérance.

Malgré tout, l’exégèse de Castellion et sa conception du respect des consciences ne pouvaient convaincre Calvin : il n’était pas mûr pour les comprendre. Son âme de dictateur religieux était inaccessible à de semblables suggestions. Il ne sort pas de cette nécessité de la répression qui le hante et, selon sa coutume, il triomphe à toute occasion, à propos de toutes les citations qu’il fait, comme si ses lecteurs devaient nécessairement être atteints d’aliénation mentale :

Calvin

«Il y a, écrit-il, un témoignage de Saint Paul si exprès qu’il servira encore mieux pour tout décider. »

Ilf aut lire ce passage « si exprès » :

«Avant toute chose, dit l’apôtre, je recommande qu’on fasse des prières pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous passions une vie paisible et tranquille en toute piété et en toute honnêteté. 1 » ... .Dont il s’ensuit, conclut Calvin, avec une sérénité de logicien ayant fait ses preuves, que le glaive est donné aux rois pour défendre la saine doctrine quand besoin sera, punissant les hérétiques qui la renversent. »

C’est inconcevable, mais c’est textuel. Castellion se donne ici le luxe de faire à Calvin une petite leçon d’exégèse dont le Réformateur de Genève eût pn tirer quelque profit si son dogmatisme massif avait pu laisser quelque prise à une suggestion nouvelle ;2 mais Castellion ne s’attarde pas longtemps à ces fantaisies, il élève le débat et le place encore dans la sphère de la vie morale.

Relevant les termes dont Calvin se fait une arme contre les hérétiques, il s’arrête à définir la saine

1 I Timothée II : 1.

2 Castellion n’a pas de peine à établir, en éclairant cette parole évangélique par son contexte, que l’apôtre a voulu dire exactement le contraire : « Il faut, écrit-il, prier Dieu pour tous les hommes ; il faut lui demander — la suite du passage l’indique — d’ouvrir leurs cœurs et de les mener à la connaissance de la vérité; ils nous laisseraient vivre en honnêteté et piete au lieu de nous persécuter. Voilà le sens de ce passage de Paul ! Bien loin de demander aux princes de défendre la saine doctrine par les armes. ., il ne leur demande que de cesser de la combattre. »

LES DEUX RÉFORMES AUX PRISES

doctrine, cette saine doctrine dont on parle toujours et dont personne, en réalité, ne peut dire en quoi elle consiste :

saine doctrine La saine doctrine ? écrit Castellion, c’est celle qui, si l’on et action en crojt l’apôtre Paul, rend les hommes sains, c’est-à-dire que

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