‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 87 sur 155 · PUBLIQUE . · texte numérisé non relu

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avoir cl hésitation : il se devait d’offrir à Castellion l’occasion d’exprimer sa pensée. C’était là, d’ailleurs, le meilleur moyen de le compromettre. Il le convoqua à une conférence contradictoire de pasteurs et de professeurs : mais les chances n’étaient pas égales, car si Borrhée ne risquait rien, Castellion, lui, risquait sa sécurité et peut-être son existence ; toutefois il s’y rendit, décidé à se bien garder.

ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES

Invité à prendre la parole, il était en train de faire un rapprochement de textes bibliques, pour éclairer celui qui était en discussion 1, lorsqu’un de ses auditeurs se dressa dans l’assemblée et l’accusa de blasphème:

«Alors, écrit Castellion, j’ai immédiatement arrêté la discussion. En suite de cela, j’ai été traduit devant le Sénat et gravement accusé de blasphème, et si vous n’étiez intervenus, 2 vous tous qui étiez présents et qui saviez quelle est mon innocence, si vous n’aviez fidèlement témoigné en ma faveur devant le Sénat, je ne sais ce qui serait arrivé. » 3

L’attaque était rapide, l’embuscade bien préparée, la mise en scène parfaite, mais les adversaires de Castellion avaient compté sans la loyauté de ses collègues et ils durent écrire à Genève leur déconvenue. Castellion cependant comprenait, plus que jamais, de quel réseau de suspicions il était entouré et quels ennemis se mouvaient, autour de lui, dans l’ombre. Il se confirme dans cette opinion que de telles discussions sont absolument vaines :

«Les positions sont prises, écrit-il à Borrhée, 4 elles sont pour la plupart définitives, irrévocables, et j’ai compris qu’il n’en est pas une, susceptible de se modifier. Certes, vous permettez de discuter, mais à la condition qu’on soit du

1 «J’ai aimé Jacob et j’ai haï Esaii. » Mal. I ; 3.

3 Ses Collègues de l’Université, à qui la lettre est adressée.

3 Du texte latin, page 113, du manuscrit de Bâle.

4 Du latin. Ibid, page 1113 du manuscrit.

LA DÉFENSE ü’UN LIBRE CROYANT

même avis que vous. Mais de la sorte on ne discute plus pour établir du vrai : on discute pour le plaisir de la discussion. Dès que quelqu’un discute sérieusement, on lui impose silence. Il est remis aux mains du magistrat dont le glaive fait réfléchir : quel est donc celui qui — si solide que soit son cou — n’éprouverait quelque crainte ? Avec de semblables raisons vous ne pouvez être vaincus. Mais est-ce là une victoire vraie, une victoire juste, chrétienne ou évangélique ? C’est à vous de le dire.

L’enquête, à laquelle s’était livré le Sénat de TUniversité, nous a conservé un document dont les termes très nets montrent que Castelli on n’était pas disposé à s’incliner devant les doctrines de une conscience ses adversaires. Invité à donner un résumé de

ibréductible

ses idees, il affirme (et c’est là d’ailleurs le fondement même de sa doctrine) que Dieu est la source «de toute vie, de toute grâce excellente et de tout don parfait. » Il affirme que les hommes qui se consacrent au bien, agissent sous son impulsion directe, que tous ceux qui possèdent 1a, vie ne la possèdent qu’en vertu de la volonté éternelle et providentielle du Père, de sa miséricorde et de sa grâce :

«Mais quant aux méchants et aux impies, ajoute-t-il, qu’ils soient haïs de Dieu et réprouvés par lui, sans et avant qu il y ait eu péché de leur part, c'est ce que je ne puis comprendre et je demande qu'on me supporte en cela pour l'amour du Christ. Car si un autre pense autrement, je ne prétends par le condamner ; je ne me permets pas d’ailleurs de troubler les Eglises ; je suis au contraire disposé à vivre en parfaite

ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES

union avec elles et en pais avec tous, comme il convient à des chrétiens.1 »

Voilà l'impie, le monstre, le blasphémateur que Calvin s’efforce de nous montrer dressé contre l’Eglise du Christ et contre Dieu. C’est un laïque érudit qui, membre des Eglises de la Réforme, a fini par voir qu’elles étaient devenues l’apanage de Calvin et qui demande humblement, avec des accents de fraternelle prière, qu’il lui soit permis de penser sur un point autrement que le dictateur de Genève. Il ne peut pas admettre, il ne peut pas se résoudre à croire que Dieu ait voulu, de toute éternité, sans raison, par le seul fait de son pouvoir souverain, damner à tout jamais de pauvres êtres de misère, qui n’ont rien fait pour mériter leur sort. «C’est pour eux, disait-il, que le Christ est venu. » Il n’est pas venu pour «les bien portants » il est venu pour les malades, pour les déshérités, pour les brebis perdues du grand troupeau humain. Castellion croirait renier le Christianisme s’il reniait cette apaisante et évangélique doctrine : il ne peut autrement. Jadis il eut clamé cela, avec des gestes de jeune conquérant, mais le triomphe définitif du dogmatisme calviniste a brisé ses énergies. Les poursuites incessantes, les calomnies, les privations et les veilles, ont eu raison de sa puissance de révolte ; il se contente d’être irré-

1 5 Novembre 1557.

LA DÉFENSE D’UN LIBRE CROYANT

sympathies

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