‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 81 sur 155 · TORTURE · texte numérisé non relu

TORTURE

quelques Génevois protestent au nom de leur autonomie, il les emprisonne et, comme ils ne consentent pas à avouer des crimes qu’ils n’ont pas commis, il les fait «passer à la torture» et, confiant, il écrit à un ami : «Nous verrons, j’espère, avant deux jours, ce que la question leur arrachera. » 1 La question restait, pour ce fondateur des libertés 'politiques, la suprême ressource. C’est dans les verges, les roues, les chevalets, les brodequins de torture, le plomb fondu insinué dans les oreilles les yeux ou la bouche, que résidaient ses procédés d’instruction. Et qu’on n’essaie pas ici encore d’accuser tout un siècle pour excuser Calvin. L’excuse n’aurait pas de valeur. Il est vrai, certes que l’usage de la torture était général et que tout le monde l’acceptait, mais le pseudo -fondateur des libertés modernes n’aurait pas dû agir comme tout le monde. Il y avait, de son temps, un homme qui répudiait hautement la torture :

«Ou bien, disait-il avec son bon sens d’homme de logique et d’équité, ou bien l’accusé est déjà convaincu du crime et la torture est inutile, ou bien il n’est que soupçonné et alors il est à redouter que la souffrance ou la peur de la souffrance ne faussent son témoignage. Mais, lui objecte-t-on, il y a des

1 Opp. Calvini XV, 693.

LE TRIOMPHE DH CALVINISME

coupables qui échapperont à la justice ! Eh bien, répond-il, aucune loi n ordonne de punir les criminels que vous ne connaissez pas. Contentez-vous de condamner ceux que vous connaissez ■ — Mair la torture a fait parfois découvrir des coupables ! Est-ce sûr? Quoiqu’il en soit, il peut arriver à un charlatan de guérir, par hasard. Cela prouve-t-il en faveur de sa méthode ?

Mais c’étaient là les doctrines d’un monstre, d’im chien, d’un impie, puisqu’elles émanaient de Castellion. Le «fondateur des libertés modernes» ne donnait pas dans de semblables erreurs : rien ne valait la corde pour violenter les consciences dans leur parti pris de silence ; et un bon brodequin, bien coincé, valait mieux que toutes les exhortations.

Le malheur est que cela ne réussissait pas toujours : la torture ne put arracher aux accusés aucun aveu compromettant. Mais à quoi bon des aveux, quand on a la force ? Berthelier aîné et un autre prisonnier, Pierre, qui avaient cru prudent de fuir, sont condamnés à mort, par contumace. Claude Genève est exécuté, et le jeune Berthelier, malgré les suppliques émouvantes de sa mère qui rappelait les services rendus à la cité par le chef de la famille, subit le même sort. Alors, dans tous les pays de la Réforme, on sent passer un frisson d’épouvante. Haller, un des amis de Calvin, écrit qu’à Berne «on ne rencontre plus un homme sur cent, qui dise du bien de Calvin. » Hoffmann affirme «qu’on n’en parle pas mieux à Bâle qu’à Paris». Musculus, de Strasbourg,

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