‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 90 sur 155 · INDIGNATION DE CALVIN · texte numérisé non relu

INDIGNATION DE CALVIN

LA DÉFENSE d’TJN LIBRE CROYANT

Secondement il, affirme rien n’être mis en lumière par ce chien-là qui ne soit accordant à la doctrine reçue à Wittenberg. . . . Les deux épîtres ont volé en Paris et sont aussi épars, par les autres villes de France, afin que l’approbation de Philippe ébranle les légers esprits et ignorants .... » Après avoir dénoncé à l’ami commun cet «esprit ainsi traître», et «les répugnants éloges dont il flatte ce chien», Calvin écrit à Mélanchton : «J’avoue qu’en lisant, il y a six mois, une lettre de votre compagnon Hubert Languet, j’ai été blessé de la manière peu amicale et même injurieuse dont il racontait que vous parlez de ma doctrine. Son dessein était de flatter Castellion et d’appuyer de votre suffrage les délires de cet homme, la pire des pestes qui soit aujourd’hui . » Cette lettre donne une idée des sentiments que Calvin nourrissait à l’égard du « traître » qui. lui préférait Castellion. 1 La haine de Calvin, on le voit, loin de désarmer, s’accroissait de tous les témoignages de sympathie qu’on donnait à son adversaire. Une autre lettre devait mettre le comble à son

Or cet Hubert Languet est celui dont le livre : La puissance légitime du Prince sur le peuple et du peuple sur les princes, est le plus riche et le plus surprenant exposé des idées politiques libérales du XVlème siècle. M. Doumergue est mal venu de le citer, en compagnie de Calvin, à qui il tient à attribuer les libertés modernes. Si elles sont sorties, comme il l’affirme, en partie tout au moins, du livre d’HuBERT Languet, il faut cesser de rattacher sa pensée à l’esprit de Calvin. C’est à celle de Castellion qu’elle se rattache.

ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES

exaspération. Elle était écrite par un de ses amis, le jurisconsulte Baudouin. Elle avait trait à l’éternelle question qui divisait le protestantisme au temps de la Réforme. C’était une réponse à une lettre de Calvin où le Réformateur de Genève rappelait que Mélanchton avait approuvé la mort de Michel Servet.

«Mélanchton1? lui écrit Baudouin, je l’ai vu au colloque de Worms, en 1557. Je n’ai pas à raconter ce qu’il m’a dit. Mais ce qu’il a répondu à ton envoyé au sujet des troubles qui commençaient en France, beaucoup le savent qui étaient là ... . 1 On entendit de bons conseils. Ils plurent aux honnêtes gens ; tu as pu en avoir connaissance par ton libraire qui était présent. Enfin, c’est dans cette réunion, que l’on donna en quelque sorte le signal de la protestation contre ton intempérance.

«C’est dans cette même assemblée, tu le sais, que Mélanchton écrivit à Castellion une lettre très affectueuse, où il lui donnait à entendre qu’il partageait son opinion, je ne sais laquelle, sur la prédestination et le libre arbitre. Par là, tu as pu savoir d’abord combien il condamnait ton acharnement à poursuivre cet homme; ensuite combien il était loin d’approuver, même alors, tous tes

1 Lui avait- il dit, comme Castellion, que son livre ne pouvait qu’ouvrir la porte à la persécution universelle ?

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