LETTRE DE MÉLANCHTON
LA DÉFENSE D’UN LIBRE CROYANT
malentendus entre ceux qui se donnent pour les amis de la sagesse et de la vertu, je me sens gagné par une immense tristesse. Pourtant, à voir votre manière d’écrire, je vous ai toujours estimé.... Aussi, en considérant la beauté de votre diction, il m’a été impossible de ne pas vous aimer, sans même que nous ayons eu aucunes relations. Plusieurs me sont témoins, et entre autres votre ami Hubert (Languet), des éloges que j’ai souvent faits de vous, dans nos conversations entre amis.
«....Je veux que cette lettre soit auprès de vous un témoignage de mon jugement et un gage de véritable sympathie : je souhaite qu’une amitié éternelle nous unisse.
«En déplorant, je ne dirai pas les discordes, mais les haines cruelles dont quelques-uns poursuivent les amis de la vérité et de la science prise à ses sources, vous augmentez une douleur que je porte partout avec moi . La fable raconte que du sang des Titans naquirent les géants : c’est à peu près de même que de la semence des moines sont sortis ces nouveaux sophistes qui, dans les cours, les familles, le peuple, cherchent à régner et se croient gênés par la lumière des lettres. Mais Dieu saura bien préserver quelques restes de son troupeau.
«En attendant, nous n'avons qu'à supporter avec sagesse ce que nous ne pouvons changer. Pour moi, la vieillesse même est un adoucissement à
ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES
ma douleur. J’espère partir bientôt pour l’église céleste, bien loin des fureurs qui agitent si horriblement l’église d’ici-bas. ... Si je vis, je causerai avec vous, de vive voix, de bien des choses. . . Adieu.
1er Nov. 1557- Philippe Mélanchton.
Mélanchton, que Calvin considère comme un père spirituel, Mélanchton souhaite qu’une amitié éternelle l’unisse à Castellion ! Mélanchton approuve les critiques que Castellion a faites de la Réforme calviniste et lui avoue qu’il augmente une douleur qu'il forte partout avec lui! Mélanchton écrit que Dieu saura bien préserver quelques restes de son troupeau, comme si la généralité des fidèles était donnée en pâture aux loups ! C’était pour Calvin une chose incroyable. Il ne parvient pas à expliquer un tel revirement. Il accuse Hubert Languet d’avoir arraché à Mélanchton ces paroles imprudentes. Il s’en plaint amèrement à un médecin flamand qui le lui avait recommandé. «Eussiez -vous cuidé Hubert Languet qui, par votre recommandation vint à ma connaissance, être tant méchant et déloyal "? Par ses flatteries et pratiques frau¬
duleuses, il a tiré de Philippe (Mélanchton) certaines lettres, desquelles Castellion, non seulement en fait montre, pour tant qu’en icelles il est merveilleusement loué , mais aussi les envoie ça et la afin que, sous l’ombre d’un tel personnage, soient à couvert ses méchantes et exécrables rêveries. . . .