‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 92 sur 155 · DES CRIMES · texte numérisé non relu

DES CRIMES

n’est pas dans un autre, mais qui est en moi ; la loi qui est en moi mais qui n’est pas moi ; la loi qui ne m’est pas imposée et à laquelle je suis obligé ; la loi imprescriptible, éternelle, universelle, la loi de morale qui réside en Dieu et dans ma conscience, qui est une pensée de Dieu en moi . »

On ne saurait mieux dire et Castellion, dans toute l’étendue de ses ouvrages, n’a jamais émis une autre doctrine ; mais il est bizarre que M. Don morgue attribue ces idées à Calvin, qui n’a jamais soupçonné le respect qu’il devait à cette pensée de Dieu dans l'homme, à ce témoignage émouvant de l’Esprit vivant dans la conscience de ses adversaires. La loi de la liberté calviniste c’était uniquement la volonté de Calvin : c’est lui qui juge, qui taxe d’bérésie et qui condamne, oubliant qu’il ne lui appartient pas de juger «le serviteur. . d’un Autre». N’y a-t-il pas quelque parti pris redoutable et comme un défi jeté à la réalité d’écrire que Calvin a été le premier à « vouloir combiner la liberté individuelle et égale pour tous , avec une loi morale stricte, imposée par elle-même »? Les faits écrivent autrement l’bistoire. Revenons aux faits : Castellion passe à l’examen des crimes dont l’accuse Calvin.

Je ne mettrai pas au nombre de ces crimes, l’accusation d’être un hérétique, un disciple ou un frère de Servet, ou autre chose semblable. Lorsqu’en effet, tu profères ouvertement de telles allégations, il est évident que c’est plutôt dans la catégorie des calomnies ou des injures gratuites qu’il faut les classer, plutôt que dans la catégorie des accusations criminelles ou des reproches sérieux. Car c’est devenu, aujourd’hui,

ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES

une coutume parmi vous, d’appeler hérétiques ceux qui diffèrent, en un point quelconque, de votre doctrine ....

Mais je répondrai au sujet des crimes que tu m’attribues sérieusement. Tu m’accuses de vol, de perfidie, d’inhumanité, de blasphème et d’impiété. Je m’en voudrais de me défendre de crimes semblables, soit devant Dieu qui connaît mon innocence, soit devant ceux qui, me connaissant, ont depuis longtemps jugé la valeur de tes accusations. Tu ne trouverais pas parmi eux un homme, assez hostile à ma personne et assez dévoué à la tienne, pour reprendre sans rougir tes diffamations .... Mais pour ceux qui ne te connaissent pas et qui ne me connaissent pas, il est nécessaire de me justifier.

Ton libelle ayant porté au loin tes accusations, tu les as volontairement semées sur toute la terre. La simple équité exige que là où l’accusateur est entendu, l’accusé puisse se faire entendre, sans quoi la cause ne peut pas être jugée.

«Examinons d’abord l’accusation que tu portes 1)17 vol contre moi à la page 104 de ton livre :

«Je te le demande, écris- tu, lorsqu’il y a quelques années tu t’étais armé d’une gaffe pour voler le bois qui flottait sur le Rhin, afin de chauffer ta maison, n’est-ce pas ta propre volonté qui t’a poussé à ce vol?

Et si cela seul suffit à ta juste condamnation que, le sachant et le voulant, tu te sois approprié, par un gain honteux et scélérat, le bien d’un autre, pourquoi te plaindrais-tu d’une nécessité qui, à tout le moins, t’absout ?» 1

1 La traduction que M. Buisson fait de ce court passage, laisse supposer une alternative qui ne se légitime pas devant le texte et semble même lui ôter toute sa force et un peu de sa signification. Il écrit : « Est-ce la fatalité ou ta libre volonté qui te poussait ? .... s Et il ajoute : < Tu auras beau parler de la fatalité : il est constant — et cela suffit pour ta juste condamnation — que, le sachant et le voulant, tu te fais au détriment d’autruiun gain honteux et criminel». Tome I. P. 249. Defensio. Page 347: « an non te propria voluntas ad furandum impulerit ?....»

LA DÉFENSE D’ïïN LIBRE CROYANT

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