‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 84 sur 155 · LA DÉFENSE D’UN LIBRE CROYANT ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES · texte numérisé non relu

LA DÉFENSE D’UN LIBRE CROYANT ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES

Calvin, délivré de ses adversaires les plus gênants et convaincu de l’impuissance des autres, songea bientôt à celui qui, hors de ses atteintes, avait pu, si longtemps, se croire à l’abri de ses poursuites.

Il allait enfin pouvoir s’occuper de lui. Malheureusement Castellion semblait ne plus donner signe de vie. Il fallait le faire sortir de sa réserve.

Théodore de Bèze s’offrit à se livrer aux premières attaque de attaques : sa traduction latine du Nouveau Testa- TH’ DB BÈZF' ment était une excellente occasion. Il en profita pour critiquer avec violence « le nouveau traducteur. »

Richard Simon dit qu’il le fit «avec aigreur.» En effet, il ne lui ménageait pas les termes d’impie, de sacrilège et de blasphémateur. «Castellion fut assez modeste, déclare Richard Simon, pour garder le silence. Mais enfin, voyant que les ministres de Genève continuaient à le traiter d’impie et de scélérat, il .tâcha de justifier sa version. Dès le milieu de l’an 1557, sa réponse était prête. Il

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OENSUBE

lui avait donné comme titre: «Défense de Sébastien Castellion, de ses traductions des livres bibliques, et surtout de ceux de la Nouvelle Alliance. » 1 Mais il avait compté sans la censure qui veillait.

En vain, Castellion implora-t-il la permission de défendre ses traductions, les censeurs calvinistes firent la sourde oreille. Il y avait pourtant quelque droit, étant donné les injures dont ses adversaires l’abreuvaient. Cependant, ce n’était pas à ces injures qu’il voulait répondre. Certes, elles ne le laissaient pas indifférent. Il en était préoccupé plus qu’il ne l’aurait voulu. Il l’avoue avec une émouvante douceur évangélique :

«Or bien, je remercie Dieu qu’il me fasse à moi indigne la grâce d’être blâmé et d’avoir mauvais bruit pour son nom. Je n ai pas oublie ses paroles : «Heureux serez -vous quand on dira de vous toute sorte de mal a cause de moi, réjouissezvous et soyez en joie. . . . >> Vrai est que je ne suis pas encore venu jusqu’à m’en égayer comme je devrais, mais pour le moins. .. .j’espère que Dieu achèvera bientôt en moi ce qu’il a commencé. Voilà pourquoi quant à ma personne je ne me soucie guère de répondre aux médisances des méchants, attendant que la vérité même découvre, à la fin, le tout. 2 »

Cependant s’il n’avait pas l’intention de défendre sa personne, il aurait voulu pouvoir défendre ce ou il croyait être «la vérité de Dieu.» Les censeurs

i Sebast. Castalionis defensio, suarum translationum bibliorum et maxime novi fæderis.

Lettre à Gutll. Constantin. Biblioth. des Remonstrants. Manuscrit No. 605.

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calvinistes ne le lui permirent pas ; mais s’il était interdit à Castellion de répondre à ses agresseurs, ce droit de réponse, les Calvinistes se l’octroyaient sans scrupule.

Précisément, à l’heure même où Castellion se morfondait à attendre une autorisation qui ne venait pas, paraissait un libelle français, imprimé clandestinement et qui prenait violemment à partie les doctrines de Calvin, concernant la prédestination.

Alors, plus de veto. Le Réformateur de Genève n’attend pas l’avis de la censure ; sa réponse violente, acérée, agressive, paraît presque instantanément. De toute évidence l’attaque venait de Castellion. C’étaient ses arguments, c’était sa manière. Calvin, le mettant violemment en cause, l’accabla d’injures. Castellion pourtant n’était pour rien dans ce libelle, et Calvin, dans une seconde édition, substitua au nom de son adversaire son «équivalent» : brouillon, vaurien, mauvais sujet. 1 Mais les injures, malgré qu’il en eût supprimé un grand nombre, s’étalaient encore au cours de l’ouvrage, si bien que Musculus, de Strasbourg, écrivait : «J’y voudrais un peu plus de modération

LIBELLES ANTT- CALVINISTES

1 Brevis responsio ad diluendas nebulonis cujusdam calumnias. , . .etc.

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que n’en témoignent ces mots : vaurien, chien, biaillard. Il y a beaucoup de chrétiens qui pensent exactement comme celui qu’il traite ainsi de braillard. » 1

La doctrine de la prédestination n’était pas unanimement adoptée dans les pays de la Béforme : Calvin ne l’ignorait pas et c’est peut-être ce qui explique l’émoi que lui causa le libelle anti-prédestinatien. Allait-on ressusciter les vieilles querelles et l’accuser à nouveau d’hérésie ? Il n’était pas disposé à le tolérer et sa puissance reconquise lui donnait désormais une autorité qu’il saurait montrer. Plus que jamais, il sentait la nécessité de tarir à leur source toutes ces abominables théories qu’on opposait à sa doctrine. Il lui était indispensable de ranimer le zèle de ses partisans et Théodore de Bèze et Farel, au cours d’un séjour qu’ils firent à Bâle, n’y manquèrent pas. Il y avait là d’ailleurs des Calvinistes influents : le médecin Grattaroli, qui était un des plus ardents adversaires de Castellion, reprit, avec plus d’application, sa tâche d’espionnage : ses lettres de dénonciation se firent plus rapprochées et plus pressantes.

Sur ces entrefaites, un manuscrit contenant certains articles sur la prédestination fut saisi sur un mystérieux voyageur qui l’emportait en France, pour le faire éditer. Là-dessus grand éclat.

1 Opp. Calvini XVII: 9 Janv. 1558.

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Théodore de Bèze, entre les mains de qui ce manuscrit «était venu par un hasard providentiel» (c’est ainsi qu’il raconte l’aventure) presse Calvin de répondre. Celui-ci a quelque scrupule. A quoi bon faire du bruit autour d’un manuscrit que tout le monde ignore "? Certes, cela sent bien son Castellion, mais il ne possède aucune preuve. Il en vient même à l’idée que cet écrit doit être d’un de ses disciples :

«Je ne m’empêche pas fort de savoir si tu l’as écrit de ta main, ou bien si cet Ecossais qui fait état d’éventer tes rêveries, si tôt que tu les as enfantées, l’a écrit sous toi pour le porter à Paris, d’autant qu’il ne t’eût pas été permis de le publier au beu de ta demeure.»

Il importe peu à Calvin de savoir qui est le véritable auteur du livre. Quel qu’il soit, les idées qu’il contient émanent de Castellion ; que ce soit lui qui l’ait rédigé ou un autre qui «fait profession d’éventer les rêveries» qu’il enfante,.... c’est Castellion qui est coupable. Mais ce qui est caractéristique, c’est l’état d’âme de Calvin qui constate avec un accent de triomphe qu’il n’eût pas été permis à Castellion de publier ce manuscrit «au lieu de sa demeure.» Calvin ne voit pas qu’en soulignant ce fait, il montre que la censure calviniste dans les pays réformés était plus tyrannique que la censure de l’Inquisition catholique. C’est d’autant plus convaincant que ce manuscrit, si

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