‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 80 sur 155 · LES CALVINISTES · texte numérisé non relu

LES CALVINISTES

abattre. Il comprend la gravite de 1 heure et il y pare avec l’adresse d’un tacticien qu’aucune surprise ne prend au dépourvu. Il doit se créer une situation si puissante que son autorité ne puisse être discutée. Il a déjà vu ce que peuvent des élections

1 Lettre du 26 Janvier 1555. Opp. Calvini XV, 405.

2 Opp. Calvini, XV, 545.

3 Opp. Calvini, XV, 601.

bien conduites. C’est dans ce sens qu’il décide d’agir. Il fait inscrire sur la liste électorale une soixantaine de réfugiés français qui lui assurent une majorité de tout repos ; mais des protestations s’élèvent, une rixe anodine éclate et deux pauvres diables sont arrêtés:1 C’était une occasion «providentielle» et Calvin allait en tirer un merveilleux parti. Les deux prisonniers sont immédiatement accusés d’avoir participé à un complot. Quelques jours de torture ne leur arrachent aucun aveu ; mais, saignant de tous leurs pores, ils finissent par dire tout ce qu’on veut. Seulement, à peine délivrés de la corde qui fait gicler le sang de leurs veines éclatées, ils se rétractent; peu importe, ils sont condamnés «à avoir la tête tranchée et leur corps mis en quatre quartiers. »

L’exécution a lieu à Champel, le 3 juillet ; le bourreau leur hache littéralement le cou ; le Conseil indigné devait, plus tard, le priver de son office «poulies avoir trop fait languir.»

Calvin n’était pas de l’avis du Conseil. Ces affreuses souffrances de deux pauvres êtres, pantelants sous la hache du bourreau, lui arrachent de pieuses actions de grâces. «Pour moi, écrit-il, je suis persuadé que ce n’est pas sans un dessein arrêté de Dieu

1 Les deux Comparet. L’un avait été arrêté pour avoir lancé une pierre occasionnant une blessure insignifiante ; l’autre, son frère, avait essayé de le faire fuir.

LE TRIOMPHE DTI CALVINISME

que l’un et l’autre ont eu à subir, eu dehors de la sentence des juges, un tourment sous la main du bourreau. »

C’est trois semaines après cette terrible boucherie que fut la mise en quartiers de ces deux victimes de son ambition électorale, que Calvin écrit froidement ces lignes. Ne vous semble-t-il pas que Voltaire avait quelque raison de dire que Calvin avait « une âme atroce ? » Mais le Réformateur avait un intérêt trop grand à se débarrasser de ses ennemis pour en rester là. Quand on est l’homme qu’était Calvin et qu’on tient un tel filon, on en exploite toutes les richesses. L’idée du complot admise, il était facile d’v impliquer tous ses adversaires. Calvin n’v manque pas. Des arrestations nouvelles se produisent ; Claude Genève, Berthelier jeune, sont mis en prison. La « corde » se met à nouveau de la partie : la torture cependant ne peut arracher aux prisonniers d’autres aveux que celui d’avoir voulu «garder la ville des étrangers et empêcher qu’on ne fît plus de bourgeois. » C’était là, certes, un droit qu’eût dû respecter celui que M. Doumergue appelle pompeusement le fondateur des libertés modernes: «Calvin, s’écriait-il, devant un public frémissant \ a été le fondateur des libertés économiques et politiques ! » Pour fonder ces libertés

1 Discours sur Calvin et les libertés modernes. Séance publique de rentrée à la Faculté théologique de Paris, Novembre 1898.

dans la cité de Genève, Calvin commence par lui imposer, en vertu de son pouvoir discrétioncalvin et la naire, le gouvernement des étrangers. Et, comme

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