MAGISTRATS DE BERNE
peur de terribles représailles, avait compris le nouveau danger. Aussi bien, les événements ne devaient-ils pas tarder à confirmer son impression. La doctrine sur laquelle il avait édifié la Réforme était discutée dans les réunions pastorales, en chaire même. A Rolle, des pasteurs s’élèvent contre le dogme de la prédestination qui contient, disent-ils, « de terribles erreurs que le magistrat devrait bien réprimer ! » Calvin se voit accusé d'hérésie ; on met en lumière tout ce qu’il y a de redoutable dans sa doctrine. On la dénonce comme opposée à l’Ecriture ; on reprend les arguments des Annotations de Castellion. Cette critique que les Calvinistes avaient cru anéantir d’un coup, ressuscite dans toutes les chaires de Berne. «Le bruit est connu par le pays, écrit Calvin, que je suis condamné comme hérétique parce qu’on prétend que j’ai fait Dieu auteur du péché. A Mais le Réformateur de Genève n’est pas disposé à supporter bénévolement ces reproches. Son premier geste est de demander aux magistrats bernois l’expulsion des coupables et la déposition des pasteurs imprudents : «S’ils ne veulent pas chasser ces chiens, une bonne fois, écrivait-il à un ami, qu’ils répriment leur rage par un châtiment sévère.»2 Les magistrats bernois, loin de se laisser influencer, prirent une série de mesures qui durent
1 Opp. Calvini, XV, 601.
2 Opp. Calvini, XV, 254.
LE TRIOMPHE DU CALVINISME
être pour Calvin une cruelle déception. Il était interdit aux sujets bernois de participer à Genève aux rites calvinistes. On devait s’abstenir, sous peine de bannissement, de traiter de «certaines, hautes et subtiles doctrines touchant de la prédestination», chose qui non seulement «n’est nullement nécessaire au salut, mais est destinée plutôt à diviser qu’à édifier1». Par la même occasion, les magistrats avertissent « expressément le dit Calvin et tous les ministres de Genève» que s’ils trouvent en leur pays des livres composés par «lui ou par d’autres, en contradiction avec les textes de la Béformation bernoise, non seulement ils ne les souffriront pas, mais il les brûleront. » 2 Calvin semble un instant atterré par ces mesures. Ses lettres intimes montrent son état d’esprit. «De tous côtés, écrit-il, les chiens me poursuivent de leurs aboiements, partout on me proclame hérétique.... Déjà on parle publiquement ici de faire proscrire mes livres. » 3
Mais un homme comme Calvin ne se laisse pas LES eeprésail-